jeudi 19 juillet 2018

Carnoustie Golf Links - Un monstre attend les golfeurs pour l'Omnium Britannique


Après le parcours du Royal Birkdale où Jordan Spieth a gagné son premier Omnium Britannique de manière dramatique, l’action se déplace cette année sur la côté Est de l’Écosse où les golfeurs seront confronté à un défi un peu plus substantiel, le Carnoustie Golf Links.

C’est vrai qu’à première vue, ce parcours de type links parait peu accidenté par rapport à d’autres, beaucoup plus spectaculaires. Ses allées sont relativement plates et majoritairement étroites et bordées de fosses intimidantes aux faces quasiment verticales. Il est traversé par un ruisseau imposant et par plusieurs fossés qui inquiètent les golfeurs sur plusieurs coups de départ ou d’approche. Fait particulier : les dirigeants du parcours se vantent bien souvent d’y présenter les meilleures conditions de jeu d’Écosse. Des conditions qui rappellent malheureusement celles des parcours nord-américains, avec une herbe souvent bien verte et spongieuse. Pourquoi, d’ailleurs, diront certains puristes? Est-ce parce que le club tente d’amadouer les visiteurs internationaux qui sont bien souvent habitués à des conditions de jeu fort différentes des conditions de jeu écossaises où une herbe multicolore est considérée, à juste titre comme idéale?

Même si des écrits relatent que le site est utilisé pour du golf depuis le début des années 1500, c’est autour de 1847 que l’essor du parcours débute véritablement, lorsque le chemin de fer s’amène à partir de la ville de Dundee située à proximité. Un premier parcours de 10-trous est formé par Allan Robertson et Tom Morris, tous deux de St. Andrews, à la demande du Caledonian Union Club.  Grâce à la nouvelle accessibilité du parcours, s’ensuit ensuite la création de plusieurs autres clubs qui utilisent tous le parcours. De nos jours, ce ne sont pas moins que six clubs qui se partagent l’usage du parcours et sa gestion, soit le Carnoustie Golf Club, The Dalhousie Golf Club, le Carnoustie Ladies Golf Club, le Caledonia Golf Club, le Carnoustie Mercantile Golf Club & le New Taymouth Golf Club! Bien que cette situation particulière n’existe pratiquement pas en Amérique du Nord, elle est plutôt courante en Écosse, où il n’est d’ailleurs pas rare de trouver les chalets des différents clubs alignés en bordure des parcours.

Bien qu’il fût modifié à de nombreuses occasions depuis sa création, on peut attribuer la forme actuelle du parcours à James Braid, gagnant de l’Omnium Britannique à cinq reprises au début du siècle dernier, et architecte de nombreux parcours écossais aujourd’hui fort reconnus. C’est en vue du premier Omnium Britannique tenu à Carnoustie en 1931qu’on lui demanda de préparer le parcours à la venue des professionnels. C’est principalement à lui que l’on doit aujourd’hui la présence de nombreuses fosses de sable intimidantes faisant la renommée du parcours.

Les fosses du vert du 17e sont imposantes.
Parlons-en des fosses de sable
En effet, le parcours est souvent reconnu pour ses fosses de sable particulièrement profondes et intimidantes qui bordent dangereusement les allées. Ce sont les fameux « pot bunkers » ou « sod-wall bunkers » qui sont typiques des parcours écossais et irlandais. Construites avec une multitude de plaques de gazon empilées les unes sur les autres pour former des murs presque verticaux, ces fosses requièrent une patience et un talent à toute épreuve. À Carnoustie, ces fosses sont bien souvent élégantes dans leur apparence, malgré leur difficulté. Confronté à de telles fosses, le golfeur québécois crierait bien souvent à l’injustice, car il n’est pas rare de devoir sortir de ces fosses en frappant de côté, voir même vers l’arrière, quand ce n’est pas carrément impossible d’adresser la balle de manière conventionnelle. Vous comprendrez que nous sommes bien loin, ici, de la clientèle qui exige de pouvoir sortir d’une fosse de sable avec un bois 3 entre les mains.

Le Barry Burn est omniprésent au trou no. 17.
Un ruisseau et des fossés irritants
Les parcours de type links étant généralement situés en bordure de l’océan, il n’est pas rare d’y croiser des ruisseaux qui traversent les parcours avant se déverser en mer. Toutefois, rares sont les links où ces ruisseaux sont aussi en jeu. À Carnoustie, ce ruisseau se nomme le Barry Burn. Il est en jeu sur au moins 5 trous, et il doit être franchi pas moins de 7 fois, dont quatre fois sur les deux derniers trous où il aura un impact sur les coups de départ. Le fait que le site du parcours soit un peu plus plat que la majorité des autres links de la rotation des parcours de l’Omnium Britannique fait également en sorte que plusieurs fossés ont été aménagés pour améliorer le drainage du site ceux-ci seront également en jeu en bordure des trous nos. 2, 3, 4, 5, 6, 9 et 12! Inutile de dire que les joueurs devront s’en méfier.

Des hors-limites bien présents
Il n’est pas rare, sur certains parcours de type links, que des hors-limites soient utilisés abondamment dans la stratégie de plusieurs trous. C’est le cas ici, en particulier au trou no. 6 qui longe une limite sur toute sa longueur. On incite souvent les golfeurs à se rapprocher dangereusement de la limite pour gagner une meilleure position d’attaque sur le coup suivant. Ceci est peu courant en Amérique du Nord, puisque les parcours sont relativement plus jeunes et que la majorité d’entre eux ont été planifiés par des architectes qui tentent aujourd’hui de repousser les limites le plus loin possible pour éviter des risques de poursuite! À Carnoustie, c’est la limite avec un autre parcours de golf du complexe qu’il ne faut pas franchir, et celle-ci longe le côté gauche des trous nos. 6, 7, 8 et 9. Des hors-limite sont également bien visibles sur les trous nos. 1 et 18. De quoi donner la frousse….

Trous à souligner

Trou no. 6 – « Hogan’s Alley »
Le hors-limite à la gauche du trou no. 6 fera réfléchir...
Nommé en l’honneur de Ben Hogan qui a gagné l’Omnium Britannique à Carnoustie en 1953, le trou no. 6 illustre très bien l’influence des hors-limites bien présents sur le parcours.  Ce trou de 580 verges est l’une des deux seules normales 5 du parcours. Elle se joue habituellement avec un vent de face qui pourra amplifier dangereusement les erreurs des golfeurs. Sur le coup de départ, ceux-ci visualisent très bien la limite de propriété qui longe dangereusement le côté gauche du trou. Bien que des fosses de sable au centre de l’allée donnent l’impression que la cible idéale est plutôt étroite, les golfeurs pourront probablement tous les franchir. Cependant, plus un golfeur sera prêt à s’approcher de la limite gauche de l’allée, plus il sera en bonne position pour son coup d’approche qui devra négocier avec un fossé à la droite de l’allée et un vert positionné dans un angle de gauche à droite.

Trou no. 14 – « Spectacle »
La deuxième et dernière normale 5 du parcours est nommée en honneur des deux fosses de sable - les fosses « Spectacles » - qui sont découpées dans un large monticule qui bloque la vue de l’immense vert qui est partagé avec le trou no. 4. Ce trou sera assurément le plus facile du parcours puisqu’il ne mesurera que 513 verges, mais pour obtenir une normale, les joueurs devront frapper un coup de départ exemplaire avec un léger crochet de gauche à droite vers l’une des portions d’allées les plus étroites du parcours. Ceux qui auront joué de prudence et joué vers la portion la plus large de l’allée devront négocier avec les « spectacles » qui sont pourtant à environ 45 verges à l’avant du vert. Par contre, avec ces conditions de jeu dures et sèches, ce n’est que quelques verges après ces fosses qu’il faudra faire tomber son coup d’approche pour le faire rouler jusqu’au vert.

Trou no. 16 – « Barry Burn »
La dernière normale trois du parcours est un monstre de 246 verges pouvant être étiré jusqu’à 260 verges dépendant de la position de drapeau sur le vert très profond et étroit. Inutile de dire que le coup de départ sera crucial, puisque le vert est bordé d’intimidantes fosses à l’avant et d’une zone de fétuque à sa droite. Plusieurs joueurs décideront probablement de jouer prudemment vers la droite de la cible, pour éviter les problèmes, mais ils devront alors sauver la normale avec un coup d’approche chirurgical!

Trou no. 18
Il sera difficile d'atteindre le vert à partir des fosses d'allée du 18.
Qui ne se souvient pas des problèmes vécus par le golfeur français Jean van de Velde sur le dernier trou de l’omnium Britannique de 1999?  Menant par trois coups avec un trou à jouer, il a fini avec un triple bogey pour se retrouver en égalité en tête avant une prolongation qu’il aura finalement perdue face à Paul Lawrie. A-t-il prit ce trou à la légère? C’est pourtant l’un des plus difficiles du parcours quand on regarde les statistiques. L’allée est étroite et bordée à droite par le Barry Burn et trois profondes fosses à partir desquelles atteindre le vert avec son deuxième coup relève du rêve. Le vert, très étroit, est également situé derrière le Barry Burn, et bordé par une longue fosse de sable. Cette année encore, ce trou risque de faire des dommages jusqu’à la dernière seconde, rendant la fin de ce tournoi fort excitante et imprévisible.

Conclusion
Le trou no. 2 est situé dans les dunes les plus hautes du parcours.
Par la description sommaire de ce parcours, vous aurez compris que des allées étroites combinées à la présence de fosses de sable intimidantes et plusieurs ruisseaux et fossés rendent ce parcours très exigeant. Ajoutez à tout cela des vents souvent forts et capricieux et vous obtenez un cocktail parfait pour des pointages élevés. Espérons que les allées n’auront pas été trop amincies pour le tournoi et que les organisateurs auront mis la pédale douce avec le système d’irrigation pour que ce soit un parcours dur et sec auquel seront confrontés les golfeurs. Des images récentes du parcours semblent indiquer que ce sera le cas. Ceci voudra dire que les balles rouleront plus longtemps, et que celles-ci auront plus d’opportunité pour se retrouver dans des positions inconfortables pour les golfeurs qui ne seront pas trop prudents. Encore une fois, le tout risque d'être fascinant et spectaculaire!

Pour une description du parcours et des images satellite spectaculaires des trous, cliquez ici.

Pour une autre description par trou du parcours sur le site web du Club, cliquez ici.

Pour vous procurer les magnifiques photographies du parcours qui illustrent cet article et qui ne sont pas de moi, cliquez ici.

Yannick Pilon Golf © 2018

jeudi 14 juin 2018

Shinnecock Hills Golf Club - Un charme et une élégance qui cachent une menace certaine


Trou no. 16 avec le chalet en arrière-plan. Photo: Stonehousegolf.com
C’est sur l’un des plus grands parcours de golf au monde que sera joué cette année l’Omnium des États-Unis. Trônant dans le top 5 des palmarès des meilleurs parcours depuis des décennies, le Shinnecock Hills Golf Club représente la quintessence des grands parcours de golf classiques nord-américains.

C’est durant l’hiver de 1891 que trois riches américains originaires de Long Island découvrent le golf lors d’une visite à Biarritz, en France, où le golfeur Willie Dunn est en voie de construire un nouveau parcours. Intrigué par ce qu’ils ont entendu dire au sujet de ce nouveau sport gagnant en popularité en Europe, William K. Vanderbuilt, Duncan Cryder et Edward S. Mead demandent au golfeur de démontrer son talent. Impressionnés par la démonstration de Dunn, ils retournèrent à New York avec la ferme intention de développer leur propre parcours à proximité de leurs résidences. Dès le printemps, ils demandent la permission au Montreal Golf Club (l’ancêtre du Royal Montreal Golf Club) pour emprunter son professionnel en titre, Willie Davis, pour une durée d’un mois. C’est ainsi que durant le mois qui suivit Willie Davis entreprit de construire un premier parcours de 12 trous avec l’aide de 150 autochtones locaux de la tribu Shinnecock. Dès le mois de juin, le parcours est fonctionnel! Il durera ainsi jusqu’en 1896 où il sera finalement agrandi à 18 trous après avoir été l’hôte de la deuxième édition de l’Omnium américain.

Trou no. 14 avec ses pentes fortes derrière le vert. Photo: Stonehousegolf.com
Au fil des décennies qui suivront, le parcours sera retravaillé par plusieurs architectes. C’est en 1927, qu’entrent en jeu l’architecte William Flynn et sa jeune équipe de chantier composée de Dick Wilson et William F. Gordon. Dès 1931, le nouveau parcours voit le jour et il demeurera essentiellement le même jusqu’à aujourd’hui.  Dès son ouverture, le parcours est très respecté et il est considéré depuis comme le plus grand chef d’œuvre de William Flynn et son équipe.

Trou no. 12 avec le chemin local. Photo: Stonehousegolf.com
Un site parfait et une ambiance sublime
Dès l’arrivée, ce qui se dégage est une impression de sérénité devant l’étendue du site qui nous entoure. Le chalet est situé sur le point le plus haut du site à partir duquel on peut voir la baie Peconic, au nord, et l’océan Atlantique, au sud. Du haut de ce promontoire, on peut pratiquement voir presque tous les trous du parcours disposés pêle-mêle dans une mer de fétuque dorée dont le parcours puise une grande partie de son esthétisme. Ici, tout semble orienté vers le golf dans une apparente simplicité. Pas de guérite à l’entrée, par de massifs floraux pompeux, pas de cascades. Rien, si ce n’est que le nécessaire pour jouer au golf. Et même si un chemin local traverse le site, pas une clôture ne vient nuire à l’esthétique du site ou à protéger le parcours des intrus.  Ceci donne l’impression de pénétrer dans une zone située dans une autre époque. Cette particularité met le club dans une classe à part avant même d’avoir joué un seul trou.

Un agencement de trous irréprochable
Une fois sur le parcours, les golfeurs découvrent un agencement de trou fort ingénieux qui profite de la topographie du site et du fait que ce dernier soit bien ouvert et balayé par le vent. En effet, les trous changent régulièrement de direction afin que les golfeurs soient toujours exposés à des vents provenant de différentes directions. Ceci fait en sorte que tout l’arsenal des golfeurs devra être utilisé pour contrer les éléments. Des trous élégants et paraissant souvent très simples peuvent se révéler être de formidables tests selon la direction du vent. Par exemple, les trous les plus longs et bénéficiant souvent d’un vent de dos offrent souvent des verts ouverts, tandis que les trous les plus courts font se confrontent souvent à des vents de face et sont mieux protégés. Cependant, même si plusieurs verts paraissent ouverts et relativement peu protégés, il faut se méfier de leurs pentes qui repoussent bien souvent des coups d’approches vers des pourtours coupés courts et qui s’étendent bien souvent sur plusieurs verges autour des cibles.

Quelques trous qui sortent du lot
Même si le parcours est rempli de trous stratégique d’une élégance et d’une beauté peu commune dans le monde du golf, il  y a tout de même quelques-uns d’entre eux qui sortent du lot.
Trou no. 5 – Une occasion à saisir

Le trou no. 5 est l’une des deux seules normales cinq du parcours et plusieurs joueurs auront l’impression d’avoir pris du retard sur leurs adversaires s’ils n’en ressortent pas avec un oiselet.  Pour ce faire, ils devront d’abord choisir de confronter quatre fosses de sable qui croisent diagonalement l’allée sur leurs coups de départ. Les nombreux joueurs qui réussiront à atteindre l’allée de gauche auront l’occasion d’atteindre le vert en deux coups grâce à un vent qui est généralement de dos, mais ils auront également à confronter un vert qui est beaucoup plus petit que sa surface ne semble l’indiquer. En effet, plusieurs de ses pentes internes feront rapidement bifurquer des coups d’approche vers la zone d’allée qui entoure le vert, créant ainsi des petits coups d’approche intéressants.

Trou no. 7 - Notez bien la pente de droite à gauche. Photo: Stonehousegolf.com
Trou no. 7 – Un Redan dangereux
Le trou no. 7 est une normale trois construite dans le style « Redan ». Ce style de trou est caractérisé par un vert présentant une pente forte de l’avant droite vers l’arrière gauche du vert, avec bien souvent, une pente ascendante forte à l’avant et du côté gauche du vert positionné en angle par rapport aux tertres de départ. Le coup d’approche idéal sur ce type de vert est donc de faire tomber sa balle sur la partie avant du vert, en utilisant un coup avec un crochet de droite à gauche pour faire en sorte que la balle rebondisse sur le vert en utilisant la pente vers l’arrière pour atteindre le drapeau. En 2004, les responsables du tournoi ont poussé la note un peu trop dans l’espoir de rendre le parcours très difficile. Le vert était si dur et si sec qu’au beau milieu de la dernière ronde, les balles ne tenaient plus en place sur le vert pentu. Si bien qu’ils ont dû irriguer le vert régulièrement entre les groupes pour éviter une catastrophe.

Trou no. 10 – Une montagne russe
Les professionnels ne feront sans aucun doute qu’une bouchée du trou no. 10 ne mesurant que 415 verges, mais pour le golfeur moyen, celui-ci est particulièrement intéressant. Le coup de départ s’y fait à l’aveugle, vers une allée dont la zone de réception est surélevée, mais où il est possible, avec un long coup de départ, de bénéficier d’une forte pente descendante pouvant faire gagner un avantage indéniable pour le coup d’approche. Le problème étant le suivant : est-il mieux de jouer de manière conservatrice pour avoir un long coup d’approche d’une position surélevée et à niveau, ou risquer de forcer la note pour atteindre la pente descendante, mais tout en risquant de s’y retrouver pour frapper un coup d’approche ascendant à partir d’une position de jeu en pente descendante si jamais le coup de départ n’est pas frappé avec assez de force. Le tout est compliqué par la forme du vert qui rejette les coups d’approche frappés mollement, au point où les balles peuvent souvent débouler les pentes fortes qui l’entourent sur plusieurs verges avant de s’immobiliser.  Beau dilemme en perspective!

Le trou no. 11 fait peur. Photo: Stonehousegolf.com
Trou no. 11 – Court mais intense
La normale 3 du trou no. 11 est l’une des meilleures au monde. D’à peine 159 verges, ce petit trou ascendant pourrait ruiner les chances de quelques golfeurs. Bien protégé à sa gauche par trois profondes fosses de sable, c’est plutôt la pente forte du vert qui pourrait causer des dommages. Le vert est fortement en pente de l’arrière gauche vers l’avant droite et les fosses. Une pente très forte vers l’arrière se trouve également directement derrière l’arrière gauche du vert. Toute balle qui aura le malheur de se retrouver dans cette zone devra être renvoyée sur la surface du vert et sa pente forte vers les fosses. Il ne serait pas surprenant que des golfeurs aboutissent dans l’un ou l’autre des fosses après avoir visité l’arrière du vert!

L'élégant trou no. 17. Photo: Stonehousegolf.com
Conclusion
Depuis la fin de l’Omnium des États-Unis de l’an dernier à Erin Hills où le champion Brooks Koepka a joué 16 sous la normale, les experts de la USGA ont jugé que le parcours de Shinnecock offrait des allées trop larges et ce, malgré le fait que le parcours venait de subir des rénovations dirigées par Bill Coore et Ben Crenshaw en vue du tournoi. Ceci est surprenant, compte tenu du fait que les membres de ce duo sont probablement les deux meilleurs architectes de golf du moment. Ils ont donc procédé à un amincissement significatif de plusieurs allées afin de rendre le parcours plus difficile et mettre l’accent sur la précision. Ceci est à mon avis une grave erreur dont les membres du club souffriront longtemps après le passage des professionnels. Mais bon, c’est de l’Omnium des États-Unis dont il est question et ceci permettra sans doute de garder les scores proches de la normale. Malgré cette modification de dernière minute du parcours qui en fait un parcours plus unidimensionnel, parions que le tournoi sera encore une fois très relevé, avec en prime l’un des plus beaux décors de golf de la planète.

Pour une description des trous avec prises de vue aériennes, cliquez ici:

Pour un article relatant les préparatifs ayant mené au tournoi, cliquez ici :

Pour un article intéressant de Ron Whitten sur le vert de type « Redan » du trou no. 7, cliquez-ici :

Pour vous procurer les magnifiques photographies du parcours qui illustrent cet article, cliquez-ici :

Yannick Pilon Golf © 2018

lundi 11 juin 2018

Perte d'expertise: une menace pour nos parcours?


La fermeture récente de plusieurs parcours de golf et les difficultés que semble avoir l’industrie depuis quelques années à maintenir une clientèle active sont deux éléments préoccupants. Mais un autre phénomène est également inquiétant, c’est la perte graduelle d’expertise dans le domaine de l’architecture, de la construction et la rénovation de parcours de golf.  La perte de parcours constitue l’élément précurseur de cette perte d’expertise qui risque de se poursuivre et s’accentuer si la tendance actuelle se maintient. Je m’explique….

Nouvelle fosse au Club de Golf Le Mirage - Mai 2018
Des revenus d’opération plus petits mènent à de plus petits projets, et à moins de projets
Les revenus des clubs stagnent et plusieurs d’entre eux peinent à joindre les deux bouts. Alors que certains clubs ferment carrément leurs portes, plusieurs autres repoussent leurs travaux ou réduisent leur envergure en attendant de meilleurs jours.

De plus petits projets mènent à des travaux prenant moins de temps
Ceci est une bonne nouvelle pour les golfeurs qui ne sont pas confrontés à de nombreux travaux qui nuisent à la saison de jeu qui s’allonge de plus en plus grâce aux changements climatiques. Par contre, cela fait en sorte que tous les clubs désirant procéder à des travaux veulent les faire en même temps et souvent à partir du mois d’octobre, puisque le mois de septembre présente de plus en plus des conditions de jeu idéales.  Ceci laisse bien peu de temps pour travailler pour les entrepreneurs qui doivent négocier avec des journées qui raccourcissent et du temps frais et humide qui ralentit les travaux.

Nouvelles fosses au Country Club de Montréal - Mai 2018
Une courte période de travaux créé une grande pression sur les entrepreneurs spécialisés
Au cours des années 1990 et 2000, les quelques entrepreneurs spécialisés basés au Québec étaient occupés à construire de nouveaux parcours au cours du printemps et de l’été, avant de rediriger leurs ressources vers les travaux de rénovation à l’automne. Maintenant qu’il n’y a plus de demande pour des nouvelles constructions et que la demande se concentre au mois d’octobre et novembre pour les travaux de rénovation, ces entrepreneurs ont de plus en plus de peine à conserver leurs employés durant toute l’année et certains d’entre eux quittent l’industrie pour subvenir à leur besoins, ou tout simplement pour leur retraite. Il y a donc une perte d’expertise qui se fait sentir graduellement. Ceci fait en sorte qu’il est de plus en plus difficile de recruter des travailleurs pour leur montrer les bases du métier. Pour contrer la tendance, les entrepreneurs sont forcés de diversifier leurs opérations afin de tenir leurs employés occupés durant toute l’année. La majorité d’entre eux travaillent maintenant à la construction de terrains sportifs ou même sur des projets d’aménagement publics, résidentiels ou commerciaux. Pour ce faire, ils doivent obtenir des licences et des certifications démontrant leurs capacités à gérer de tels projets, et ils doivent aussi bien souvent payer leurs employés à des taux horaires qui dépendent de l’industrie de la construction qui est fort règlementée et syndiquée, contrairement à l’industrie du golf.

Nouvelles fosses au Club de Golf Le Mirage - Mai 2018
Les problèmes associés à la diversification.
La diversification des activités des entrepreneurs peut également mener à d’autres effets insoupçonnés. Par exemple, lorsqu’un entrepreneur obtient un important mandat dans le domaine public, soudainement, il risque de perdre de la disponibilité pour de futurs projets de golf. Mais comment refuser de telles opportunités?  Tout le monde doit subvenir à ses besoins. Par la suite, lorsqu’il revient au monde du golf, il doit négocier avec sa main d’œuvre qui a pu travailler avec des meilleures conditions et à des tarifs plus profitables, puisque les travaux du domaine public étaient régis par les normes de l’industrie de la construction. Il doit donc charger ses travaux plus chers pour se permettre de rémunérer ses employés aux tarifs et aux conditions auxquels ils ont eu droit. Ceci limitera éventuellement la capacité de certains clubs à se livrer à des travaux plus substantiels.

Des plans B, et même C….
Lorsque les entrepreneurs ont des carnets de commande trop remplis car les travaux sont trop concentrés à l’intérieur d’un court laps de temps à l’automne, ils se retrouvent dans l’obligation de refuser certains mandats car ils n’ont pas les effectifs pour tout réaliser en même temps. Ceci force les clubs et les architectes à être créatifs afin de trouver des manières de réaliser tout de même les travaux qui ne peuvent souvent pas attendre.  Bien souvent, ce sont les surintendants et les employés des clubs qui se retrouvent avec la délicate tâche de réaliser les travaux avec de l’équipement peu adapté, parallèlement à l’entretien des parcours qui se fait déjà bien souvent avec du personnel déjà limité. Certains pensent qu’il y a là des économies à faire, mais par expérience, les résultats sont rarement moins dispendieux qu’avec un entrepreneur qualifié et bien équipé, et ils sont souvent de moindre qualité simplement à cause du fait qu’ils ont été réalisés par des ouvriers dont la construction n’est pas le principal champ de compétence. Par ailleurs, le temps passé par les employés d’entretien d’un club à la rénovation du parcours est souvent au détriment des tâches pour lesquelles ils sont habituellement rémunérés.  Ce sont donc les parcours qui en souffrent.

On tourne les coins ronds pour sauver des coûts
Toute cette problématique s’applique également au milieu de l’architecture de golf qui, faute de projets significatifs, perd peu à peu ses architectes qui se recyclent dans d’autres domaines pour subvenir à leurs besoins. Le fait que les clubs tentent par tous les moyens de sauver des coûts fait que, bien souvent, on procède à des travaux sans les avoir préalablement bien planifiés à l’aide d’un architecte qualifié qui aura étudié toutes les options possibles. Ceci peut bien souvent mener à des travaux pouvant souffrir de quelques lacunes qui ne seront bien souvent jamais corrigées, faute de budget qui aura été entièrement dépensé dans les travaux.

Est-ce un réel problème?
Certains diront que je prêche pour ma paroisse et ils n’auront pas entièrement tort. J’aime bien voir des travaux bien réalisés de manière efficace et offrant des résultats exceptionnels. Non seulement, les parcours paraissent mieux, mais, par extension, moi aussi en tant qu’architecte. Mais est-ce bien grave que des travaux de rénovation ne soient tout simplement pas réalisés, ou pas aussi bien réalisés qu’ils pourraient l’être? Peut-être que non, à court terme. Mais à plus long terme, cela voudra dire des travaux qui s’accumulent, et des parcours qui perdent graduellement en qualité au détriment de leur clientèle. Le golf ne demeure qu’un jeu et la grande majorité des golfeurs ne remarquent que très peu la qualité architecturale d’un parcours, contrairement aux conditions de jeu.  Mais en tant qu’architecte, je ne peux m’empêcher d’être inquiété à l’idée que des clubs fassent de moins en moins appel à mes services et ceux de mes compétiteurs, ainsi qu’aux entrepreneurs spécialisés en construction et rénovation de parcours de golf.  La qualité globale des parcours québécois ne peut qu’en souffrir à court moyen et long terme.  Et à mon humble avis, des parcours moins invitants risquent de graduellement faire perdre des clients.

Nouveau vert au Club de Golf  & Curling Thetford - Octobre 2017
Quelles sont donc les avenues de solution à cette problématique?
Il est bien évident qu’un regain d’énergie de l’industrie permettrait de renverser cette tendance de manière toute naturelle. Ce regain est-il possible, à court terme? Nul n’est bien placé pour percer ce mystère. Mais d’ici-là, il y aurait moyen de faire preuve d’opportunisme en permettant aux entrepreneurs de procéder à des travaux d’envergures diverses au cours de la période estivale. En planifiant adéquatement les travaux, il y a possibilité de travailler sur certains éléments des parcours  sans générer des désagréments importants pour les golfeurs. La modification de tertres de départ, la réfection de fosses ou des projets de drainage ne sont que quelques exemples.  Même des travaux de reconstruction de verts peuvent être considérés lorsque l’on prend le temps de bien préparer une vert temporaire qui pourra offrir des conditions de jeu acceptables le temps de réaliser les travaux. Évidemment, le tout n’est pas sans risques, avec les membres qui ne sont plus aussi loyaux et fidèles qu’ils ne l’étaient par le passé, et la clientèle de tournois qui est très sélective. Mais pourquoi risquer de procéder à des travaux de moins bonne qualité?

J’ose espérer que la morosité actuelle associée à la fermeture de parcours fera bientôt place à un équilibre qui deviendra la planche de salut de l’industrie.  Une fois cet équilibre atteint, je crois sincèrement que la clientèle des parcours qui auront fermé se sera redistribuée dans les parcours restants qui seront alors en mesure de prospérer à nouveau. Ceci fera en sorte que les parcours pourront possiblement à nouveau investir dans leurs infrastructures et renverser la tendance menant à cette lente perte d’expertise. D’ici là, je m’accroche à cette industrie qui me passionne depuis tant d’années en espérant que les clubs sauront encore reconnaître l’expertise que moi et mes pairs architectes et entrepreneurs peuvent apporter à l’industrie pour le bénéfice des parcours.

Yannick Pilon Golf © 2018


lundi 26 mars 2018

La fermeture de parcours. Y a-t-il une lumière au bout du tunnel?

Ce qu'il reste aujourd'hui du Club de Golf de Brossard.
L’industrie du golf vit un profond changement depuis quelques années. Après quelques décennies ayant vu l’ouverture de plusieurs parcours à travers la province, on vit maintenant un ressac. Plusieurs parcours ont fermé leurs portes au fil des dernières années, dont les clubs de Brossard et Laprairie sur la rive-sud, et Deux-Montagnes et Le Boisé, sur la rive-nord. Malheureusement, la tendance se poursuit encore cette année, alors que les parcours de Chambly et Rougemont ont récemment annoncé leur fermeture définitive.

Évidemment, toute fermeture de parcours constitue une perte importante. C’est une perte importante pour les joueurs qui y jouent régulièrement, mais surtout, une perte pour les employés qui y travaillent souvent depuis plusieurs années. La fermeture d’un parcours est également une tragédie pour les résidents des municipalités qui hébergent ces parcours; une tragédie environnementale, doit-on préciser. Car les parcours de golf sont bien souvent d’énormes poumons au cœur des villes, d’immenses espaces verts contribuant à réduire le phénomène d’îlots de chaleur et les effets de la pollution urbaine. Le redéveloppement de ces grands espaces se fait bien souvent au profit de l’étalement urbain et pour le bénéfice des municipalités qui voient ainsi leurs revenus augmenter grâce aux nouvelles taxes générées par les nouveaux projets résidentiels ou industriels.

Le Club de golf de Laprairie, peu avant sa fermeture.
Mais peut-on blâmer les propriétaires et opérateurs de parcours pour la vente de leurs installations? Les perspectives de profits d’opérations étant de plus en plus incertaines, comment ceux-ci peuvent-ils refuser les offres alléchantes de promoteurs qui lorgnent ces vastes étendues bien souvent dézonées et à proximité de grands centres urbains? Cette situation est bien souvent exacerbée par le fait que les terrains développables se font de plus en plus rares à proximité des grands centres.  Peu de municipalités sont intéressées à acquérir les parcours pour les opérer eux- mêmes, et encore moins pour les transformer en parcs urbains. En effet, les coûts d’entretien de tels espaces sont souvent beaucoup trop importants pour les municipalités qui peinent déjà à entretenir les quelques installations de parcs et espaces verts qu’elles possèdent. Il est souvent bien plus alléchant de laisser un promoteur redévelopper la majorité d’un site pour ne garder que quelques parcelles de terrains résiduels qui viendront s’ajouter à leurs réseaux de parcs existants.

Dans ce contexte, la situation de plusieurs parcours semble précaire. Toutefois, au-delà des pertes sociales et environnementales que peuvent représenter la fermeture de parcours de golf, est-il possible de voir une lumière au bout du tunnel? Si la construction de parcours a vécu une apogée au cours des années 1990 et 2000, où plusieurs parcours ont ouvert leurs portes au-delà du rythme de croissance de la popularité du sport, n’est-il pas normal de retrouver aujourd’hui un équilibre? Est-il logique d’espérer que les golfeurs qui fréquentaient les clubs qui ferment aujourd’hui leurs portes continueront fort probablement de jouer au golf dans les parcours environnants qui demeurent actifs, contribuant ainsi à leur survie et leur prospérité. Permettons-nous d’y croire.

Club de golf Le Boisé, peu de temps après sa fermeture.
Une meilleure rentabilité financière des clubs demeurant en opération aura surement un impact bénéfique sur l’industrie. Cependant, il est probablement futile de croire que cette redistribution des parties jouées dans les parcours toujours actifs se fera naturellement et sans efforts afin que l’industrie ne fasse face à ses difficultés.  Notamment, la clientèle vieillissante de bien des clubs devra bientôt laisser une plus grande place aux jeunes sans qui il deviendra bientôt impossible de survivre dans le marché de plus en plus compétitif du secteur des loisirs. Un adoucissement des règlements, des traditions et des formats de jeu semble aussi une belle avenue à explorer en vue de pouvoir aborder le futur avec optimisme.

De la même manière que les centres de ski tentent aujourd’hui de devenir des destinations quatre saisons pour retenir leurs employés et soutenir l’industrie de villégiature voisine de leurs installations, les parcours de golf pourraient adopter une attitude semblable et viser à devenir une destination de loisirs plus inclusive pour les communautés dans lesquels ils sont établis. Plusieurs avenues s’offrent à l’industrie, mais celle-ci devra fort probablement se renouveler et s’ouvrir davantage sur le monde. Chaque parcours est unique, tout comme les sites sur lesquels ils sont situés. Chaque site recèle donc des opportunités uniques nécessitant une profonde réflexion. Il n’est certainement pas illusoire de croire que l’industrie est capable de relever un tel défi.

Et vous? Qu’en pensez-vous?  Faites-nous part de vos commentaires.

Yannick Pilon Golf © 2018

jeudi 15 février 2018

Le Riviera Country Club

L'un des parcours favoris de joueurs du circuit de la PGA

Le circuit de la PGA s’arrête cette semaine dans la région de Los Angeles où il s’arrête sans interruption depuis 1926. Ce sera la 55e fois qu’un tournoi de la PGA sera tenu au Riviera Country Club, et l’une des raisons de ce beau succès, est sans aucun doute la qualité indéniable du parcours qui est l’un des favoris des joueurs, et ce, année après année.

Le trou no. 18 et son amphithéatre.
Ce parcours est le résultat d’un travaillé acharné entre deux hommes très respectés de l’époque, l’architecte George C. Thomas et son homme de terrain William P. Bell. Peu après avoir complété la construction d’un parcours à Bel-Air, situé à proximité et très bien reçu par la critique, Thomas se fait offrir de dessiner le parcours de Riviera. Tout d’abord peu impressionné par le site relativement plat situé au fond d’un canyon au bas des Santa Monica Mountains, il accepte, à la condition de pouvoir engager son compatriote Bell pour superviser les travaux, et surtout, à la condition d’avoir le contrôle complet du budget de construction.

Le résultat est surprenant. Pendant près de dix-huit mois, Thomas et Bell utilisent tous les types de machineries disponibles à l’époque pour travailler le site et le transformer en chef-d’œuvre d’architecture stratégique. Des quantités imposantes de terre furent déplacées pour créer les ondulations qui marquent aujourd’hui le parcours. L’exemple le plus frappant de tout ce travail est sans aucun doute le vert du trou no. 18, que Thomas et Bell ont aménagé en un gigantesque amphithéâtre où des milliers de spectateurs se massent pour suivre la fin du tournoi. Tout le matériel généré par ce travail titanesque pour l’époque, se retrouve aujourd’hui sous les verts des trous 2 et 9, ainsi que sous les tertres des trous no. 3 et 10, tous situés à proximité. Aujourd’hui, le travail a l’air si naturel qu’on pourrait croire que le tout était là initialement.

Une architecture hors-pair
Le trou no. 10, une courte normale quatre stratégique.
Qu’est ce qui fait donc de ce parcours un parcours si intéressant?  C’est sans aucun doute la qualité de son architecture. Thomas et Bell ont créé des trous uniques et imaginatifs en s’inspirant de ce que leurs compatriotes architectes avaient fait de mieux sur la côte Est du pays. En effet, avant de venir s’établir sur la côte Ouest en 1919, Thomas avait visité l’ensemble des meilleurs parcours de golf de la côte Est, tout en fraternisant avec les architectes qui les avaient créés. Ceci a donné lieu à plusieurs trous présentant des éléments peu communs à l’époque et encore audacieux aujourd’hui.  Malgré des moyens techniques limités et grâce à leur imagination fertile, Thomas et Bell ont su transformer un site qui était relativement plat et ordinaire, en un parcours divertissant et stimulant d’un point de vue stratégique.

Une pelouse diabolique
Le parcours du Riviera Country Club est l’un des seuls du circuit avec celui de Torrey Pines à présenter une pelouse avec du gazon de type « Kikuyu ». Introduit sur le parcours en 1934 pour stabiliser des pentes fortes, ce gazon s’est par la suite répandu sur l’ensemble du parcours telle une mauvaise herbe indésirable. Après plusieurs années à tenter de l’éradiquer sans succès, le Club a plutôt décider de vivre avec et d’en tirer le maximum. Aujourd’hui, seuls les verts et les tertres de départ sont composés d’autres gazons et la lutte contre l’invasion du «Kikuyu » est loin d’être simple.

Le trou no. 16. Les fosses de sable y sont fort élégantes.
Coupée très court, la surface de jeu est très plaisante à jouer puisque les balles sont très bien supportées par les innombrables brins de gazon sous elles. Dans l’herbe-longue, par contre, tout peut arriver! Les mauvaises langues iront jusqu’à dire que ce gazon peut briser des poignets! Semblable à du gazon de type « bermuda » mais avec un grain plus large, le « Kikuyu » est très particulier car c’est un gazon très rigide et qui se répand agressivement à l’aide de rhizomes et de stolons qui contribuent à en faire un gazon qui est très imprévisible. Dans l’herbe-longue, la balle peut s’arrêter au-dessus de brins d’herbes comme si elle était posée sur un tee, mais elle peut tout aussi bien être littéralement engouffrée par l’herbe qui fait presque disparaître la balle.

Un environnement enviable
Le fait que le parcours soit situé au pied des Santa Monica Mountains, à quelques minutes de la plage de Santa Monica et des municipalités de Bel-Air, et Beverley Hills fait en sorte que la clientèle du Club est bien souvent richissime et célèbre.  Le plaisir de jouer une partie à Riviera est également agrémenté des divers potins que prennent plaisir à transmettre les caddies sur les nombreuses stars hollywoodiennes membres du Club ou résidant dans les somptueuses résidences qui entourent le parcours au sommet du canyon. Le tout, n’a rien à voir avec la qualité du parcours, mais cela rend l’expérience unique en son genre.

Trous à souligner
Trou no. 4
Le trou no. 4 est une longue normale 3 aménagée à proximité de la paroi du canyon dans lequel est situé le parcours.  Le vert est très bien protégé par une vaste fosse de sable qui est située directement dans la ligne de jeu, ce qui fait en sorte qu’il faut obligatoirement la surpasser pour atteindre le vert avec un coup agressif.  Cependant, une deuxième option existe pour atteindre le vert d’une manière un peu plus créative.  Une allée contourne la fosse de sable à sa droite et celle-ci est aménagée en forte pente de droite à gauche. En frappant un long coup de départ vers cette zone d’allée, il est possible de faire rebondir la balle dans la pente afin de rediriger celle-ci vers le vert sans avoir à attaquer directement la fosse de sable. Cet aménagement rend ainsi le trou intéressant pour tous les calibres de golfeurs car il permet à tout golfeur de jouer son coup de départ en fonction de ses habiletés, tout en ayant une chance d’atteindre la cible. Voilà un bel exemple du génie créatif de Thomas et Bell.

Trou no. 6
Le trou no. 6 est une autre normale trois qui est devenue célèbre grâce à la fosse de sable située directement au centre du vert. Ce geste architectural hors du commun pourrait facilement devenir problématique pour plusieurs golfeurs, mais la subtilité du nivellement autour de cette fosse élève la qualité de ce trou pour en faire l’un des plus mémorables du parcours. En effet, les pentes du vert sont superbement aménagées pour faire en sorte que les golfeurs sont presque toujours capables de contourner la fosse dans l’espoir de sauver leur normale.  Évidemment, un grand vert est nécessaire pour que ce concept fonctionne, mais ceci permet également de varier la manière de jouer le trou jour après jour dépendant de l’endroit où est positionné le drapeau.

Trou no. 8
Le trou no. 8 est un bon exemple de la variété que Thomas tentait d’implanter dans ses parcours. Disposé de part et d’autre d’un « barranca » (dépression dans laquelle se trouve un lit de rivière à sec) traversant le site, le trou possède deux allées qui forcent les golfeurs à faire un choix pour leurs coups de départ. Peu de parcours possèdent ce type d’élément architectural puisque celui-ci est coûteux et que généralement, l’une des deux options est plus avantageuse que l’autre. Dans ce cas-ci, le verdict est difficile à énoncer, puisque les deux options présentent des difficultés variables et les deux options mènent à un vert qui semble réceptif aux deux approches. On peut toutefois féliciter le club d’avoir voulu ressuscité cet élément original de l’architecture de Thomas et Bell dans les années 2000 après l’avoir longtemps abandonné.

Trou no. 10
Le trou no. 10 est sans aucun doute l’une des meilleures normales quatre d’Amérique du nord. D’à peine 315 verges, ce trou cause problème à tous les golfeurs qui y sont confrontés grâce à la configuration de son vert peu profond et très large. Les bons golfeurs qui tentent d’atteindre le vert avec leurs coups de départ se retrouveront bien souvent dans de draps si leurs coup de départ fini sa trajectoire dans l’une des fosses de sable qui entoure le vert. Celui-ci est en pente de l’avant vers l’arrière et fait en sorte qu’un coup de fosse aura bien de la difficulté à rester sur le vert. La stratégie la plus avantageuse est bien souvent de jouer à court du vert et loin à sa gauche afin d’avoir un meilleur angle d’attaque pour le coup d’approche.

Beaucoup de monde sera à l’écoute du tournoi cette semaine, et ce sera surement pour y voir la suite du retour de Tiger Woods qui a bien fait il y a deux semaines à Torrey Pines, un endroit où il a l’habitude de bien performer. La situation sera tout autre à Riviera, où il n’a encore jamais réussi à s’imposer en huit tentatives en tant que professionnel – son meilleur résultat étant toutefois une deuxième place en 1999! Il sera donc intéressant de voir comment il abordera ce parcours inspirant et son herbe longue malicieuse, lui qui n’a pas très bien fait avec ses coups de départ à son retour au jeu.

Pour une description plus complète du trou no. 10, cliquez-ici.

Pour la liste des 10 parcours les plus appréciés des joueurs durant la saison de jeu, cliquez-ici.

Pour une superbe description complète du parcours, cliquez-ici.

Yannick Pilon Golf © 2018

jeudi 28 septembre 2017

Le Liberty National Golf Club

Site de la Coupe des Présidents 2017

C’est déjà la douzième édition de la Coupe des Présidents qui se met en branle ce week-end dans le New-Jersey. Cette fois, c’est le Liberty National Golf Club qui est hôte de cet évènement qui, au fil des années, a mis en scène des parcours de qualité inégale. Parcours relativement récent, le Liberty National permettra d’obtenir de magnifiques vues du profil de Manhattan puisqu’il est situé sur le bord de la rivière Hudson, à un jet de pierre de la statue de la liberté, et à quelques minutes de bateau du World Trade Center.

Le parcours est le fruit du travail acharné du visionnaire, Paul Fireman, qui a eu l’audace d’acquérir le site du parcours alors que ce dernier était encore un site industriel. C’est dans le monde de la finance que le New-Yorkais a fait ses premiers pas en tant qu’homme d’affaire, mais c’est la vente de sa « petite » compagnie Reebok à Adidas pour  une somme de 3.8 milliards de dollars qui l’a fait connaître au monde entier.  C’était en 2006, et il avait alors récolté la rondelette somme de 600 millions de dollars pour son travail….

C’est au cours de la même année que le Liberty National Golf Club a ouvert ses portes à ses premiers membres. Les langues sales diront que c’est pour se payer son parcours de golf que Fireman procéda à la vente de Reebok, puisque le parcours lui aurait apparemment coûté plus de 250 millions de dollars à construire.  Est-ce que l’investissement en valait la chandelle? Même son créateur admet que non, mais il prétend également que son but premier était de construire l’un des meilleurs parcours de golf au monde à léguer à sa famille et à la communauté.

Pour faire le design du parcours, il a engagé le golfeur Tom Kite, ancien champion de l’Omnium des États-Unis en 1992. Celui-ci s’est lui-même entouré de Bob Cupp, un ancien employé de la firme de Jack Nicklaus qui a laissé sa trace sur plusieurs de meilleurs parcours de son mentor.  Ensemble, ils avaient la difficile mission de transformer un site industriel en friche en un parcours de classe mondiale.  Pour ce faire rien n’a été laissé au hasard. Une lourde et coûteuse décontamination a eu lieu et des centaines de milliers de mètres cubes de terre ont été bougés ou importés sur le site pour créer les ondulations nécessaires au parcours. Même la végétation a été importée à grands frais et plantée sur le site pour créer les ambiances voulues.  Dès 2009, soit moins de trois ans après son ouverture, le parcours fût l’hôte de la Coupe Barclays qui fût également de retour en 2012.

Mais au-delà des vues spectaculaire qu’il offre sur le « skyline » New-Yorkais, qu’en est-il de la qualité du parcours? Plusieurs golfeurs se sont montrés critiques face à lui. Le célèbre magazine « Golf Digest » allant jusqu’à l’inclure dans sa liste des dix parcours les moins appréciés des joueurs du PGA Tour selon leur propre sondage…. Ceci a mené à quelques changements cette année en vue du tournoi. En effet, on a, entres autres, réorganisé l’ordre des trous du parcours afin d’améliorer la circulation des spectateurs et ainsi améliorer le spectacle. Ceci fait en sorte que le parcours se terminera sur une normale 3 (ordinairement le trou no. 4 du parcours), un fait très rare dans le monde du golf professionnel mais peut-être sans conséquence pour un tournoi par trou ou plusieurs matches peuvent se conclure sur les trous 16 ou 17. Ceci fera en sorte que le tournoi se terminera à plus de 400 verges du chalet, à l’arrière du champ de pratique du Club. Rien pour créer un sentiment d’accueil saisissant….

Pour ma part, je dois avouer que le parcours me laisse froid. D’un point de vue environnemental, c’est un succès indéniable et un gain appréciable par rapport à la friche industrielle contaminée qui occupait le site avant la construction du parcours.  Les vues qu’il offre seront superbes à la télévision, et on en profitera surement pour les montrer abondamment en marge du jeu. Toutefois, celles-ci n’auront aucun impact sur le tournoi.  Personnellement, j’ai le sentiment que le site parait artificiel et que le parcours ne semble pas avoir la cohésion, l’attrait esthétique et stratégique qui font la marque des plus grands parcours au monde. Par manque de cohésion, on peut citer en exemple les fosses de sable qui sont parfois simples et rondes ou ovoïdes, ou immenses et complètement composées d’immenses lobes rappelant un style floridien des années 80.  Le même phénomène se retrouve sur les tertres de départ qui sont parfois carrés, parfois ovoïdes, formant ainsi un ensemble confus.  L’utilisation de plusieurs artifices tels murs de pierres, cascades, faux ruisseaux contribue aussi à marquer le fait que tout a été créé artificiellement.

Tout ceci n’aura évidemment aucun impact sur le jeu qui risque encore une fois d’être fort divertissant. Toutefois, le parcours hôte aura pour effet de me faire perdre intérêt envers ce tournoi qui a le potentiel d’être très intéressant lorsqu’il est joué sur un parcours tel le Royal Melbourne en Australie où aura lieu le tournoi en 2019. Comme c’est bien souvent le cas pour la Coupe des Président ou la Coupe Ryder, j’ai plutôt l’impression que le parcours a été choisi pour sa proximité au monde des affaires New-Yorkais et le potentiel de revenus qui vient avec. Mais ça, la PGA et la USGA nous y aura habitué depuis belle lurette, mis à part quelques surprises au cours des dernières années, tel que pour l’omnium des États-Unis de 2013 à Merion, en Pennsylvanie, ou encore l’Omnium Canadien à St-Georges G & CC en 2010. Et vous? Est-ce que le tournoi vous inspire? N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires sur la question!

Tant qu’à être dans la région de New-York…

Tant qu’à jaser de parcours de golf dans la région New-Yorkaise, il serait intéressant de discuter des nouveautés à cet effet. Au cours de la dernière décennie, un phénomène particulier a eu lieu à New-York. En effet, deux autres parcours en plus du Liberty National ont ouvert leurs portes à quelques minutes de Manhattan sur des sites auparavant industriels. Il s’agit du Bayonne Golf Club, un autre parcours privé ouvert en 2006, et du Trump Golf Links at Ferry Point, un parcours municipal géré par Donald Trump et ouvert en 2015. Or, à mon humble avis, ces deux parcours méritent plus l’attention des golfeurs que le Liberty National.

Bayonne Golf Club
Situé lui aussi au bord de la rivière Hudson, ce parcours ne pourrait pas être plus différent du Liberty National. Son propriétaire et architecte, Éric Bergstol, a plutôt tenté de reproduire les links écossais et Irlandais sur un autre site industriel situé à quelques minutes du sentre-ville. Durant près de quatre ans, il a importé des milliers de mètres cubes de matériel sur son site restreint en vue d’y créer de fausses dunes pouvant atteindre une hauteur de plus de 100 pieds. Le résultat semble plutôt surprenant et dépaysant.  Pour avoir foulé les allées de club irlandais tels Ballybunion, Enniscrone et Carne, je peux témoigner que le Bayonne Golf Club semble avoir été sculpté dans un moule à l’échelle similaire.

Trump Links at Ferry Point
Si l’idée de fouler les allées d’un Club géré par l’équipe de Donald Trump ne vous donne pas des crampes d’estomac, une visite au Trump Links at Ferry Point pourrait s’avérer intéressante. Le parcours a été conçu par la troupe de Jack Nicklaus pour le compte de la Ville de New-York. Le parcours est donc considéré comme un parcours municipal ouvert au public, mais il est géré par l’équipe du président américain qui s’est assuré de compléter le parcours pour son ouverture en 2015, tout en promettant d’y construire un chalet au cours des prochaines années.  De style « nouveaux links », le parcours est situé sur le bord de l’East River et il présente un design qui semble être plus cohésif que celui du Liberty National, sans la panoplie d’artifices qui viennent l’orner. 

Bethpage State Park
Offrant pas moins de cinq parcours de bonne qualité, le Bethpage State Park est sans aucun doute le joyau des parcours municipaux et l’un des plus gros complexe de golf géré de manière publique en Amérique. Le plus connu des parcours est le Black Course, hôte de l’Omnium des États-Unis en 2002 et en 2009. Au premier tertre, on y affiche que le parcours est considéré comme étant extrêmement difficile et seulement pour les golfeurs de haut calibre ». Avis aux intéressés!

Garden City Golf Club
Le dernier parcours sur cette courte liste est également le plus âgé, datant de 1899.  Le Garden City Golf Club est l’exemple parfait du minimalisme en architecture de golf et l’un des meilleurs parcours de la planète. L’architecture y fait un usage merveilleux des fines ondulations qui jalonnent le site d’un bout à l’autre. Pour un retour aux origines du golf nord-américain, ce parcours est un incontournable qui vaut la peine d’être étudié. Activez votre réseau de contacts pour y accéder car l’accès y est très restreint….

Il y a tant de parcours de golf de qualité dans la région New-Yorkaise que je pourrais en faire un livre! Seulement à Long Island, des parcours tels Shinnecock Hills, The National Golf Links of America, Friars Head, Maidstone et Sebonack valent le detour, ne serait-ce que pour un voir un seul d’entre eux. Au nord de la ville, on retrouve quantité d’autres classiques, tel Winged Foot, Sleepy Hollow et Westchester, alors qu’à l’est, il y a aussi Baltusrol et Somerset Hills qui valent aussi a peine de recourir à vos réseaux de contacts.

Pour la liste des parcours les moins appréciés des golfeurs du PGA Tour, cliquez-ici.

Pour un article intéressant sur le premier coup de départ du parcours, cliquez-ici.

Pour une autre description rapide du parcours, cliquez-ici.

Yannick Pilon Golf © 2017