lundi 26 mars 2018

La fermeture de parcours. Y a-t-il une lumière au bout du tunnel?

Ce qu'il reste aujourd'hui du Club de Golf de Brossard.
L’industrie du golf vit un profond changement depuis quelques années. Après quelques décennies ayant vu l’ouverture de plusieurs parcours à travers la province, on vit maintenant un ressac. Plusieurs parcours ont fermé leurs portes au fil des dernières années, dont les clubs de Brossard et Laprairie sur la rive-sud, et Deux-Montagnes et Le Boisé, sur la rive-nord. Malheureusement, la tendance se poursuit encore cette année, alors que les parcours de Chambly et Rougemont ont récemment annoncé leur fermeture définitive.

Évidemment, toute fermeture de parcours constitue une perte importante. C’est une perte importante pour les joueurs qui y jouent régulièrement, mais surtout, une perte pour les employés qui y travaillent souvent depuis plusieurs années. La fermeture d’un parcours est également une tragédie pour les résidents des municipalités qui hébergent ces parcours; une tragédie environnementale, doit-on préciser. Car les parcours de golf sont bien souvent d’énormes poumons au cœur des villes, d’immenses espaces verts contribuant à réduire le phénomène d’îlots de chaleur et les effets de la pollution urbaine. Le redéveloppement de ces grands espaces se fait bien souvent au profit de l’étalement urbain et pour le bénéfice des municipalités qui voient ainsi leurs revenus augmenter grâce aux nouvelles taxes générées par les nouveaux projets résidentiels ou industriels.

Le Club de golf de Laprairie, peu avant sa fermeture.
Mais peut-on blâmer les propriétaires et opérateurs de parcours pour la vente de leurs installations? Les perspectives de profits d’opérations étant de plus en plus incertaines, comment ceux-ci peuvent-ils refuser les offres alléchantes de promoteurs qui lorgnent ces vastes étendues bien souvent dézonées et à proximité de grands centres urbains? Cette situation est bien souvent exacerbée par le fait que les terrains développables se font de plus en plus rares à proximité des grands centres.  Peu de municipalités sont intéressées à acquérir les parcours pour les opérer eux- mêmes, et encore moins pour les transformer en parcs urbains. En effet, les coûts d’entretien de tels espaces sont souvent beaucoup trop importants pour les municipalités qui peinent déjà à entretenir les quelques installations de parcs et espaces verts qu’elles possèdent. Il est souvent bien plus alléchant de laisser un promoteur redévelopper la majorité d’un site pour ne garder que quelques parcelles de terrains résiduels qui viendront s’ajouter à leurs réseaux de parcs existants.

Dans ce contexte, la situation de plusieurs parcours semble précaire. Toutefois, au-delà des pertes sociales et environnementales que peuvent représenter la fermeture de parcours de golf, est-il possible de voir une lumière au bout du tunnel? Si la construction de parcours a vécu une apogée au cours des années 1990 et 2000, où plusieurs parcours ont ouvert leurs portes au-delà du rythme de croissance de la popularité du sport, n’est-il pas normal de retrouver aujourd’hui un équilibre? Est-il logique d’espérer que les golfeurs qui fréquentaient les clubs qui ferment aujourd’hui leurs portes continueront fort probablement de jouer au golf dans les parcours environnants qui demeurent actifs, contribuant ainsi à leur survie et leur prospérité. Permettons-nous d’y croire.

Club de golf Le Boisé, peu de temps après sa fermeture.
Une meilleure rentabilité financière des clubs demeurant en opération aura surement un impact bénéfique sur l’industrie. Cependant, il est probablement futile de croire que cette redistribution des parties jouées dans les parcours toujours actifs se fera naturellement et sans efforts afin que l’industrie ne fasse face à ses difficultés.  Notamment, la clientèle vieillissante de bien des clubs devra bientôt laisser une plus grande place aux jeunes sans qui il deviendra bientôt impossible de survivre dans le marché de plus en plus compétitif du secteur des loisirs. Un adoucissement des règlements, des traditions et des formats de jeu semble aussi une belle avenue à explorer en vue de pouvoir aborder le futur avec optimisme.

De la même manière que les centres de ski tentent aujourd’hui de devenir des destinations quatre saisons pour retenir leurs employés et soutenir l’industrie de villégiature voisine de leurs installations, les parcours de golf pourraient adopter une attitude semblable et viser à devenir une destination de loisirs plus inclusive pour les communautés dans lesquels ils sont établis. Plusieurs avenues s’offrent à l’industrie, mais celle-ci devra fort probablement se renouveler et s’ouvrir davantage sur le monde. Chaque parcours est unique, tout comme les sites sur lesquels ils sont situés. Chaque site recèle donc des opportunités uniques nécessitant une profonde réflexion. Il n’est certainement pas illusoire de croire que l’industrie est capable de relever un tel défi.

Et vous? Qu’en pensez-vous?  Faites-nous part de vos commentaires.

Yannick Pilon Golf © 2018

jeudi 15 février 2018

Le Riviera Country Club

L'un des parcours favoris de joueurs du circuit de la PGA

Le circuit de la PGA s’arrête cette semaine dans la région de Los Angeles où il s’arrête sans interruption depuis 1926. Ce sera la 55e fois qu’un tournoi de la PGA sera tenu au Riviera Country Club, et l’une des raisons de ce beau succès, est sans aucun doute la qualité indéniable du parcours qui est l’un des favoris des joueurs, et ce, année après année.

Le trou no. 18 et son amphithéatre.
Ce parcours est le résultat d’un travaillé acharné entre deux hommes très respectés de l’époque, l’architecte George C. Thomas et son homme de terrain William P. Bell. Peu après avoir complété la construction d’un parcours à Bel-Air, situé à proximité et très bien reçu par la critique, Thomas se fait offrir de dessiner le parcours de Riviera. Tout d’abord peu impressionné par le site relativement plat situé au fond d’un canyon au bas des Santa Monica Mountains, il accepte, à la condition de pouvoir engager son compatriote Bell pour superviser les travaux, et surtout, à la condition d’avoir le contrôle complet du budget de construction.

Le résultat est surprenant. Pendant près de dix-huit mois, Thomas et Bell utilisent tous les types de machineries disponibles à l’époque pour travailler le site et le transformer en chef-d’œuvre d’architecture stratégique. Des quantités imposantes de terre furent déplacées pour créer les ondulations qui marquent aujourd’hui le parcours. L’exemple le plus frappant de tout ce travail est sans aucun doute le vert du trou no. 18, que Thomas et Bell ont aménagé en un gigantesque amphithéâtre où des milliers de spectateurs se massent pour suivre la fin du tournoi. Tout le matériel généré par ce travail titanesque pour l’époque, se retrouve aujourd’hui sous les verts des trous 2 et 9, ainsi que sous les tertres des trous no. 3 et 10, tous situés à proximité. Aujourd’hui, le travail a l’air si naturel qu’on pourrait croire que le tout était là initialement.

Une architecture hors-pair
Le trou no. 10, une courte normale quatre stratégique.
Qu’est ce qui fait donc de ce parcours un parcours si intéressant?  C’est sans aucun doute la qualité de son architecture. Thomas et Bell ont créé des trous uniques et imaginatifs en s’inspirant de ce que leurs compatriotes architectes avaient fait de mieux sur la côte Est du pays. En effet, avant de venir s’établir sur la côte Ouest en 1919, Thomas avait visité l’ensemble des meilleurs parcours de golf de la côte Est, tout en fraternisant avec les architectes qui les avaient créés. Ceci a donné lieu à plusieurs trous présentant des éléments peu communs à l’époque et encore audacieux aujourd’hui.  Malgré des moyens techniques limités et grâce à leur imagination fertile, Thomas et Bell ont su transformer un site qui était relativement plat et ordinaire, en un parcours divertissant et stimulant d’un point de vue stratégique.

Une pelouse diabolique
Le parcours du Riviera Country Club est l’un des seuls du circuit avec celui de Torrey Pines à présenter une pelouse avec du gazon de type « Kikuyu ». Introduit sur le parcours en 1934 pour stabiliser des pentes fortes, ce gazon s’est par la suite répandu sur l’ensemble du parcours telle une mauvaise herbe indésirable. Après plusieurs années à tenter de l’éradiquer sans succès, le Club a plutôt décider de vivre avec et d’en tirer le maximum. Aujourd’hui, seuls les verts et les tertres de départ sont composés d’autres gazons et la lutte contre l’invasion du «Kikuyu » est loin d’être simple.

Le trou no. 16. Les fosses de sable y sont fort élégantes.
Coupée très court, la surface de jeu est très plaisante à jouer puisque les balles sont très bien supportées par les innombrables brins de gazon sous elles. Dans l’herbe-longue, par contre, tout peut arriver! Les mauvaises langues iront jusqu’à dire que ce gazon peut briser des poignets! Semblable à du gazon de type « bermuda » mais avec un grain plus large, le « Kikuyu » est très particulier car c’est un gazon très rigide et qui se répand agressivement à l’aide de rhizomes et de stolons qui contribuent à en faire un gazon qui est très imprévisible. Dans l’herbe-longue, la balle peut s’arrêter au-dessus de brins d’herbes comme si elle était posée sur un tee, mais elle peut tout aussi bien être littéralement engouffrée par l’herbe qui fait presque disparaître la balle.

Un environnement enviable
Le fait que le parcours soit situé au pied des Santa Monica Mountains, à quelques minutes de la plage de Santa Monica et des municipalités de Bel-Air, et Beverley Hills fait en sorte que la clientèle du Club est bien souvent richissime et célèbre.  Le plaisir de jouer une partie à Riviera est également agrémenté des divers potins que prennent plaisir à transmettre les caddies sur les nombreuses stars hollywoodiennes membres du Club ou résidant dans les somptueuses résidences qui entourent le parcours au sommet du canyon. Le tout, n’a rien à voir avec la qualité du parcours, mais cela rend l’expérience unique en son genre.

Trous à souligner
Trou no. 4
Le trou no. 4 est une longue normale 3 aménagée à proximité de la paroi du canyon dans lequel est situé le parcours.  Le vert est très bien protégé par une vaste fosse de sable qui est située directement dans la ligne de jeu, ce qui fait en sorte qu’il faut obligatoirement la surpasser pour atteindre le vert avec un coup agressif.  Cependant, une deuxième option existe pour atteindre le vert d’une manière un peu plus créative.  Une allée contourne la fosse de sable à sa droite et celle-ci est aménagée en forte pente de droite à gauche. En frappant un long coup de départ vers cette zone d’allée, il est possible de faire rebondir la balle dans la pente afin de rediriger celle-ci vers le vert sans avoir à attaquer directement la fosse de sable. Cet aménagement rend ainsi le trou intéressant pour tous les calibres de golfeurs car il permet à tout golfeur de jouer son coup de départ en fonction de ses habiletés, tout en ayant une chance d’atteindre la cible. Voilà un bel exemple du génie créatif de Thomas et Bell.

Trou no. 6
Le trou no. 6 est une autre normale trois qui est devenue célèbre grâce à la fosse de sable située directement au centre du vert. Ce geste architectural hors du commun pourrait facilement devenir problématique pour plusieurs golfeurs, mais la subtilité du nivellement autour de cette fosse élève la qualité de ce trou pour en faire l’un des plus mémorables du parcours. En effet, les pentes du vert sont superbement aménagées pour faire en sorte que les golfeurs sont presque toujours capables de contourner la fosse dans l’espoir de sauver leur normale.  Évidemment, un grand vert est nécessaire pour que ce concept fonctionne, mais ceci permet également de varier la manière de jouer le trou jour après jour dépendant de l’endroit où est positionné le drapeau.

Trou no. 8
Le trou no. 8 est un bon exemple de la variété que Thomas tentait d’implanter dans ses parcours. Disposé de part et d’autre d’un « barranca » (dépression dans laquelle se trouve un lit de rivière à sec) traversant le site, le trou possède deux allées qui forcent les golfeurs à faire un choix pour leurs coups de départ. Peu de parcours possèdent ce type d’élément architectural puisque celui-ci est coûteux et que généralement, l’une des deux options est plus avantageuse que l’autre. Dans ce cas-ci, le verdict est difficile à énoncer, puisque les deux options présentent des difficultés variables et les deux options mènent à un vert qui semble réceptif aux deux approches. On peut toutefois féliciter le club d’avoir voulu ressuscité cet élément original de l’architecture de Thomas et Bell dans les années 2000 après l’avoir longtemps abandonné.

Trou no. 10
Le trou no. 10 est sans aucun doute l’une des meilleures normales quatre d’Amérique du nord. D’à peine 315 verges, ce trou cause problème à tous les golfeurs qui y sont confrontés grâce à la configuration de son vert peu profond et très large. Les bons golfeurs qui tentent d’atteindre le vert avec leurs coups de départ se retrouveront bien souvent dans de draps si leurs coup de départ fini sa trajectoire dans l’une des fosses de sable qui entoure le vert. Celui-ci est en pente de l’avant vers l’arrière et fait en sorte qu’un coup de fosse aura bien de la difficulté à rester sur le vert. La stratégie la plus avantageuse est bien souvent de jouer à court du vert et loin à sa gauche afin d’avoir un meilleur angle d’attaque pour le coup d’approche.

Beaucoup de monde sera à l’écoute du tournoi cette semaine, et ce sera surement pour y voir la suite du retour de Tiger Woods qui a bien fait il y a deux semaines à Torrey Pines, un endroit où il a l’habitude de bien performer. La situation sera tout autre à Riviera, où il n’a encore jamais réussi à s’imposer en huit tentatives en tant que professionnel – son meilleur résultat étant toutefois une deuxième place en 1999! Il sera donc intéressant de voir comment il abordera ce parcours inspirant et son herbe longue malicieuse, lui qui n’a pas très bien fait avec ses coups de départ à son retour au jeu.

Pour une description plus complète du trou no. 10, cliquez-ici.

Pour la liste des 10 parcours les plus appréciés des joueurs durant la saison de jeu, cliquez-ici.

Pour une superbe description complète du parcours, cliquez-ici.

Yannick Pilon Golf © 2018

jeudi 28 septembre 2017

Le Liberty National Golf Club

Site de la Coupe des Présidents 2017

C’est déjà la douzième édition de la Coupe des Présidents qui se met en branle ce week-end dans le New-Jersey. Cette fois, c’est le Liberty National Golf Club qui est hôte de cet évènement qui, au fil des années, a mis en scène des parcours de qualité inégale. Parcours relativement récent, le Liberty National permettra d’obtenir de magnifiques vues du profil de Manhattan puisqu’il est situé sur le bord de la rivière Hudson, à un jet de pierre de la statue de la liberté, et à quelques minutes de bateau du World Trade Center.

Le parcours est le fruit du travail acharné du visionnaire, Paul Fireman, qui a eu l’audace d’acquérir le site du parcours alors que ce dernier était encore un site industriel. C’est dans le monde de la finance que le New-Yorkais a fait ses premiers pas en tant qu’homme d’affaire, mais c’est la vente de sa « petite » compagnie Reebok à Adidas pour  une somme de 3.8 milliards de dollars qui l’a fait connaître au monde entier.  C’était en 2006, et il avait alors récolté la rondelette somme de 600 millions de dollars pour son travail….

C’est au cours de la même année que le Liberty National Golf Club a ouvert ses portes à ses premiers membres. Les langues sales diront que c’est pour se payer son parcours de golf que Fireman procéda à la vente de Reebok, puisque le parcours lui aurait apparemment coûté plus de 250 millions de dollars à construire.  Est-ce que l’investissement en valait la chandelle? Même son créateur admet que non, mais il prétend également que son but premier était de construire l’un des meilleurs parcours de golf au monde à léguer à sa famille et à la communauté.

Pour faire le design du parcours, il a engagé le golfeur Tom Kite, ancien champion de l’Omnium des États-Unis en 1992. Celui-ci s’est lui-même entouré de Bob Cupp, un ancien employé de la firme de Jack Nicklaus qui a laissé sa trace sur plusieurs de meilleurs parcours de son mentor.  Ensemble, ils avaient la difficile mission de transformer un site industriel en friche en un parcours de classe mondiale.  Pour ce faire rien n’a été laissé au hasard. Une lourde et coûteuse décontamination a eu lieu et des centaines de milliers de mètres cubes de terre ont été bougés ou importés sur le site pour créer les ondulations nécessaires au parcours. Même la végétation a été importée à grands frais et plantée sur le site pour créer les ambiances voulues.  Dès 2009, soit moins de trois ans après son ouverture, le parcours fût l’hôte de la Coupe Barclays qui fût également de retour en 2012.

Mais au-delà des vues spectaculaire qu’il offre sur le « skyline » New-Yorkais, qu’en est-il de la qualité du parcours? Plusieurs golfeurs se sont montrés critiques face à lui. Le célèbre magazine « Golf Digest » allant jusqu’à l’inclure dans sa liste des dix parcours les moins appréciés des joueurs du PGA Tour selon leur propre sondage…. Ceci a mené à quelques changements cette année en vue du tournoi. En effet, on a, entres autres, réorganisé l’ordre des trous du parcours afin d’améliorer la circulation des spectateurs et ainsi améliorer le spectacle. Ceci fait en sorte que le parcours se terminera sur une normale 3 (ordinairement le trou no. 4 du parcours), un fait très rare dans le monde du golf professionnel mais peut-être sans conséquence pour un tournoi par trou ou plusieurs matches peuvent se conclure sur les trous 16 ou 17. Ceci fera en sorte que le tournoi se terminera à plus de 400 verges du chalet, à l’arrière du champ de pratique du Club. Rien pour créer un sentiment d’accueil saisissant….

Pour ma part, je dois avouer que le parcours me laisse froid. D’un point de vue environnemental, c’est un succès indéniable et un gain appréciable par rapport à la friche industrielle contaminée qui occupait le site avant la construction du parcours.  Les vues qu’il offre seront superbes à la télévision, et on en profitera surement pour les montrer abondamment en marge du jeu. Toutefois, celles-ci n’auront aucun impact sur le tournoi.  Personnellement, j’ai le sentiment que le site parait artificiel et que le parcours ne semble pas avoir la cohésion, l’attrait esthétique et stratégique qui font la marque des plus grands parcours au monde. Par manque de cohésion, on peut citer en exemple les fosses de sable qui sont parfois simples et rondes ou ovoïdes, ou immenses et complètement composées d’immenses lobes rappelant un style floridien des années 80.  Le même phénomène se retrouve sur les tertres de départ qui sont parfois carrés, parfois ovoïdes, formant ainsi un ensemble confus.  L’utilisation de plusieurs artifices tels murs de pierres, cascades, faux ruisseaux contribue aussi à marquer le fait que tout a été créé artificiellement.

Tout ceci n’aura évidemment aucun impact sur le jeu qui risque encore une fois d’être fort divertissant. Toutefois, le parcours hôte aura pour effet de me faire perdre intérêt envers ce tournoi qui a le potentiel d’être très intéressant lorsqu’il est joué sur un parcours tel le Royal Melbourne en Australie où aura lieu le tournoi en 2019. Comme c’est bien souvent le cas pour la Coupe des Président ou la Coupe Ryder, j’ai plutôt l’impression que le parcours a été choisi pour sa proximité au monde des affaires New-Yorkais et le potentiel de revenus qui vient avec. Mais ça, la PGA et la USGA nous y aura habitué depuis belle lurette, mis à part quelques surprises au cours des dernières années, tel que pour l’omnium des États-Unis de 2013 à Merion, en Pennsylvanie, ou encore l’Omnium Canadien à St-Georges G & CC en 2010. Et vous? Est-ce que le tournoi vous inspire? N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires sur la question!

Tant qu’à être dans la région de New-York…

Tant qu’à jaser de parcours de golf dans la région New-Yorkaise, il serait intéressant de discuter des nouveautés à cet effet. Au cours de la dernière décennie, un phénomène particulier a eu lieu à New-York. En effet, deux autres parcours en plus du Liberty National ont ouvert leurs portes à quelques minutes de Manhattan sur des sites auparavant industriels. Il s’agit du Bayonne Golf Club, un autre parcours privé ouvert en 2006, et du Trump Golf Links at Ferry Point, un parcours municipal géré par Donald Trump et ouvert en 2015. Or, à mon humble avis, ces deux parcours méritent plus l’attention des golfeurs que le Liberty National.

Bayonne Golf Club
Situé lui aussi au bord de la rivière Hudson, ce parcours ne pourrait pas être plus différent du Liberty National. Son propriétaire et architecte, Éric Bergstol, a plutôt tenté de reproduire les links écossais et Irlandais sur un autre site industriel situé à quelques minutes du sentre-ville. Durant près de quatre ans, il a importé des milliers de mètres cubes de matériel sur son site restreint en vue d’y créer de fausses dunes pouvant atteindre une hauteur de plus de 100 pieds. Le résultat semble plutôt surprenant et dépaysant.  Pour avoir foulé les allées de club irlandais tels Ballybunion, Enniscrone et Carne, je peux témoigner que le Bayonne Golf Club semble avoir été sculpté dans un moule à l’échelle similaire.

Trump Links at Ferry Point
Si l’idée de fouler les allées d’un Club géré par l’équipe de Donald Trump ne vous donne pas des crampes d’estomac, une visite au Trump Links at Ferry Point pourrait s’avérer intéressante. Le parcours a été conçu par la troupe de Jack Nicklaus pour le compte de la Ville de New-York. Le parcours est donc considéré comme un parcours municipal ouvert au public, mais il est géré par l’équipe du président américain qui s’est assuré de compléter le parcours pour son ouverture en 2015, tout en promettant d’y construire un chalet au cours des prochaines années.  De style « nouveaux links », le parcours est situé sur le bord de l’East River et il présente un design qui semble être plus cohésif que celui du Liberty National, sans la panoplie d’artifices qui viennent l’orner. 

Bethpage State Park
Offrant pas moins de cinq parcours de bonne qualité, le Bethpage State Park est sans aucun doute le joyau des parcours municipaux et l’un des plus gros complexe de golf géré de manière publique en Amérique. Le plus connu des parcours est le Black Course, hôte de l’Omnium des États-Unis en 2002 et en 2009. Au premier tertre, on y affiche que le parcours est considéré comme étant extrêmement difficile et seulement pour les golfeurs de haut calibre ». Avis aux intéressés!

Garden City Golf Club
Le dernier parcours sur cette courte liste est également le plus âgé, datant de 1899.  Le Garden City Golf Club est l’exemple parfait du minimalisme en architecture de golf et l’un des meilleurs parcours de la planète. L’architecture y fait un usage merveilleux des fines ondulations qui jalonnent le site d’un bout à l’autre. Pour un retour aux origines du golf nord-américain, ce parcours est un incontournable qui vaut la peine d’être étudié. Activez votre réseau de contacts pour y accéder car l’accès y est très restreint….

Il y a tant de parcours de golf de qualité dans la région New-Yorkaise que je pourrais en faire un livre! Seulement à Long Island, des parcours tels Shinnecock Hills, The National Golf Links of America, Friars Head, Maidstone et Sebonack valent le detour, ne serait-ce que pour un voir un seul d’entre eux. Au nord de la ville, on retrouve quantité d’autres classiques, tel Winged Foot, Sleepy Hollow et Westchester, alors qu’à l’est, il y a aussi Baltusrol et Somerset Hills qui valent aussi a peine de recourir à vos réseaux de contacts.

Pour la liste des parcours les moins appréciés des golfeurs du PGA Tour, cliquez-ici.

Pour un article intéressant sur le premier coup de départ du parcours, cliquez-ici.

Pour une autre description rapide du parcours, cliquez-ici.

Yannick Pilon Golf © 2017

jeudi 10 août 2017

Championnat de la PGA - Le Quail Hollow Club

Une pâle copie d’Augusta National ou un bon test en soi?

Localisé à Charlotte, en Caroline du Nord, le Quail Hollow Club est ordinairement l’hôte du Wells Fargo Championship, tenu au début de mai avant le Players Championship. Cette année, toutefois, le Club vivra ses plus grands moments en étant l’hôte pour la première fois d’un tournoi majeur : le Championnat de la PGA. Le club fut fondé en 1959 par James J. Harris, un homme d’affaires de la Georgie qui se maria à Angela Morrisson, jeune femme de la région dont la famille détenait plusieurs terres ondulées se prêtant très bien à la création d’un parcours de golf. La conception du parcours fut confiée à George Cobb, un architecte prolifique de l’époque sur la côte est des États-Unis. Dès 1968, on commença à jouer d’importants tournois à Quail Hollow, à commencer par le Kemper Open qui y resta de 1968 à 1979.

Une esthétique similaire à Augusta National
Au premier regard, le parcours semble étrangement familier. En effet, sur certain trous, le coup d’œil n’est pas sans rappeler le fabuleux parcours d’Augusta National situé à 250 km au sud. En effet, tout semble y être aménagé avec un souci de perfection. C’est un merveilleux exemple de ce que j’ai critiqué ce printemps dans ma chronique sur Augusta National, soit le fait que trop de clubs s’emploient à vouloir reproduire le célèbre parcours de la Georgie sans toutefois offrir à leur surintendant le bénéfice d’un budget et de conditions d’entretient similaires. Ici par contre, ce ne semble pas être l’argent qui manque! On trouve sur le parcours des ondulations similaires, des lacs et une végétation luxuriante avec des boisés parfois même couverts d’aiguilles de pins, et ce, même si la végétation est composée surtout de feuillus!  On comprend mieux la ressemblance quand on découvre que George Cobb était un bon amis de Bobby Jones et Clifford Roberts, respectivement créateur et « chairman » du Augusta National, et qu’il avait, au cours de l’année 1959, conçu le parcours de 9-trous à normal trois du célèbre club hôte du Masters….

Plusieurs changements pour le tournoi de cette année
Dès la fin du tournoi Wells Fargo de 2016, les travaux ont débuté en vue de préparer le parcours pour le Championnat de la PGA de 2017.  Durant les douze semaines qui ont suivi, le surintendant du parcours et son équipe d’opérateurs ont procédé à plusieurs changements sous la direction de l’architecte bien connu, Tom Fazio. Trois nouveaux trous ont ainsi été créés : le trou no. 1 qui est une combinaison des anciens trous 1 et 2, les trous no. 4 et 5 qui étaient auparavant le trou no. 5. On a ajouté quelques fosses au trou no. 11, mais on a surtout procédé à la reconstruction des verts du parcours pour leur offrir une surface en « Bermuda Grass » survivant mieux au climat local et ses chaleurs estivales souvent torrides. Les fans d’architecture reconnaitront probablement l’esthétique stylée des fosses de sable de Fazio qui sont généralement gracieuses, mais aussi plus ondulées que les fosses d’Augusta qui sont plutôt ovoïdes.

Un nouveau dégagement
Le plus gros changement au parcours depuis 2016 est sans aucun doute l’enlèvement de plus de 1000 arbres sur l’ensemble du parcours. Après soixante années d’existence, plusieurs trous souffraient sans cesse d’étouffement dû à l’ombrage causé par plusieurs arbres matures à proximité de leurs zones de jeu. Bien que la décision d’éliminer des arbres est toujours difficile à prendre pour un club - puisque les membres y sont bien souvent très attachés - c’est une décision qui plait souvent aux surintendants car elle permet au parcours de respirer et aux conditions de jeu de s’améliorer. Les arbres apportent une esthétique et un cadre bien précis au pourtour des trous, mais ceux-ci agissent aussi comme brises- vent qui empêchent l’air de bien circuler autour des verts où ils créent aussi des zones souvent trop ombragées. Ceci génère bien souvent tout un lot de problèmes agronomiques difficiles à concilier avec les demandes accrues des membres et visiteurs afin d’obtenir des conditions de jeu irréprochables. La prochaine fois que vous croisez un surintendant en train de couper un arbre sur votre parcours, dites-vous bien que c’est fort probablement afin d’améliorer les conditions de jeu, et pas simplement pour le plaisir de le faire! Eux aussi aiment bien les arbres, tout comme vous et moi! Tout ceci pour dire que les habitués du parcours seront peut-être dépaysés par son nouveau look plus ouvert et dégagé, au point où certains verts paraissent parfois perdus au centre de grands espaces ouverts qui procureront cependant beaucoup de place aux spectateurs

Les trous à souligner
Le neuf d’aller était longtemps perçu comme le point faible du parcours, c’est pourquoi la majorité des interventions de Fazio se sont concentrées sur cette portion du parcours. L’un des trous qui ont été épargné est le trou no. 7, un courte normale cinq qui risque de générer plusieurs oiselets. Même si le vert est bien protégé par un étang et une fosse de sable qui bordent son côté droit, il y a fort à parier que les golfeurs ne seront pas trop intimidés et qu’ils seront plusieurs à atteindre cette normale cin en deux coups.

Là où le tournoi risque bien de se jouer, c’est à partir du trou no. 14. Ce trou est une courte normale quatre qui pourrait bien être atteinte par le coup de départ des golfeurs. Gare, cependant aux golfeurs qui seront imprécis car le vert est directement au bord d’un étang qui pourrait également causer des mots de tête aux golfeurs sur les trous nos. 15, 16 et 17.  C’est d’ailleurs au trou no. 16 que débute ce que les membres du club qualifient de « Green mile » : le dernier mile du parcours qui en fait aussi sa fierté. Soit trois trous passablement difficiles qui risquent de générer plusieurs changements au tableau des meneurs en fin de tournoi.

Le trou no. 16 est une longue normale 4 coudée vers la droite avec un vert bien protégé à sa gauche par l’étang rencontré au trou no. 14. Let trou no. 17 est une rare longue normale 3 de 223 verges avec un vert passablement petit situé sur une presqu’île rappelant le « island green » du TPC à Sawgrass. Rien de bien rassurant en fin de parcours. Et pour finir, le trou no. 18 est une longue normale quatre ascendante dont l’allée est protégée sur presque toute sa longueur par un petit ruisseau diabolique qui l’amincie de manière dangereuse exactement à l’endroit où les golfeurs voudront placer leurs coups de départ….  Une finale excitante est donc fortement possible.

Conclusion
Je peux difficilement cacher mon manque d’enthousiasme pour ce quatrième tournoi majeur de la saison, et c’est principalement le parcours qui en est la cause.  Je n’ai aucun doute que celui-ci est d’excellente qualité, mais il me fait trop penser à une pâle copie d’Augusta National pour que j’y sois activement intéressé.  La fin de parcours risque d’être spectaculaire avec le « Green Mile », mais malgré cela, je suis personnellement plus intéressé par les tournois se tenant sur des parcours au caractère plus unique. À cet effet, le PGA of America nous a habitués à un drôle de mélange de parcours pour son championnat au fil des années. À des parcours plus classiques tels Baltusrol, Winged Foot, Oak Hill et Medinah viennent se mêler des parcours modernes souvent controversés tels Whistling Straits ou l’Ocean Course à Kiawah Island.  On dirait que je préfère ce tournoi lorsqu’il est joué sur ce genre de parcours et que les classiques souvent plus linéaires et difficiles sont laissés pour l’Omnium Américain….  Mais bon! Mon opinion a bien peu d’importance! Apparemment, les golfeurs professionnels apprécient fort bien le parcours et je parie que, de manière similaire à Augusta, le visuel y sera sans aucun doute superbe et que les téléspectateurs seront comblés. C’est ce qui compte, en bout de ligne. Et vous? Qu’en pensez-vous?


Pour une description en mode trou-par-trou du parcours, cliquez-ici.

Pour plusieurs vidéos sur le tournoi et le parcours, cliquez-ici.

Pour un article intéressant sur le rôle controversé des arbres sur les parcours de golf, cliquez-ici.

Yannick Pilon Golf © 2017
           


jeudi 20 juillet 2017

Le Royal Birkdale Golf Club

Le plus doux des parcours hôtes de l’Omnium Britannique? Pas si vite….

Localisé à Southport, au nord de Liverpool, le Royal Birkdale Golf Club est l’hôte, cette fin de semaine, d’un dixième Omnium Britannique.  L’un des dix parcours faisant partie de la rotation de clubs qui se partagent l’honneur d’accueillir l’Omnium au fil des ans, celui-ci est considéré comme étant l’un des plus jeunes à accueillir l’évènement puisqu’il n’est l’hôte du tournoi que depuis 1954!

Pourtant fondé en 1889, ce n’est qu’en 1922 que le parcours actuel prend véritablement forme après avoir occupé deux autres sites à proximité dans des configurations différentes. De manière passablement unique, trois générations d’architectes ont travaillé sur le parcours. Mais la majorité du parcours actuel semble le fruit du travail de Frederick G. Hawtree et du golfeur J.H. Taylor. Lors de leur planification, ils ont majoritairement situé les trous au centre de vallées qui séparent de larges dunes qui font en sorte que le parcours est aujourd’hui très propice aux spectateurs qui y bénéficient de vues hors pair sur le parcours. Par la suite, des améliorations ont été faites au parcours dans les années soixante par le fils de Frederick G. Hawtree, Frederick W. Hawtree, et plus tard en 1993, alors que le fils de Frederick W, Martin Hawtree a procédé à la reconstruction de tous ses verts.

Aujourd’hui, le parcours semble apprécié des joueurs professionnels américains, puisque celui-ci est relativement plat comparativement aux parcours typiques de l’Omnium Britannique.  Ceci fait en sorte que plusieurs d’entre eux croient passablement en leurs chances de gagner malgré le fait qu’ils ne soient généralement pas aussi habitués aux parcours de type links que ne peuvent l’être leurs compatriotes du circuit européen.

Les allées plates et étroites
Le parcours est majoritairement plat, ce qui fait en sorte qu’une des particularités intéressantes des parcours de type links y est presque totalement absente, soit celle d’avoir des allées ondulées causant des bonds et des position d’adresse variées influençant grandement les coups d’approche. Plusieurs connaisseurs considèrent que ceci constitue la principale faiblesse de ce parcours. Par contre, leur étroitesse rend le parcours difficile puisque des coups de départ hors ligne se retrouveront rapidement dans la fétuque qui enveloppe étroitement chacun des trous.

Des trous coudés pour contrer la puissance des joueurs
On l’a vu récemment à l’Omnium Américain tenu à Erin Hills : même si les parcours de championnat sont de plus en plus longs, les golfeurs sont si puissants qu’ils parviennent tout de même à obtenir des pointages très bas dans les bonnes conditions.  À 7156 verges seulement, le parcours du Royal Birkdale fait figure de petit frère face aux 7600 verges d’Erin Hills.  Pourtant, le Royal Birkdale résiste bien à la puissance des joueurs grâce à plusieurs trous coudés qui forcent les joueurs à user de prudence et de stratégie en gardant leur décocheur dans leurs sacs, au profit de bois d’allées ou même de longs fers pour rester en jeu sur les coups de départ.  Les allées étroites et coudées font en sorte que les longs cogneurs doivent avoir une précision exemplaire et un contrôle des trajectoires extraordinaire pour rester dans les allées en diagonale lorsqu’ils tentent de couper les coins en vue d’obtenir un avantage sur les coups d’approche.  Voilà une bonne manière de limiter la puissance des golfeurs en cette ère où plusieurs parcours deviennent désuets pour la tenue de grands tournois à cause de leurs longueurs souvent jugées trop courtes.

Des allées rasées jusque dans les fosses
Au Québec et dans la grande majorité des parcours en Amérique du nord, les fosses de sable sont bien souvent à l’écart des allées, et séparées d’elles par une bande bien établie d’herbe-longue qui contribue à ralentir les balles avant qu’elles n’atteignent les fosses. Sur la grande majorité des parcours écossais et irlandais, on minimise plutôt la dimension des fosses qu’on aménage en petits « pot bunkers », mais on prend également soin de les aménager dans des dépressions qui tendent à y faire rouler les balles comme dans un entonnoir. Le tout est amplifié par le fait que l’on rase les allées jusque dans les fosses pour faire en sorte que l’influence réelle des fosses est bien plus grande que leurs dimensions ne semblent l’indiquer.

Le vent : un facteur déterminant
Comme la majorité des parcours de type links situés en bord de mer, le vent peut y être très fort et variable. Si le vent souffle avec force, il deviendra très difficile de garder les coups de départ dans les allées étroites et la prudence sur les coups de départ viendra compliquer la tâche des golfeurs qui auront alors des coups d’approche beaucoup plus longs à effectuer pour atteindre les verts bien protégés. En 1998, Tiger Woods, alors dans la course pour le championnat, y joua une troisième ronde de 77, alors que plusieurs autres golfeurs, victimes du vent, affichèrent des scores au-dessus de 80…. C’est donc dire que le parcours peut se montrer difficile à dompter. Ce qui est intéressant, par contre, c’est que le parcours possède un agencement de trous dans lequel les trous changent constamment de direction, ce qui tend à faire en sorte que peu de joueurs peuvent se dire victime d’un désavantage indu causé par un vent dominant affectant de manière soutenue leur style de jeu comme cela pourrait être le cas sur un parcours comme à St Andrews, où les trous se succèdent souvent dans la même direction.

Trous à souligner

Source: www.theopen.com
Trou no. 1
Le trou no. 1 est l’un des plus difficiles du parcours. Avec un hors limite à la droite du trou, les golfeurs auront tout intérêt à se tenir du côté gauche de l’allée d’où ils pourront peut-être voir le vert sur leurs coups d’approche. Pour ce faire, cependant, ils auront à négocier avec une petite fosse très bien positionnée en bordure du côté gauche de l’allée et derrière laquelle se dresse un monticule qui obstrue la vue du vert.  Ce dernier est, pour sa part, positionné derrière un autre monticule situé du côté droit de l’allée, donnant ainsi l’illusion que le trou est doublement coudé : d’abord vers la gauche, et ensuite vers la droite.

Source: www.theopen.com
Trou no. 6
Le trou no. 6 est un bon exemple de l’effet des trous coudés pour contrer la puissance des joueurs.  Ici, tenter de couper le coin du coude est une épreuve périlleuse que peu de golfeurs tenteront.  Ceux qui tenteront l’expérience seront confrontés à une fosse de sable judicieusement positionnée dans le coin intérieur du coude. Le problème ne sera pas tant la distance à franchir pour surpasser cette fosse que l’angle de l’allée très prononcé passé le coin du coude faisant en sorte que celle-ci est peu réceptive et que les balles risquent de finir dans l’herbe-longue, laissant ainsi un long coup d’approche dans des conditions difficiles.

Source: www.theopen.com
Trou no. 15
La première normale 5 du parcours arrive seulement au 15e trou et elle ne mesure que 542 verges.  Le fait que la normale soit de 70 fait en sorte que les bas pointages sous la normale seront difficiles à obtenir. Les occasions d’oiselets se seront faites rares jusque-là et les golfeurs seront surement dans l’urgence d’ouvrir la machine pour tenter de finir le parcours en beauté en obtenant retranchant des coups à la normale aux trous nos. 15 et 17, les deux seules normales 5 du parcours. 

Source: www.theopen.com
Trou no. 17
Si les golfeurs n’ont pas obtenu d’oiselet au trou no. 15, c’est au dix-septième trou qu’ils obtiendront leur dernière chance et ce trou ouvre la porte toute grande à cette opportunité puisque le vent dominant y est généralement de dos. Le coup de départ sera crucial afin de garder le coup de départ dans l’allée coudée à gauche et une trajectoire de droite à gauche sera favorable sur le coup de départ pour se laisser une chance d’atteindre le vert en deux coups. Une fois l’allée atteinte, le tout n’est toutefois pas gagné puisque le vert est très étroit et bien entourée de quatre fosses profondes. Ses ondulations plus prononcées seront également à surveiller pour les golfeurs qui seront aux prises avec de longs coups roulés. 

Conclusion
Tous ceux qui me connaissent savent très bien que j’apprécie beaucoup les parcours de type links et que j’en fais abondamment la promotion.  Ceci fait en sorte que je serai évidemment au rendez-vous pour ce suivre ce tournoi, malgré le fait que le parcours soit peut-être l’un des moins représentatifs de ce style de parcours avec ses allées plates et peu ondulées.  Par contre, ce tournoi demeure, année après années, l’un des plus divertissants de la saison. Les conditions de jeu et les vents forcent constamment les golfeurs à user de stratégie et de doigté pour frapper des coups qu’on voit trop peu souvent sur nos parcours nord-américains souvent bien plus prévisibles. Toute personne vraiment accro au golf devrait une fois dans sa vie, s’organiser pour expérimenter ce type de golf fort amusant.  Ce qui est le plus surprenant, c’est que tous ces parcours mythiques sont accessibles aux visiteurs qui font les préparatifs nécessaires. 

Pour une description du parcours et des images satellite spectaculaires des trous, cliquez ici.

Pour une autre description par trou du parcours sur le site web du Club, cliquez ici.


Yannick Pilon Golf © 2017

mercredi 14 juin 2017

Erin Hills Golf Course

Un autre monstre pour l’Omnium Américain? 

Ne serait-ce que pour sa localisation un peu perdue au centre du Wisconsin et à bonne distance des grands centres urbains ou pourront loger les joueur et spectacteurs, on pourrait facilement dire que le parcours d’Erin Hills est parfait pour la tenue de l’Omnium Américain et en symbiose parfaite avec l’époque contradictoire que traverse présentement l’industrie du golf. Énormément vaste, il permet d’accueillir un nombre illimité de spectateurs et de commanditaires sans qui les profits sont impossibles! Long, long, long et flexible, il représente également très bien le besoin qu’a la USGA à utiliser des parcours qui permettront de répondre aux standards voulant que le parcours soit difficile et propice à identifier de grands champions. Moderne et contemporain, il puise son inspiration dans la tendance actuelle de créer des parcours à l’aspect naturel et rustique; des parcours « destination » aménagés à des endroits susceptibles de créer de grands parcours pour une clientèle nichée qui n’hésite pas à voyager pour s’y rendre.

Le rêve du parcours a débuté à la fin des années 90 dans la tête de Steve Trattner, un informaticien qui rêvait de pouvoir faire sa vie dans le domaine du golf, mais dont le talent pour le sport était limité malgré son obsession pour celui-ci. Trattner avait pourtant trouvé un site spectaculaire, à près de 45 minutes du centre-ville de Milwaukee, et il rêvait d’y aménager ce qu’il soupçonnait être un parcours digne des plus grands au monde.  Pour ce faire, il avait besoin d’argent et d’un promoteur qui n’aurait pas froid aux yeux.  Après plusieurs tentatives pour convaincre des investisseurs à se joindre à lui, il finit par tomber sur la personne de Bob Lang, un développeur résidentiel ayant fait fortune dans les calendriers et les cartes de souhait.

En 2000, Lang octroie le mandat du design du parcours au consortium composé de Micheal Hurdzan, Dana Fry et Ron Whitten.  Alors que Hurdzan et Fry avaient déjà derrière eux une longue liste de parcours très bien reçus, dont Le Diable, ici même au Québec, Whitten, lui, était plus connu pour sa longue collaboration au Magazine Golf Digest en tant qu’éditeur spécialisé en architecture sans toutefois n’avoir jamais participé à la conception d’un parcours de golf.  Leur but commun était cependant très clair : créer le parcours de golf le plus naturel qui soit, en bougeant le moins de matériel possible et en maximisant l’usage des caractéristiques naturelles du site.

Avec la participation insistante et parfois dérangeante de Lang, l’équipe de concepteur s’est appliquée à créer un parcours spectaculaire d’une grande beauté. Pendant ce temps, Lang, très impliqué, s’occupait de développer les infrastructures autour du parcours.  À son ouverture en 2006, les premières impressions sont mitigées principalement dû au fait que le parcours n’avait pas encore atteint une pleine maturité avec ses allées en fétuque fine. Les coûts d’entretien ont tôt fait de plomber les finances du club qui est bientôt vendu au propriétaire actuel, Andy Ziegler. Ce n’est qu’à partir de cette date que le club est définitivement entre bonnes mains. Plusieurs modifications et améliorations ont bientôt suivi pour donner le parcours que l’on connait aujourd’hui.

Les ondulations
Le parcours est situé sur une moraine glacière, c’est à dire une grande étendue de sols variés et ondulés laissés en place par le retrait de glaciers à la fin de la dernière ère glaciaire. Le tout donne un parcours ponctué de grandes ondulations créant un paysage spectaculaire digne des plus grands parcours au monde.  Ces ondulations seront constamment en jeu sur la grande majorité des trous et les golfeurs devront en tenir compte dans leur stratégie pour attaquer le parcours.  Tel que sur la majorité des parcours de type links écossais et irlandais, les golfeurs pourront profiter de ces ondulations dans leur stratégie afin de faire rebondir ou rouler la balle en direction de leur cible en contournant certains obstacles.

Un links à l’américaine
Au fil des dernières années, la USGA nous aura habitués à un savant mélange de parcours anciens et modernes offrant tous un challenge particulièrement relevé.  Le parcours d’Erin Hills est un parcours moderne à l’esthétique rustique, tel Chambers Bay en 2015, occupant un vaste territoire fortement accidenté ensemencé de fétuque et conçu avec la prétention d’accueillir un jour l’Omnium. Il ressemble également à Shinnecock Hills, hôte de l’Omnium en 2004 et à Oakmont, hôte en 2016, pour leurs sites ouverts et frappés des grands vents, offrants de vastes perspectives vers le paysage ambiant. En gros, on pourrait qualifier le parcours minimaliste d’Erin Hills de type « Prairie Américaine » ou bien encore « links américain », dans le sens qu’il présente en fait beaucoup de caractéristiques de links écossais et irlandais, sans être en bord de mer, mais plutôt sur vaste étendue de dépôts morainiques constitués majoritairement de sable offrant la possibilité de conditions de jeu fermes et rapides.

La fétuque et l’échelle immense du parcours
Un parcours de golf occupe généralement une surface de 150 à 175 acres. Dans l’orgie de statistiques qu’on nous présente dans les avant-goûts du tournoi sur le web, on mentionne que le parcours s’étend apparemment sur une surface de près de 350 acres sur lesquels on retrouve plus de 150 acres de fétuque! Inutile de dire que celle-ci sera bien présente pour les golfeurs et elle risque de leurs causer plusieurs maux de tête. Une quantité impressionnante de ressources sont allées à l’entretien de cette fétuque afin de lui permettre d’avoir cette apparence bien particulière de gazon long ondulant au rythme du vent.  Par contre, ce n’est pas la fétuque fine et clairsemée comme celle des links écossais et irlandais à laquelle les golfeurs seront confrontés, mais bien une fétuque dense et profonde qui aura été longuement cultivée et entretenue, et qui sera fort probablement impitoyable. On risque d’en entendre parler

Trous à souligner

Trou no. 2
Une courte normale quatre tirant un bon partie des ondulations qui jalonnent le site, le deuxième trou pourrait donner de bonnes chances d’oiselets dès le début du parcours pour ceux qui n’ont pas peur de frapper à l’aveugle.  Le vert est situé tout juste au-delà d’une crête qui en cache la vue, et le meilleur angle d’attaque vers le plus petit vert du parcours se trouve à l’extrême gauche de l’allée : une zone elle aussi cachée par un immense monticule qui en obstrue la vue.

Trou no. 9
Après plusieurs longs trous ondulés marquant le neuf d’aller, celui-ci se termine par le trou le plus court du parcours. À 165 verges à partir des jalons les plus reculés, celui-ci pourrait causer des problèmes aux golfeurs. Semblable au célèbre « Postage Stamp » vu lors dul’Omnium Britannique de 2016, ce petit vert est entouré de fosses de sable profondes et irrégulières qui pourront résulter en quantités de postures bizarres pour les golfeurs.  De plus, les coup de départ, frappés en pente descendante, seront fortement influencés par les vents latéraux qui traversent le site….

Trou no. 15
Cette courte normale 4 pourrait être l’une des dernières opportunités d’oiselets du parcours, d’une manière similaire au 17e trou à Oakmont l’an dernier.  D’une longueur totale de 370 verges, il y a fort à parier que l’on jouera ce trou des tertres avancés pour inciter les golfeurs à tenter d’atteindre le vert avec leurs coups de départ. On s’en doute, le tout sera risqué, puisque le vert est bien positionné sur le flanc d’une pente forte sur laquelle se trouvent également plusieurs fosses bien profondes et la terrorisante fétuque.

Trou no. 18
Il est rare que l’Omnium Américain se termine avec une normale 5, mais il est encore plus rare qu’il se termine sur une normale 5 pouvant être étirée jusqu’à 675 verges.  Il sera intéressant de voir quels résultats cela donnera dimanche en fin de tournoi. Normalement, une normale cinq est une bonne opportunité d’oiselet, mais dans ce cas-ci, est-ce que la même logique s’appliquera?  C’est une bonne question. Personnellement, j’espère que les joueurs joueront une version raccourcie du trou pour que les plus agressifs puissent avoir une chance d’atteindre le vert en deux coups pour rendre la fin de parcours excitante….

Conclusion
Je serai encore une fois au rendez-vous pour voir comment les joueurs négocieront ce parcours qui a beaucoup de caractéristiques pour me plaire. Cependant, je me questionne encore bien souvent sur le besoin de construire des parcours de 7800 verges comme c’est le cas ici, alors que la grande majorité de golfeurs peine à jouer des parcours de plus 6200 verges. Pourquoi entretenir de si vaste étendues de gazon pour des tertres qui ne servent bien souvent jamais ou que très, très peu? À quand une balle unique pour les tournois professionnels, et pourquoi sentir ce besoin que les joueurs ne jouent pas un score trop bas sous la normale parce que c’est l’Omnium Américain et qu’il faut protéger l’intégrité de la normale? Ce sont toutes des questions valables en cette ère où l’on tente bien souvent de réduire la longueur et la surface qu’occupent les parcours de golf dans l’espoir de rendre le jeu plus rapide et plus agréable pour les joueurs, tout en minimisant frais d’entretien. J’espère, à tout le moins, que les dirigeants de la USGA ajusterons les distances des trous au cours du weekend de manière à créer de l’intérêt et ainsi mettre en valeur la stratégie offerte par plusieurs des trous.

Pour de superbes images du parcours et des survols des trous de toute beauté, cliquez ici.

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Pour la description de l’histoire du parcours par l’un de ses concepteurs, Ron Whitten, cliquez ici.

Pour la troublante histoire de Steve Trattner, l’homme derrière les origines du parcours, cliquez ici.

Yannick Pilon Golf © 2017