lundi 26 mars 2018

La fermeture de parcours. Y a-t-il une lumière au bout du tunnel?

Ce qu'il reste aujourd'hui du Club de Golf de Brossard.
L’industrie du golf vit un profond changement depuis quelques années. Après quelques décennies ayant vu l’ouverture de plusieurs parcours à travers la province, on vit maintenant un ressac. Plusieurs parcours ont fermé leurs portes au fil des dernières années, dont les clubs de Brossard et Laprairie sur la rive-sud, et Deux-Montagnes et Le Boisé, sur la rive-nord. Malheureusement, la tendance se poursuit encore cette année, alors que les parcours de Chambly et Rougemont ont récemment annoncé leur fermeture définitive.

Évidemment, toute fermeture de parcours constitue une perte importante. C’est une perte importante pour les joueurs qui y jouent régulièrement, mais surtout, une perte pour les employés qui y travaillent souvent depuis plusieurs années. La fermeture d’un parcours est également une tragédie pour les résidents des municipalités qui hébergent ces parcours; une tragédie environnementale, doit-on préciser. Car les parcours de golf sont bien souvent d’énormes poumons au cœur des villes, d’immenses espaces verts contribuant à réduire le phénomène d’îlots de chaleur et les effets de la pollution urbaine. Le redéveloppement de ces grands espaces se fait bien souvent au profit de l’étalement urbain et pour le bénéfice des municipalités qui voient ainsi leurs revenus augmenter grâce aux nouvelles taxes générées par les nouveaux projets résidentiels ou industriels.

Le Club de golf de Laprairie, peu avant sa fermeture.
Mais peut-on blâmer les propriétaires et opérateurs de parcours pour la vente de leurs installations? Les perspectives de profits d’opérations étant de plus en plus incertaines, comment ceux-ci peuvent-ils refuser les offres alléchantes de promoteurs qui lorgnent ces vastes étendues bien souvent dézonées et à proximité de grands centres urbains? Cette situation est bien souvent exacerbée par le fait que les terrains développables se font de plus en plus rares à proximité des grands centres.  Peu de municipalités sont intéressées à acquérir les parcours pour les opérer eux- mêmes, et encore moins pour les transformer en parcs urbains. En effet, les coûts d’entretien de tels espaces sont souvent beaucoup trop importants pour les municipalités qui peinent déjà à entretenir les quelques installations de parcs et espaces verts qu’elles possèdent. Il est souvent bien plus alléchant de laisser un promoteur redévelopper la majorité d’un site pour ne garder que quelques parcelles de terrains résiduels qui viendront s’ajouter à leurs réseaux de parcs existants.

Dans ce contexte, la situation de plusieurs parcours semble précaire. Toutefois, au-delà des pertes sociales et environnementales que peuvent représenter la fermeture de parcours de golf, est-il possible de voir une lumière au bout du tunnel? Si la construction de parcours a vécu une apogée au cours des années 1990 et 2000, où plusieurs parcours ont ouvert leurs portes au-delà du rythme de croissance de la popularité du sport, n’est-il pas normal de retrouver aujourd’hui un équilibre? Est-il logique d’espérer que les golfeurs qui fréquentaient les clubs qui ferment aujourd’hui leurs portes continueront fort probablement de jouer au golf dans les parcours environnants qui demeurent actifs, contribuant ainsi à leur survie et leur prospérité. Permettons-nous d’y croire.

Club de golf Le Boisé, peu de temps après sa fermeture.
Une meilleure rentabilité financière des clubs demeurant en opération aura surement un impact bénéfique sur l’industrie. Cependant, il est probablement futile de croire que cette redistribution des parties jouées dans les parcours toujours actifs se fera naturellement et sans efforts afin que l’industrie ne fasse face à ses difficultés.  Notamment, la clientèle vieillissante de bien des clubs devra bientôt laisser une plus grande place aux jeunes sans qui il deviendra bientôt impossible de survivre dans le marché de plus en plus compétitif du secteur des loisirs. Un adoucissement des règlements, des traditions et des formats de jeu semble aussi une belle avenue à explorer en vue de pouvoir aborder le futur avec optimisme.

De la même manière que les centres de ski tentent aujourd’hui de devenir des destinations quatre saisons pour retenir leurs employés et soutenir l’industrie de villégiature voisine de leurs installations, les parcours de golf pourraient adopter une attitude semblable et viser à devenir une destination de loisirs plus inclusive pour les communautés dans lesquels ils sont établis. Plusieurs avenues s’offrent à l’industrie, mais celle-ci devra fort probablement se renouveler et s’ouvrir davantage sur le monde. Chaque parcours est unique, tout comme les sites sur lesquels ils sont situés. Chaque site recèle donc des opportunités uniques nécessitant une profonde réflexion. Il n’est certainement pas illusoire de croire que l’industrie est capable de relever un tel défi.

Et vous? Qu’en pensez-vous?  Faites-nous part de vos commentaires.

Yannick Pilon Golf © 2018