jeudi 29 septembre 2016

Hazeltine National Golf Club

Un test exigeant pour les participants de la Coupe Ryder.  

Le Hazeltine National Golf Club est considéré par plusieurs comme étant le meilleur parcours privé de la région de Minneapolis et l’un des meilleurs parcours aux États-Unis.  À en juger par le nombre de tournoi d’envergure dont il a été l’hôte au fil des soixante quelques années qui ont marqué son existence, il n’y a pas de doute que le Club bénéficie d’un prestige certain.

Ouvert en 1962 grâce au design de Robert Trent Jones Sr. qui reprit les plans d’un autre architecte, le Club fut fondé par Totton P. Heffelfinger dans l’espoir d’y accueillir des tournois majeurs.  Le fait que M. Heffelfinger était un ancien président de la USGA a certainement aidé à l’atteinte de cet objectif, mais le parcours se devait quand même d’être un test digne des meilleurs golfeurs au monde!  Dès 1966, le parcours accueillit l’Omnium Américain féminin.  Ce tournoi fut rapidement suivi en 1971 par l’Omnium Américain masculin, et encore un autre Omnium féminin en 1977.

Au cours de ces tournois majeurs, le parcours fut jugé sévèrement par les joueuses et joueurs qui le trouvaient très exigeant et brutal.  Ceci mena le Club à procéder à des changements importants au début des années 1980, lorsque plusieurs trous furent réaménagés par Trent Jones Sr., incluant le maintenant célèbre seizième trou (qui sera joué en tant que trou no. 7 lors de la Coupe Ryder).

Préalablement à l’Omnium Américain de 1991 qui fut remporté par Payne Stewart, c’est le fils de Trent Jones Sr., Rees Jones, qui prit la relève pour réaliser les modifications subséquentes sur le parcours.  Depuis sa création, le Club est seulement le deuxième club au États-Unis à avoir accueilli, au fil des années, tous les championnats présentés par la USGA et la PGA d’Amérique. Un fait, somme toute, impressionnant!

Caractéristiques du parcours

L’œuvre des « Open Doctors »

Le parcours du Hazeltine National est un parcours de championnat qui est typique des Omniums Américains, c’est-à-dire un parcours long aux allées étroites et bien protégées par des fosses nombreuses et de l’herbe-longue abondante et impardonnable.  Il laisse peu de place à l’imagination et demande des nerfs d’acier pour garder sa balle en jeu.  Ceci n’est pas un hasard. Robert Trent Jones Sr a construit sa réputation d’architecte en créant de multiples parcours solides présentant des tertres et des verts souvent immenses permettant une grande flexibilité dans le « setup » de parcours.  Par contre, il a aussi popularisé l’usage de multiples fosses de sable pour pincer les zones de réception des coups de départ dans les allées pour forcer les golfeurs à être plus précis, et utiliser le recours aux étangs pour ajouter des éléments dramatiques et visuellement forts à des abords de verts dépourvus de particularités naturelles intéressante.  C’est en 1951 qu’il s’est rendu célèbre en redessinant le parcours du Oakland Hills Country Club pour l’Omnium Américain gagné par Ben Hogan qui avait déclaré avoir mis le « Monstre » à genou en parlant du parcours.  Depuis lors, Robert Trent Jones Sr est devenu dans le milieu le « Open Doctor » et il a été employé à rénover ou « améliorer » plusieurs parcours destinés à accueillir l’Omnium. À sa mort, son fils Rees Jones a poursuivi la tradition jusqu’à aujourd’hui, et il est maintenant l’architecte en charge des modifications à Hazeltine.

Note : Un fait intéressant réside dans le fait que les dirigeant d’Oakland Hills sont en voie de réaliser une rénovation complète de leur parcours Sud qui a été maintes fois rénové au fil des décennies par Robert Trent Jones Sr. et son fils Rees en vue d’y tenir des tournois majeurs toujours plus difficiles. L’architecte à qui cette tâche a été donnée est Gil Hanse, l’architecte du parcours Olympique décrit dans ma plus récente chronique. Celui-ci aura le mandat de défaire ce qui aura été fait au cours des six dernières décennies afin de retrouver l’architecture de son architecte original, Donald Ross, et rendre le parcours plus facile et plus diversifié pour ses membres qui en sont les principaux utilisateurs, et non les professionnels qui y jouent un tournoi majeur au dix ans.

Un agencement de parcours ajusté pour la cause
Les gens qui connaissent le parcours et qui ont suivi les tournois majeurs qui s’y sont déroulés au fil des années seront surpris de constater que le parcours ne suit plus l’agencement des trous original créé par son architecte.  En effet, les trous qui seront joués comme les trous 5, 6, 7, 8 et 9 pour la Coupe Ryder sont en fait les trous 14, 15, 16, 17 et 18 que les membres jouent habituellement.  Les organisateurs du tournoi ont pensé que les véritables trous 5, 6, 7, 8 et 9 du parcours étaient situés sur une partie du site qui se prêtait beaucoup mieux à l’installation de tentes corporatives et d’estrades leur permettant de maximiser leurs revenus durant le tournoi. Ils seront donc joués en tant que trous no. 15, 16, 17 et 18 pour les besoins du tournoi.

Une longueur symptomatique des problèmes du sport
Lorsqu’on regarde la carte des distances du parcours, un fait saute aux yeux : la distance totale du parcours officiellement inscrite à 7628 verges! Ceci est de plus en plus courant dans le monde du golf professionnel, et ce fait démontre à quel point les meilleurs golfeurs au monde sont dans une classe à part vis-à-vis des golfeurs moyens représentant plus de 99% de tous les golfeurs fréquentant les parcours.  Cependant, on ne cesse de « rénover » et d’allonger les parcours afin de leur permettre d’accueillir des tournois professionnels et quantité de parcours récents croient nécessaires d’offrir des parcours de plus en plus longs afin de satisfaire cette clientèle qui est finalement extrêmement restreinte, voire bien souvent inexistante. Combien de temps sera encore nécessaire avant que les instances gouvernantes du sport réalisent à quel point ceci peut être néfaste pour le jeu? À quand une balle unique de compétition pour les tournois?  Les écuries de formule 1 utilisent toutes les mêmes pneus. Pourquoi les golfeurs ne pourraient-ils pas tous utiliser une même balle? Le golfeur moyen pourra toujours profiter des avancées technologiques présentées par les manufacturiers. Et ceci ferait en sorte qu’on pourrait tenir à nouveau les tournois sur une quantité importante de parcours mythiques perçus aujourd’hui comme étant trop courts pour accueillir les meilleurs golfeurs de la planète.

Trous à souligner

Trou no. 7

Le trou no. 7 est, pour les professionnels, une courte normale 4 de 402 verges présentant une allée disposée de manière diagonale vis-à-vis des tertres de départ.  Ceci est intéressant en soi, mais cette allée est également bordée à la droite par le Lac Hazeltine, et à la gauche par un petit fossé qui longe l’allée.  Les golfeurs devront user de prudence avec leurs coups de départ et s’assurer d’avoir une trajectoire de balle de gauche à droite afin d’éviter les problèmes.  Ceux qui seront plus téméraires et qui joueront des coups de départ héroïques au-dessus du lac se retrouveront avec un coup d’approche beaucoup plus court vers un vert aménagé en péninsule protégée par le Lac Hazeltine.

Trou no. 10

Lorsqu’un parcours présente des trous si longs et des allées étroites et pincées par de nombreuses fosses de sable, les trous coudés deviennent bien souvent les trous les plus intéressants. En effet, les golfeurs qui osent défier le parcours pour tenter de couper les coins avec leurs coups de départ sont susceptibles de prendre u avantage important sur ceux qui préfèrent jouer de manière conservatrice.  Le trou no. 10 en est un bon exemple.  Un qui franchira le coin intérieur gauche du trou avec un long coup de départ périlleux bénéficiera en plus d’une forte pente descendante dans l’allée qui le rapprochera encore plus du vert.

Trou no. 16

Bien qu’il est triste que le trou no. 7 ne se trouve plus en fin de parcours comme c’est le cas pour les membres du Club, le trou no. 16 permettra sans doute de créer du suspense en fin de matches.  La plus courte normale 5 du parcours, à 572 verges, sera fort probablement raccourcie dimanche, pour encourager les joueurs à atteindre le vert en deux coups.  Ceux-ci devront cependant se méfier d’un étang qui borde directement le vert à sa gauche. Cet étang pourra très bien mettre fin à quelques matches pour ceux qui auront erré le moindrement avec leur coup d’approche.

Conclusion
Vous aurez compris au fil de cette chronique, que je ne suis peut-être pas le plus grand fan du Hazeltine National Golf Club, et vous n’êtes pas dans le tort.  Bien que celui-ci présente plusieurs attraits, il est également, à mon humble avis, représentatif de certains des problèmes qui minent aujourd’hui l’industrie du golf.  Par contre, dans le cas d’une compétition telle que la Coupe Ryder, je ne crois pas que c’est le parcours qui fera la différence dans l’issue du tournoi.  La Coupe Ryder est une compétition quasi unique dans le monde du golf, avec la Coupe du Président, où les golfeurs jouent en équipe, dans un format Match Play qui créé une dynamique totalement différente à celle des tournois majeurs tels qu’on les connait.  Dans cette perspective, le parcours importe peu car c’est la trame narrative de la compétition, le patriotisme des joueurs et la composition des équipes qui s’affronteront qui créeront tout l’effet dramatique. Tous ces éléments sont finalement ce qui rend la Coupe Ryder si intéressante à regarder.  Et vous? Qu’en pensez-vous? N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires! Bon visionnement!

Yannick Pilon Golf © 2016