mercredi 14 juin 2017

Erin Hills Golf Course

Un autre monstre pour l’Omnium Américain? 

Ne serait-ce que pour sa localisation un peu perdue au centre du Wisconsin et à bonne distance des grands centres urbains ou pourront loger les joueur et spectacteurs, on pourrait facilement dire que le parcours d’Erin Hills est parfait pour la tenue de l’Omnium Américain et en symbiose parfaite avec l’époque contradictoire que traverse présentement l’industrie du golf. Énormément vaste, il permet d’accueillir un nombre illimité de spectateurs et de commanditaires sans qui les profits sont impossibles! Long, long, long et flexible, il représente également très bien le besoin qu’a la USGA à utiliser des parcours qui permettront de répondre aux standards voulant que le parcours soit difficile et propice à identifier de grands champions. Moderne et contemporain, il puise son inspiration dans la tendance actuelle de créer des parcours à l’aspect naturel et rustique; des parcours « destination » aménagés à des endroits susceptibles de créer de grands parcours pour une clientèle nichée qui n’hésite pas à voyager pour s’y rendre.

Le rêve du parcours a débuté à la fin des années 90 dans la tête de Steve Trattner, un informaticien qui rêvait de pouvoir faire sa vie dans le domaine du golf, mais dont le talent pour le sport était limité malgré son obsession pour celui-ci. Trattner avait pourtant trouvé un site spectaculaire, à près de 45 minutes du centre-ville de Milwaukee, et il rêvait d’y aménager ce qu’il soupçonnait être un parcours digne des plus grands au monde.  Pour ce faire, il avait besoin d’argent et d’un promoteur qui n’aurait pas froid aux yeux.  Après plusieurs tentatives pour convaincre des investisseurs à se joindre à lui, il finit par tomber sur la personne de Bob Lang, un développeur résidentiel ayant fait fortune dans les calendriers et les cartes de souhait.

En 2000, Lang octroie le mandat du design du parcours au consortium composé de Micheal Hurdzan, Dana Fry et Ron Whitten.  Alors que Hurdzan et Fry avaient déjà derrière eux une longue liste de parcours très bien reçus, dont Le Diable, ici même au Québec, Whitten, lui, était plus connu pour sa longue collaboration au Magazine Golf Digest en tant qu’éditeur spécialisé en architecture sans toutefois n’avoir jamais participé à la conception d’un parcours de golf.  Leur but commun était cependant très clair : créer le parcours de golf le plus naturel qui soit, en bougeant le moins de matériel possible et en maximisant l’usage des caractéristiques naturelles du site.

Avec la participation insistante et parfois dérangeante de Lang, l’équipe de concepteur s’est appliquée à créer un parcours spectaculaire d’une grande beauté. Pendant ce temps, Lang, très impliqué, s’occupait de développer les infrastructures autour du parcours.  À son ouverture en 2006, les premières impressions sont mitigées principalement dû au fait que le parcours n’avait pas encore atteint une pleine maturité avec ses allées en fétuque fine. Les coûts d’entretien ont tôt fait de plomber les finances du club qui est bientôt vendu au propriétaire actuel, Andy Ziegler. Ce n’est qu’à partir de cette date que le club est définitivement entre bonnes mains. Plusieurs modifications et améliorations ont bientôt suivi pour donner le parcours que l’on connait aujourd’hui.

Les ondulations
Le parcours est situé sur une moraine glacière, c’est à dire une grande étendue de sols variés et ondulés laissés en place par le retrait de glaciers à la fin de la dernière ère glaciaire. Le tout donne un parcours ponctué de grandes ondulations créant un paysage spectaculaire digne des plus grands parcours au monde.  Ces ondulations seront constamment en jeu sur la grande majorité des trous et les golfeurs devront en tenir compte dans leur stratégie pour attaquer le parcours.  Tel que sur la majorité des parcours de type links écossais et irlandais, les golfeurs pourront profiter de ces ondulations dans leur stratégie afin de faire rebondir ou rouler la balle en direction de leur cible en contournant certains obstacles.

Un links à l’américaine
Au fil des dernières années, la USGA nous aura habitués à un savant mélange de parcours anciens et modernes offrant tous un challenge particulièrement relevé.  Le parcours d’Erin Hills est un parcours moderne à l’esthétique rustique, tel Chambers Bay en 2015, occupant un vaste territoire fortement accidenté ensemencé de fétuque et conçu avec la prétention d’accueillir un jour l’Omnium. Il ressemble également à Shinnecock Hills, hôte de l’Omnium en 2004 et à Oakmont, hôte en 2016, pour leurs sites ouverts et frappés des grands vents, offrants de vastes perspectives vers le paysage ambiant. En gros, on pourrait qualifier le parcours minimaliste d’Erin Hills de type « Prairie Américaine » ou bien encore « links américain », dans le sens qu’il présente en fait beaucoup de caractéristiques de links écossais et irlandais, sans être en bord de mer, mais plutôt sur vaste étendue de dépôts morainiques constitués majoritairement de sable offrant la possibilité de conditions de jeu fermes et rapides.

La fétuque et l’échelle immense du parcours
Un parcours de golf occupe généralement une surface de 150 à 175 acres. Dans l’orgie de statistiques qu’on nous présente dans les avant-goûts du tournoi sur le web, on mentionne que le parcours s’étend apparemment sur une surface de près de 350 acres sur lesquels on retrouve plus de 150 acres de fétuque! Inutile de dire que celle-ci sera bien présente pour les golfeurs et elle risque de leurs causer plusieurs maux de tête. Une quantité impressionnante de ressources sont allées à l’entretien de cette fétuque afin de lui permettre d’avoir cette apparence bien particulière de gazon long ondulant au rythme du vent.  Par contre, ce n’est pas la fétuque fine et clairsemée comme celle des links écossais et irlandais à laquelle les golfeurs seront confrontés, mais bien une fétuque dense et profonde qui aura été longuement cultivée et entretenue, et qui sera fort probablement impitoyable. On risque d’en entendre parler

Trous à souligner

Trou no. 2
Une courte normale quatre tirant un bon partie des ondulations qui jalonnent le site, le deuxième trou pourrait donner de bonnes chances d’oiselets dès le début du parcours pour ceux qui n’ont pas peur de frapper à l’aveugle.  Le vert est situé tout juste au-delà d’une crête qui en cache la vue, et le meilleur angle d’attaque vers le plus petit vert du parcours se trouve à l’extrême gauche de l’allée : une zone elle aussi cachée par un immense monticule qui en obstrue la vue.

Trou no. 9
Après plusieurs longs trous ondulés marquant le neuf d’aller, celui-ci se termine par le trou le plus court du parcours. À 165 verges à partir des jalons les plus reculés, celui-ci pourrait causer des problèmes aux golfeurs. Semblable au célèbre « Postage Stamp » vu lors dul’Omnium Britannique de 2016, ce petit vert est entouré de fosses de sable profondes et irrégulières qui pourront résulter en quantités de postures bizarres pour les golfeurs.  De plus, les coup de départ, frappés en pente descendante, seront fortement influencés par les vents latéraux qui traversent le site….

Trou no. 15
Cette courte normale 4 pourrait être l’une des dernières opportunités d’oiselets du parcours, d’une manière similaire au 17e trou à Oakmont l’an dernier.  D’une longueur totale de 370 verges, il y a fort à parier que l’on jouera ce trou des tertres avancés pour inciter les golfeurs à tenter d’atteindre le vert avec leurs coups de départ. On s’en doute, le tout sera risqué, puisque le vert est bien positionné sur le flanc d’une pente forte sur laquelle se trouvent également plusieurs fosses bien profondes et la terrorisante fétuque.

Trou no. 18
Il est rare que l’Omnium Américain se termine avec une normale 5, mais il est encore plus rare qu’il se termine sur une normale 5 pouvant être étirée jusqu’à 675 verges.  Il sera intéressant de voir quels résultats cela donnera dimanche en fin de tournoi. Normalement, une normale cinq est une bonne opportunité d’oiselet, mais dans ce cas-ci, est-ce que la même logique s’appliquera?  C’est une bonne question. Personnellement, j’espère que les joueurs joueront une version raccourcie du trou pour que les plus agressifs puissent avoir une chance d’atteindre le vert en deux coups pour rendre la fin de parcours excitante….

Conclusion
Je serai encore une fois au rendez-vous pour voir comment les joueurs négocieront ce parcours qui a beaucoup de caractéristiques pour me plaire. Cependant, je me questionne encore bien souvent sur le besoin de construire des parcours de 7800 verges comme c’est le cas ici, alors que la grande majorité de golfeurs peine à jouer des parcours de plus 6200 verges. Pourquoi entretenir de si vaste étendues de gazon pour des tertres qui ne servent bien souvent jamais ou que très, très peu? À quand une balle unique pour les tournois professionnels, et pourquoi sentir ce besoin que les joueurs ne jouent pas un score trop bas sous la normale parce que c’est l’Omnium Américain et qu’il faut protéger l’intégrité de la normale? Ce sont toutes des questions valables en cette ère où l’on tente bien souvent de réduire la longueur et la surface qu’occupent les parcours de golf dans l’espoir de rendre le jeu plus rapide et plus agréable pour les joueurs, tout en minimisant frais d’entretien. J’espère, à tout le moins, que les dirigeants de la USGA ajusterons les distances des trous au cours du weekend de manière à créer de l’intérêt et ainsi mettre en valeur la stratégie offerte par plusieurs des trous.

Pour de superbes images du parcours et des survols des trous de toute beauté, cliquez ici.

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Pour la description de l’histoire du parcours par l’un de ses concepteurs, Ron Whitten, cliquez ici.

Pour la troublante histoire de Steve Trattner, l’homme derrière les origines du parcours, cliquez ici.

Yannick Pilon Golf © 2017