jeudi 20 juillet 2017

Le Royal Birkdale Golf Club

Le plus doux des parcours hôtes de l’Omnium Britannique? Pas si vite….

Localisé à Southport, au nord de Liverpool, le Royal Birkdale Golf Club est l’hôte, cette fin de semaine, d’un dixième Omnium Britannique.  L’un des dix parcours faisant partie de la rotation de clubs qui se partagent l’honneur d’accueillir l’Omnium au fil des ans, celui-ci est considéré comme étant l’un des plus jeunes à accueillir l’évènement puisqu’il n’est l’hôte du tournoi que depuis 1954!

Pourtant fondé en 1889, ce n’est qu’en 1922 que le parcours actuel prend véritablement forme après avoir occupé deux autres sites à proximité dans des configurations différentes. De manière passablement unique, trois générations d’architectes ont travaillé sur le parcours. Mais la majorité du parcours actuel semble le fruit du travail de Frederick G. Hawtree et du golfeur J.H. Taylor. Lors de leur planification, ils ont majoritairement situé les trous au centre de vallées qui séparent de larges dunes qui font en sorte que le parcours est aujourd’hui très propice aux spectateurs qui y bénéficient de vues hors pair sur le parcours. Par la suite, des améliorations ont été faites au parcours dans les années soixante par le fils de Frederick G. Hawtree, Frederick W. Hawtree, et plus tard en 1993, alors que le fils de Frederick W, Martin Hawtree a procédé à la reconstruction de tous ses verts.

Aujourd’hui, le parcours semble apprécié des joueurs professionnels américains, puisque celui-ci est relativement plat comparativement aux parcours typiques de l’Omnium Britannique.  Ceci fait en sorte que plusieurs d’entre eux croient passablement en leurs chances de gagner malgré le fait qu’ils ne soient généralement pas aussi habitués aux parcours de type links que ne peuvent l’être leurs compatriotes du circuit européen.

Les allées plates et étroites
Le parcours est majoritairement plat, ce qui fait en sorte qu’une des particularités intéressantes des parcours de type links y est presque totalement absente, soit celle d’avoir des allées ondulées causant des bonds et des position d’adresse variées influençant grandement les coups d’approche. Plusieurs connaisseurs considèrent que ceci constitue la principale faiblesse de ce parcours. Par contre, leur étroitesse rend le parcours difficile puisque des coups de départ hors ligne se retrouveront rapidement dans la fétuque qui enveloppe étroitement chacun des trous.

Des trous coudés pour contrer la puissance des joueurs
On l’a vu récemment à l’Omnium Américain tenu à Erin Hills : même si les parcours de championnat sont de plus en plus longs, les golfeurs sont si puissants qu’ils parviennent tout de même à obtenir des pointages très bas dans les bonnes conditions.  À 7156 verges seulement, le parcours du Royal Birkdale fait figure de petit frère face aux 7600 verges d’Erin Hills.  Pourtant, le Royal Birkdale résiste bien à la puissance des joueurs grâce à plusieurs trous coudés qui forcent les joueurs à user de prudence et de stratégie en gardant leur décocheur dans leurs sacs, au profit de bois d’allées ou même de longs fers pour rester en jeu sur les coups de départ.  Les allées étroites et coudées font en sorte que les longs cogneurs doivent avoir une précision exemplaire et un contrôle des trajectoires extraordinaire pour rester dans les allées en diagonale lorsqu’ils tentent de couper les coins en vue d’obtenir un avantage sur les coups d’approche.  Voilà une bonne manière de limiter la puissance des golfeurs en cette ère où plusieurs parcours deviennent désuets pour la tenue de grands tournois à cause de leurs longueurs souvent jugées trop courtes.

Des allées rasées jusque dans les fosses
Au Québec et dans la grande majorité des parcours en Amérique du nord, les fosses de sable sont bien souvent à l’écart des allées, et séparées d’elles par une bande bien établie d’herbe-longue qui contribue à ralentir les balles avant qu’elles n’atteignent les fosses. Sur la grande majorité des parcours écossais et irlandais, on minimise plutôt la dimension des fosses qu’on aménage en petits « pot bunkers », mais on prend également soin de les aménager dans des dépressions qui tendent à y faire rouler les balles comme dans un entonnoir. Le tout est amplifié par le fait que l’on rase les allées jusque dans les fosses pour faire en sorte que l’influence réelle des fosses est bien plus grande que leurs dimensions ne semblent l’indiquer.

Le vent : un facteur déterminant
Comme la majorité des parcours de type links situés en bord de mer, le vent peut y être très fort et variable. Si le vent souffle avec force, il deviendra très difficile de garder les coups de départ dans les allées étroites et la prudence sur les coups de départ viendra compliquer la tâche des golfeurs qui auront alors des coups d’approche beaucoup plus longs à effectuer pour atteindre les verts bien protégés. En 1998, Tiger Woods, alors dans la course pour le championnat, y joua une troisième ronde de 77, alors que plusieurs autres golfeurs, victimes du vent, affichèrent des scores au-dessus de 80…. C’est donc dire que le parcours peut se montrer difficile à dompter. Ce qui est intéressant, par contre, c’est que le parcours possède un agencement de trous dans lequel les trous changent constamment de direction, ce qui tend à faire en sorte que peu de joueurs peuvent se dire victime d’un désavantage indu causé par un vent dominant affectant de manière soutenue leur style de jeu comme cela pourrait être le cas sur un parcours comme à St Andrews, où les trous se succèdent souvent dans la même direction.

Trous à souligner

Source: www.theopen.com
Trou no. 1
Le trou no. 1 est l’un des plus difficiles du parcours. Avec un hors limite à la droite du trou, les golfeurs auront tout intérêt à se tenir du côté gauche de l’allée d’où ils pourront peut-être voir le vert sur leurs coups d’approche. Pour ce faire, cependant, ils auront à négocier avec une petite fosse très bien positionnée en bordure du côté gauche de l’allée et derrière laquelle se dresse un monticule qui obstrue la vue du vert.  Ce dernier est, pour sa part, positionné derrière un autre monticule situé du côté droit de l’allée, donnant ainsi l’illusion que le trou est doublement coudé : d’abord vers la gauche, et ensuite vers la droite.

Source: www.theopen.com
Trou no. 6
Le trou no. 6 est un bon exemple de l’effet des trous coudés pour contrer la puissance des joueurs.  Ici, tenter de couper le coin du coude est une épreuve périlleuse que peu de golfeurs tenteront.  Ceux qui tenteront l’expérience seront confrontés à une fosse de sable judicieusement positionnée dans le coin intérieur du coude. Le problème ne sera pas tant la distance à franchir pour surpasser cette fosse que l’angle de l’allée très prononcé passé le coin du coude faisant en sorte que celle-ci est peu réceptive et que les balles risquent de finir dans l’herbe-longue, laissant ainsi un long coup d’approche dans des conditions difficiles.

Source: www.theopen.com
Trou no. 15
La première normale 5 du parcours arrive seulement au 15e trou et elle ne mesure que 542 verges.  Le fait que la normale soit de 70 fait en sorte que les bas pointages sous la normale seront difficiles à obtenir. Les occasions d’oiselets se seront faites rares jusque-là et les golfeurs seront surement dans l’urgence d’ouvrir la machine pour tenter de finir le parcours en beauté en obtenant retranchant des coups à la normale aux trous nos. 15 et 17, les deux seules normales 5 du parcours. 

Source: www.theopen.com
Trou no. 17
Si les golfeurs n’ont pas obtenu d’oiselet au trou no. 15, c’est au dix-septième trou qu’ils obtiendront leur dernière chance et ce trou ouvre la porte toute grande à cette opportunité puisque le vent dominant y est généralement de dos. Le coup de départ sera crucial afin de garder le coup de départ dans l’allée coudée à gauche et une trajectoire de droite à gauche sera favorable sur le coup de départ pour se laisser une chance d’atteindre le vert en deux coups. Une fois l’allée atteinte, le tout n’est toutefois pas gagné puisque le vert est très étroit et bien entourée de quatre fosses profondes. Ses ondulations plus prononcées seront également à surveiller pour les golfeurs qui seront aux prises avec de longs coups roulés. 

Conclusion
Tous ceux qui me connaissent savent très bien que j’apprécie beaucoup les parcours de type links et que j’en fais abondamment la promotion.  Ceci fait en sorte que je serai évidemment au rendez-vous pour ce suivre ce tournoi, malgré le fait que le parcours soit peut-être l’un des moins représentatifs de ce style de parcours avec ses allées plates et peu ondulées.  Par contre, ce tournoi demeure, année après années, l’un des plus divertissants de la saison. Les conditions de jeu et les vents forcent constamment les golfeurs à user de stratégie et de doigté pour frapper des coups qu’on voit trop peu souvent sur nos parcours nord-américains souvent bien plus prévisibles. Toute personne vraiment accro au golf devrait une fois dans sa vie, s’organiser pour expérimenter ce type de golf fort amusant.  Ce qui est le plus surprenant, c’est que tous ces parcours mythiques sont accessibles aux visiteurs qui font les préparatifs nécessaires. 

Pour une description du parcours et des images satellite spectaculaires des trous, cliquez ici.

Pour une autre description par trou du parcours sur le site web du Club, cliquez ici.


Yannick Pilon Golf © 2017

mercredi 14 juin 2017

Erin Hills Golf Course

Un autre monstre pour l’Omnium Américain? 

Ne serait-ce que pour sa localisation un peu perdue au centre du Wisconsin et à bonne distance des grands centres urbains ou pourront loger les joueur et spectacteurs, on pourrait facilement dire que le parcours d’Erin Hills est parfait pour la tenue de l’Omnium Américain et en symbiose parfaite avec l’époque contradictoire que traverse présentement l’industrie du golf. Énormément vaste, il permet d’accueillir un nombre illimité de spectateurs et de commanditaires sans qui les profits sont impossibles! Long, long, long et flexible, il représente également très bien le besoin qu’a la USGA à utiliser des parcours qui permettront de répondre aux standards voulant que le parcours soit difficile et propice à identifier de grands champions. Moderne et contemporain, il puise son inspiration dans la tendance actuelle de créer des parcours à l’aspect naturel et rustique; des parcours « destination » aménagés à des endroits susceptibles de créer de grands parcours pour une clientèle nichée qui n’hésite pas à voyager pour s’y rendre.

Le rêve du parcours a débuté à la fin des années 90 dans la tête de Steve Trattner, un informaticien qui rêvait de pouvoir faire sa vie dans le domaine du golf, mais dont le talent pour le sport était limité malgré son obsession pour celui-ci. Trattner avait pourtant trouvé un site spectaculaire, à près de 45 minutes du centre-ville de Milwaukee, et il rêvait d’y aménager ce qu’il soupçonnait être un parcours digne des plus grands au monde.  Pour ce faire, il avait besoin d’argent et d’un promoteur qui n’aurait pas froid aux yeux.  Après plusieurs tentatives pour convaincre des investisseurs à se joindre à lui, il finit par tomber sur la personne de Bob Lang, un développeur résidentiel ayant fait fortune dans les calendriers et les cartes de souhait.

En 2000, Lang octroie le mandat du design du parcours au consortium composé de Micheal Hurdzan, Dana Fry et Ron Whitten.  Alors que Hurdzan et Fry avaient déjà derrière eux une longue liste de parcours très bien reçus, dont Le Diable, ici même au Québec, Whitten, lui, était plus connu pour sa longue collaboration au Magazine Golf Digest en tant qu’éditeur spécialisé en architecture sans toutefois n’avoir jamais participé à la conception d’un parcours de golf.  Leur but commun était cependant très clair : créer le parcours de golf le plus naturel qui soit, en bougeant le moins de matériel possible et en maximisant l’usage des caractéristiques naturelles du site.

Avec la participation insistante et parfois dérangeante de Lang, l’équipe de concepteur s’est appliquée à créer un parcours spectaculaire d’une grande beauté. Pendant ce temps, Lang, très impliqué, s’occupait de développer les infrastructures autour du parcours.  À son ouverture en 2006, les premières impressions sont mitigées principalement dû au fait que le parcours n’avait pas encore atteint une pleine maturité avec ses allées en fétuque fine. Les coûts d’entretien ont tôt fait de plomber les finances du club qui est bientôt vendu au propriétaire actuel, Andy Ziegler. Ce n’est qu’à partir de cette date que le club est définitivement entre bonnes mains. Plusieurs modifications et améliorations ont bientôt suivi pour donner le parcours que l’on connait aujourd’hui.

Les ondulations
Le parcours est situé sur une moraine glacière, c’est à dire une grande étendue de sols variés et ondulés laissés en place par le retrait de glaciers à la fin de la dernière ère glaciaire. Le tout donne un parcours ponctué de grandes ondulations créant un paysage spectaculaire digne des plus grands parcours au monde.  Ces ondulations seront constamment en jeu sur la grande majorité des trous et les golfeurs devront en tenir compte dans leur stratégie pour attaquer le parcours.  Tel que sur la majorité des parcours de type links écossais et irlandais, les golfeurs pourront profiter de ces ondulations dans leur stratégie afin de faire rebondir ou rouler la balle en direction de leur cible en contournant certains obstacles.

Un links à l’américaine
Au fil des dernières années, la USGA nous aura habitués à un savant mélange de parcours anciens et modernes offrant tous un challenge particulièrement relevé.  Le parcours d’Erin Hills est un parcours moderne à l’esthétique rustique, tel Chambers Bay en 2015, occupant un vaste territoire fortement accidenté ensemencé de fétuque et conçu avec la prétention d’accueillir un jour l’Omnium. Il ressemble également à Shinnecock Hills, hôte de l’Omnium en 2004 et à Oakmont, hôte en 2016, pour leurs sites ouverts et frappés des grands vents, offrants de vastes perspectives vers le paysage ambiant. En gros, on pourrait qualifier le parcours minimaliste d’Erin Hills de type « Prairie Américaine » ou bien encore « links américain », dans le sens qu’il présente en fait beaucoup de caractéristiques de links écossais et irlandais, sans être en bord de mer, mais plutôt sur vaste étendue de dépôts morainiques constitués majoritairement de sable offrant la possibilité de conditions de jeu fermes et rapides.

La fétuque et l’échelle immense du parcours
Un parcours de golf occupe généralement une surface de 150 à 175 acres. Dans l’orgie de statistiques qu’on nous présente dans les avant-goûts du tournoi sur le web, on mentionne que le parcours s’étend apparemment sur une surface de près de 350 acres sur lesquels on retrouve plus de 150 acres de fétuque! Inutile de dire que celle-ci sera bien présente pour les golfeurs et elle risque de leurs causer plusieurs maux de tête. Une quantité impressionnante de ressources sont allées à l’entretien de cette fétuque afin de lui permettre d’avoir cette apparence bien particulière de gazon long ondulant au rythme du vent.  Par contre, ce n’est pas la fétuque fine et clairsemée comme celle des links écossais et irlandais à laquelle les golfeurs seront confrontés, mais bien une fétuque dense et profonde qui aura été longuement cultivée et entretenue, et qui sera fort probablement impitoyable. On risque d’en entendre parler

Trous à souligner

Trou no. 2
Une courte normale quatre tirant un bon partie des ondulations qui jalonnent le site, le deuxième trou pourrait donner de bonnes chances d’oiselets dès le début du parcours pour ceux qui n’ont pas peur de frapper à l’aveugle.  Le vert est situé tout juste au-delà d’une crête qui en cache la vue, et le meilleur angle d’attaque vers le plus petit vert du parcours se trouve à l’extrême gauche de l’allée : une zone elle aussi cachée par un immense monticule qui en obstrue la vue.

Trou no. 9
Après plusieurs longs trous ondulés marquant le neuf d’aller, celui-ci se termine par le trou le plus court du parcours. À 165 verges à partir des jalons les plus reculés, celui-ci pourrait causer des problèmes aux golfeurs. Semblable au célèbre « Postage Stamp » vu lors dul’Omnium Britannique de 2016, ce petit vert est entouré de fosses de sable profondes et irrégulières qui pourront résulter en quantités de postures bizarres pour les golfeurs.  De plus, les coup de départ, frappés en pente descendante, seront fortement influencés par les vents latéraux qui traversent le site….

Trou no. 15
Cette courte normale 4 pourrait être l’une des dernières opportunités d’oiselets du parcours, d’une manière similaire au 17e trou à Oakmont l’an dernier.  D’une longueur totale de 370 verges, il y a fort à parier que l’on jouera ce trou des tertres avancés pour inciter les golfeurs à tenter d’atteindre le vert avec leurs coups de départ. On s’en doute, le tout sera risqué, puisque le vert est bien positionné sur le flanc d’une pente forte sur laquelle se trouvent également plusieurs fosses bien profondes et la terrorisante fétuque.

Trou no. 18
Il est rare que l’Omnium Américain se termine avec une normale 5, mais il est encore plus rare qu’il se termine sur une normale 5 pouvant être étirée jusqu’à 675 verges.  Il sera intéressant de voir quels résultats cela donnera dimanche en fin de tournoi. Normalement, une normale cinq est une bonne opportunité d’oiselet, mais dans ce cas-ci, est-ce que la même logique s’appliquera?  C’est une bonne question. Personnellement, j’espère que les joueurs joueront une version raccourcie du trou pour que les plus agressifs puissent avoir une chance d’atteindre le vert en deux coups pour rendre la fin de parcours excitante….

Conclusion
Je serai encore une fois au rendez-vous pour voir comment les joueurs négocieront ce parcours qui a beaucoup de caractéristiques pour me plaire. Cependant, je me questionne encore bien souvent sur le besoin de construire des parcours de 7800 verges comme c’est le cas ici, alors que la grande majorité de golfeurs peine à jouer des parcours de plus 6200 verges. Pourquoi entretenir de si vaste étendues de gazon pour des tertres qui ne servent bien souvent jamais ou que très, très peu? À quand une balle unique pour les tournois professionnels, et pourquoi sentir ce besoin que les joueurs ne jouent pas un score trop bas sous la normale parce que c’est l’Omnium Américain et qu’il faut protéger l’intégrité de la normale? Ce sont toutes des questions valables en cette ère où l’on tente bien souvent de réduire la longueur et la surface qu’occupent les parcours de golf dans l’espoir de rendre le jeu plus rapide et plus agréable pour les joueurs, tout en minimisant frais d’entretien. J’espère, à tout le moins, que les dirigeants de la USGA ajusterons les distances des trous au cours du weekend de manière à créer de l’intérêt et ainsi mettre en valeur la stratégie offerte par plusieurs des trous.

Pour de superbes images du parcours et des survols des trous de toute beauté, cliquez ici.

Pour d'autres superbes images du parcours et un autre survol des trous de toute beauté, cliquez ici.

Pour une formidable description complète du parcours, cliquez ici.

Pour la description de l’histoire du parcours par l’un de ses concepteurs, Ron Whitten, cliquez ici.

Pour la troublante histoire de Steve Trattner, l’homme derrière les origines du parcours, cliquez ici.

Yannick Pilon Golf © 2017

            

lundi 22 mai 2017

Le « Island Green »

Pourquoi je n’aime pas ce concept
Le Players Championship qui s’est terminé il y a une semaine sur le célèbre parcours du TPC à Sawgrass a mis en vedette les meilleurs joueurs au monde dans le tournoi que plusieurs considère comme le cinquième tournoi majeur de l’année.  Encore une fois, l’un des éléments qui a fait le plus parler de lui est le fameux dix-septième trou. Et oui, cette fameuse petite normale 3 d’à peine 137 verges est probablement le trou qui est le plus facilement reconnaissable sur la planète toute entière! Malgré cette courte distance, ce trou a encore une fois terrorisé les meilleurs golfeurs de la planète lors des quatre jours du tournoi.  Imaginez l’impact que celui-ci pourrait avoir sur vous et moi qui sommes des golfeurs infiniment moins talentueux….
Ce qui est le plus drôle, c’est que ce petit trou n’était pas prévu dans les plans initiaux du parcours dessiné par le célèbre et souvent diabolique Pete Dye. En effet, au départ, ce trou devait être une normale trois plus simple, avec un petit lac d’un côté du vert. Mais le sable de haute qualité qui se trouvait dans ce secteur du parcours a fait en sorte qu’on en excava de grandes quantités durant la construction du parcours afin de remblayer d’autres sections du parcours.  Bientôt, la zone excavée était si large et si profonde que Pete Dye et sa femme Alice, eurent l’idée de complètement encercler le vert d’eau. Ils auraient pu décider de laisser un peu de marge d’erreur autour du vert, mais non, on l’entoura plutôt d’un muret de bois que les Dye avaient remis à la mode du jour en architecture de golf après avoir observé de telles installations sur certains des meilleurs parcours de type links d’Écosse, tel Prestwick, entre-autres.
Le résultat est une cible où la marge d’erreur est inexistante. Soit la balle est sur le vert ou sa frise, soit elle est dans l’étang qui entoure le vert.  Seule une petite fosse à peine plus grosse qu’une baignoire vient s’interposer entre les golfeurs et le vert entouré d’eau. Il n’y a donc aucune autre option que de franchir l’obstacle d’eau afin d’atteindre le vert. Bien que ce soit l’un des trous les plus spectaculaires à voir à la télévision en tant que spectateur, il n’en demeure pas moins que ce genre de trou est plutôt controversé dans la vie de tous les jours. En effet, celui-ci représente le plus grand cauchemar de bien des golfeurs qui sont souvent démunis devant l’ampleur de la tâche nécessaire pour non seulement atteindre le vert, mais y rester!  Le rôle d’un architecte est de créer des défis et de la variété sur un parcours, mais quand celui-ci choisit de mettre en place un vert de type Island Green, il le fait bien souvent au détriment d’une grande portion de la clientèle et il crée une situation où il pourrait, dans le pire des scénarios, faire en sorte que quelqu’un ne puisse pas terminer sa ronde.
Bien sûr, un tel artifice a aussi sa place sur les parcours de golf. L’exemple du TPC à Sawgrass en est la preuve ultime dans le contexte de ce tournoi qui met en vedette les meilleurs golfeurs de la planète. Le publique qui se rend par la suite jouer ce parcours célèbre tient également à se mesurer à ce petit trou monstrueux pour se comparer aux meilleurs joueurs.  Mais dans la vie de tous les jours, en tant qu’architecte, si j’ai le choix de créer un trou qui doit défier tous les golfeurs, c’est une option que je n’utiliserai probablement jamais, à moins d’avoir une occasion si unique qu’elle ne saurait être ignorée, tel un site naturel particulièrement spectaculaire, et encore.

Quand un trou n’offre aucun choix aux golfeurs, aucune alternative, aucune possibilité de jouer de manière conservatrice ou selon son niveau de jeu, à mon humble avis, c’est de l’architecture qui ne remplit pas son plein potentiel.  Mais bon! Ceci étant dit, j’étais pourtant au rendez-vous il y a une semaine pour voir comment les meilleurs joueurs au monde ont trouvé le moyen de vaincre ce petit trou terrifiant! Et vous? Que pensez-vous de ce trou controversé?

Malgré mon malaise devant ce type de trou, je dois admettre qu’il est populaire! Il y en a au moins six dans la grande région de Montréal à elle seule, et au moins huit autres ailleurs au Québec :













Il en a surement d’autres…. À vous de me le dire!


Yannick Pilon Golf © 2017

lundi 8 mai 2017

Le TPC à Sawgrass

Un parcours diabolique et unique qui a bien vieilli
Le TPC à Sawgrass (Tournament Players Club) est aujourd’hui l’un des parcours de golf des plus appréciés de la part des joueurs du PGA Tour, mais ce ne fut pas toujours le cas.  Peu après son ouverture, en 1980, et suite à la tenue des premières rondes du Players Championship de 1982, plusieurs joueurs avaient émis des commentaires forts négatifs et colorés à son sujet. Jack Nicklaus avait mentionné ne pas être très talentueux pour faire stopper des coups d’approche de fer 5 sur le dessus de capots de voitures, tandis que J.C. Snead avait quant à lui mentionné que le parcours était composé à 90% d’excréments de chevaux et à 10% de chance! Disons que ces commentaires ont eu pour effet de fouetter l’architecte du parcours, en l’occurrence, le légendaire Pete Dye.  Celui-ci entreprit alors d’adoucir son œuvre tout en la perfectionnant au fil des années, jusqu’à aujourd’hui.
L’histoire de ce club est particulièrement intéressante. Celui-ci fut fondé par Deane Beman, alors commissaire du circuit, afin de créer un parcours qui deviendrait l’hôte permanent du Players Championship, en plus de servir de modèle de base à l’élaboration d’une série de parcours TPC à travers les États-Unis devant servir à la tenue de tournois de la PGA.  Lors de la conception du parcours, Pete Dye s’était fait donner deux directives très précises : le parcours devait être conçu pour faciliter le suivi du tournoi par les spectateurs, et il devait être conçu pour être « démocratique », afin de tester tous les aspects du jeu d’un joueur, sans favoriser un style de jeu particulier.  Le résultat, à ces deux égards, paraît plutôt réussi.
À l’origine des parcours de type TPC? Pas si sûr…
Bien que l’on associe souvent le TPC à Sawgrass au fait d’avoir été le premier parcours conçu avec les spectateurs en tête, c’est plutôt à Jack Nicklaus que devrait revenir le mérite puisque c’est lui qui avait parti le bal quelques années auparavant avec son parcours de Glen Abbey situé à Oakville, en Ontario. Ce dernier, ouvert en 1976, suivait de deux années le parcours de Muirfield Village, situé en Ohio. C’est avec ces deux parcours que Nicklaus a peaufiné son concept pour créer des parcours favorisant les spectateurs et qui aujourd’hui encore, sont utilisés comme parcours hôtes de tournois du PGA Tour pour le tournoi Mémorial et l’Omnium Canadien. Nicklaus avait, entre autres, conçu Glen Abbey sur le principe d’avoir plusieurs trous retournant vers la zone centrale du chalet autour duquel se trouvaient plusieurs espaces aménagés pour avoir une bonne vision du jeu et dédiés aux spectateurs.
Mais c’est sans aucun doute le parcours du TPC à Sawgrass qui contribua à populariser le phénomène grâce à ses trous complexes et/ou controversés, tel le fameux dix-septième et ses monticules gigantesques permettant à des milliers de spectateurs d’apprécier les prouesses des meilleurs joueurs au monde.
Un parcours équilibré
Comme tout bon test de golf, le parcours a été conçu de manière à ce qu’il n’y ait jamais deux trous successifs dans la même direction, assurant ainsi que les vents dominants feraient jouer les trous de manière différente sans favoriser un joueur au détriment d’un autre ailleurs sur le parcours. Un bon mélange de courtes et longues normales 3, 4 et 5 et de trous coudés autant vers la gauche que vers la droite devait assurer un bon équilibre et une chance égale pour tous les joueurs. Aujourd’hui, bien que le parcours mesure un respectable 7245 verges, il offre une grande diversité de trous avec plusieurs normales quatre passablement courtes, de même que deux ou trois normales cinq facilement atteignables en deux coups.
Des dormants de bois bien présents
Pete Dye a popularisé l’usage des dormants de bois dans les années 80 et 90 en les utilisant à toutes les sauces dans une grande proportion de ses parcours. Issus initialement des links écossais où ils servaient à créer des murs dans les fosses de sable, Pete Dye commença à les utiliser en bordure de hasards d’eau où ils réduisaient la marge d’erreur à son plus strict minimum. Soit la balle reste sur le gazon, soit elle tombe dans l’oubli, avec un coup de pénalité en prime.  Certains joueurs sont même allés jusqu’à mentionner que les parcours de Pete Dye étaient les seuls qui étaient susceptibles de passer au feu! Aujourd’hui, au TPC à Sawgrass, les murets de bois sont si présents qu’ils font pratiquement partie de l’ADN du parcours (Ils sont présents au moins sur les abords des étangs sur les trous nos. 4, 5, 11, 12, 13, 15, 16, 17 et 18). D’ailleurs, on trouve ici au Québec, quelques traces de ces même dormants de bois qui ont été utilisés par la famille Dye dans le redesign du parcours du Country Club de Montréal réalisé en 1974! Les trous nos. 4 et 6 du parcours ont encore quelques-uns de ces dormants de bois en bordure de leurs verts.
Trous à souligner
Trou no. 11 – Normale 5
Le trou no. 11 est l’un de mes préférés du parcours à cause de son style grandiose illustrant parfaitement l’architecture de Pete Dye durant les années 80.  L’allée y est gracieusement courbée autour de longues fosses de sable et bordée d'un arbre majestueux influençant la stratégie des golfeurs. L’allée est coupée en deux par un étang, une longue fosse de sable et un muret qui s’étendent jusqu’à la droite du vert, également bordé à sa gauche par un duo de « pot bunkers » diaboliques et de multiples ondulations inconfortables pour les coups d’approche.  Du Pete Dye tout craché! On devrait y voir plusieurs oiselets.
Trou no. 12 – Normale 4
Le trou no. 12 a été redessiné pour le tournoi de cette année.  Alors qu’il était auparavant très semblable au trou no. 10, il a été raccourci afin que les golfeurs puissent atteindre le vert avec leurs coups de départ.  Ce sera toutefois risqué, bien entendu, puisqu’un étang a été positionné tout juste à la gauche du vert, au bas d’une pente qui sera rasée pour l’occasion, faisant en sorte de capter toute balle qui sera légèrement hors cible.  Ceux qui décideront de jouer de manière conservatrice devront s’assurer de garder leur balle dans l’allée, puisque celle-ci a été redessinée pour avoir une pente de gauche à droite qui poussera toute balle trop longue vers une dépression à partir de laquelle seul le sommet du drapeau sera visible pour les coups d’approche.
Trou no. 16 – Normale 5
Le trou no. 16 marque le début de la fin pour ce parcours avec le premier de trois trous spectaculaires et susceptibles de marquer la fin du tournoi.  Cette courte normale cinq invite les joueurs à atteindre le vert en deux coups dans l’espoir de faire une dernière charge avant de s’attaquer en deux derniers trous qui s’avèrent très dangereux. À 523 verges, c’est pratiquement une normale 4 pour la majorité des joueurs.  Mais ces derniers doivent cependant effectuer un coup de départ précis qui les mènera à un endroit à partir duquel il sera possible d’atteindre le vert sans avoir à négocier avec un arbre imposant qui en masque partiellement l’entrée pour tout golfeur provenant du côté gauche de l’allée.  Ceci rend l’étang à la droite du vert très présent et le coup d'approche très risqué pour les golfeurs trop gourmands! On pourrait y voir des aigles et des oiselets en quantité, mais aussi des bogeys coûteux!
Trou no. 17 – Normale 3
Évidemment, c’est le trou que tout le monde veut voir. Le trou no. 17 est certainement l’un des plus spectaculaires au monde à regarder lors d’un tournoi. Il génère une telle tension que ce trou peut à lui seul ruiner une bonne performance et décider de l’issue du tournoi. Je ne suis pas un fan de l’idée des « Island Green », mais dans le contexte d’un tel tournoi, le tout est très intéressant à regarder étant donné les enjeux auxquels font face les golfeurs si tard durant leur ronde. Cette année, l’équipe de télédiffusion tente même une expérience afin de diffuser des images en réalité virtuelle en direct de ce trou sur les plateformes de Twitter et Periscope, et ce, pour toute la durée du tournoi. Des images utilisant les dernières technologies de réalité virtuelle seront visibles grâce aux lunettes Samsung Gear VR et en utilisant l’application PGA Tour VR Live apparemment disponible sur le site www.oculus.com. Je commence à être dépassé en matière de technologie, mais bon, peut-être êtes-vous plus branchés que moi!
Trou no. 18 – Normale 4
Le trou no. 18 est semblable à bien des dix-huitièmes trous du portfolio de Pete Dye.  Il conclut souvent ses parcours avec une longue normale quatre passablement difficile avec un lac longeant généralement le côté droit du trou sur toute sa longueur. (Généralement, le neuvième trou se trouve en miroir de l’autre côté de l’étang!).  Ce qui rend ce trou intéressant, c’est l’angle de l’allée qui forme une longue courbe vers la gauche avec une absence de toute référence visuelle aidant le golfeur à s’aligner adéquatement pour prendre la ligne la plus courte vers le vert.  Ceci fait en sorte qu’il est facile de mal juger la distance nécessaire pour rester au sec en longeant le côté gauche de l’allée, et qu’il est, par opposition, aussi très facile de jouer de manière trop conservatrice vers la droite de l’allée ou le boisé est omniprésent et facilement accessible avec un coup en crochet vers la droite.  Il faudra des nerfs d’acier pour effectuer une coup de départ parfait sur ce trou en fin de journée dimanche!
En conclusion
Que l’on aime ou non le style particulier de Pete Dye, il ne fait aucun doute que ce parcours constitue l’une de ses plus grandes œuvres et que celui-ci produit bien souvent des tournois à la finale spectaculaire.  Même si à l’origine, ce parcours a été détesté par les joueurs qui étaient bien souvent déstabilisés par ses défis peu communs et son esthétique unique, il ne fait nul doute aujourd’hui que Pete Dye a peaufiné son œuvre pour en faire une qui fait aujourd’hui presque l’unanimité sur le PGA Tour.  Ce n’est pas pour rien que les plus grands joueurs du monde s’y donnent rendez-vous à chaque année pour offrir un plateau qui est bien souvent plus relevé que dans les quatre véritables tournois majeurs du golf. Pour l’ensemble de ces raisons, le Players Championship est un tournoi à ne pas manquer au calendrier. Bon weekend de golf! 

Pour en savoir plus sur l’expérience « Live VR 360 Video experience » au 17e trou, cliquez-ici.
Pour consulter le « Yardage Guide » très bien conçu du parcours, cliquez-ici.
Pour des informations concernant le réseau des parcours TPC à travers les États-Unis, cliquez-ici.
Pour une brochure décrivant le réseau des parcours TPC à travers les États-Unis, cliquez-ici.

Yannick Pilon Golf © 2017


jeudi 6 avril 2017

Augusta National - Un idéal à atteindre ou un exemple à proscrire?

Chaque année, le Tournoi des Maîtres marque en quelque sorte le début de la saison de golf en Amérique du Nord.  Bien que celle-ci soit démarrée officiellement depuis le mois d’octobre dernier sur le PGA Tour avec une série de tournois de moindre envergure un peu partout dans le monde, en Californie, en Arizona et en Floride, ce n’est que lorsque le Tournoi des Maîtres se met en branle que l’intérêt pour le golf renait réellement.  C’est particulièrement le cas ici au Québec, alors que la neige fond de plus en plus et que les journées allongent rapidement!
L’intérêt que suscite le Tournoi des Maîtres vient de plusieurs facteurs : le fait que ce soit le premier tournoi majeur de la saison, son historique, ses grands champions et l’aura de mystère qui plane sur ce club de golf mythique et fort élitiste. Cependant, ce qui stimule à mon avis le plus les golfeurs, c’est le parcours et toute la beauté et la sérénité qui en émanent. Alors qu’une grande partie de la population de l’Amérique du Nord range encore ses pelles, ses skis et ses pneus d’hiver, le spectateur est soumis à des images pittoresques des plus spectaculaires : des allées vertes et immaculées, une végétation dense et luxuriante, des arbustes en fleur, des sous-bois clairsemés et propres, des étangs d’un bleu étincelant. La nature dans toute sa splendeur, et toute son… artificialité, quoi!
La dernière phrase en surprendra plusieurs. D’autres, j’en suis certain, ne sont pas dupes par rapport à la qualité du décor enchanteur qui leur est offert, digne des meilleures productions hollywoodiennes.  C’est que, effectivement, ce sont les ressources quasi inépuisables dont dispose ce parcours qui rendent possible ce spectacle à grand déploiement. Ainsi, malgré toute l’admiration et l’intérêt que suscite le parcours d'Augusta National avec ses verts diaboliques et ses trous stratégiques, je me dois cependant d’émettre certaines réserves quant à l’image qu’il projette à travers le monde depuis des décennies. En tant qu’architecte, je suis autant fasciné par le parcours, que consterné par les dommages qu’il peut causer à l’industrie….
En offrant année après année, un spectacle immaculé sur nos écrans télévisuels, les dirigeants de ce club mythique ont créé un standard visuel que trop de clubs nord-américains s’emploient à atteindre pour le bénéfice de leurs membres, et bien souvent, à leur demande.  C’est ce que plusieurs réfèrent dans l’industrie comme étant  « l’effet Augusta ». Or, le niveau de perfection visiblement atteint dans l’entretien de ce parcours hors du commun n’est possible qu’avec un budget d’entretien astronomique et une main-d’œuvre imposante totalement dédiée à faire de l’endroit le plus beau parcours de golf de la planète lors de la tenue du tournoi.
Par ailleurs, plusieurs autres facteurs dont rêvent surement plusieurs surintendants de parcours contribuent à faciliter la tâche d’entretenir ce parcours hors du commun. Bien qu’il soit situé dans le sud des États-Unis, le parcours est fermé à ses membres plusieurs semaines avant le tournoi et une grande partie de l’été pour y pratiquer un entretien soutenu visant à le protéger des températures chaudes et humides de la région.  Aussi, les voiturettes n’y sont pas admises et la marche est le seul moyen de fréquenter le parcours.  Que dire également du fait que, même lorsqu’il est ouvert aux membres, il n’est pas rare de n’y voir que quelques quatuors par jour.
D’autres facteurs agronomiques ou reliés à l’entretien ne sont pas à négliger non plus. Plusieurs verts du parcours sont munis d'un système d’aération souterrain permettant un contrôle minutieux du drainage, de la température et de l’humidité des verts.  Le parcours entier est également équipé d’un système d’arrosage offrant une couverture parfaite et complète de toutes ses installations. Une seule vue à vol d’oiseau du parcours sur Google Maps en comparaison à ses environs immédiats parviendront à convaincre à quel point ce système est efficace. Un accès à la machinerie dernier cri et aux meilleurs gradués des écoles d’agronomie simplifie aussi le travail des responsables du Club. À Augusta, il n’y a aucun problème de recrutement de main-d’œuvre qualifiée et motivée, contrairement à la situation de la majorité des clubs de golf du Québec. Quel surintendant ne rêve pas de telles conditions pour pratiquer son art?
Un autre élément dont on discute annuellement en vue du tournoi est la propension du Club à modifier le parcours pratiquement chaque année en vue de protéger sa réputation face à l’assaut de golfeurs professionnels de plus en plus puissants et performants.  Aucun trou n’a été épargné au fil des années. D’ailleurs, la revue Golf Digest a répertorié cette année l’ensemble des modifications réalisées sur chacun des trous depuis l’ouverture du Club en 1933.  La lecture de ces données est fascinante et démontre clairement la volonté du Club à lutter contre les changements technologiques des dernières décennies faisant des golfeurs de véritables machines. Reconstruction de verts, allongements de trous continuels, rétrécissements d’allées grâce à la plantation d’arbres matures modifiant de manière immédiate la largeur des corridors, introduction d’herbe longue pour ralentir les coups de départ jugés trop longs, etc. Aucune dépense n’est jugée trop importante et aucune avenue n’est laissée inexplorée pour faire en sorte que les records des joueurs puissent être préservés, et non pas battus, donnant ainsi l’impression que le parcours est trop facile. L’achat de terrains avoisinants est même utilisé pour agrandir le parcours ou améliorer l’expérience des spectateurs et journaliste lors de la tenue du tournoi. Nul doute que l’architecte initial du parcours - le grand Alister MacKenzie - se retournerait surement dans sa tombe devant l’ampleur des modifications apportées à son œuvre au fil des années. Tellement qu’il ne reconnaîtrait plus certains trous!
Bien que ce parcours soit visuellement splendide et fascinant d’un point de vue architectural, il constitue, à mon humble avis et à plusieurs égards, un exemple à ne pas suivre en vue de rendre le sport du golf plus accessible et plus en harmonie avec la nature qui l’entoure.  Il est à l’antithèse de ce que devrait viser l’industrie du golf pour assurer sa survie à court, moyen et long-terme, soit d’offrir des parcours à l’empreinte environnementale restreinte, plus simples, accessibles à tous et à un coût raisonnable. Et que dire des politiques du Club dont le membership a été longtemps fermé aux femmes et aux minorités visibles? Elles sont encore loin de contredire les détracteurs du sport qui le considèrent comme rétrograde et d’une autre époque.
En pourchassant sans cesse l’idéal de perfection que représente Augusta National, les dirigeants de parcours de golf d’ici et d’ailleurs se mettent une pression intolérable sur les épaules.  De la même manière, en exigeant de tels niveaux de conditions de jeu, les golfeurs en général rendent leur sport de plus en plus dispendieux et élitiste, à son propre détriment. Le parcours du Augusta National doit donc être apprécié pour ce qu’il est, soit une vitrine vers un rêve inaccessible, un peu à la manière de l’industrie de la mode qui nous présente sans cesse ses icônes d’une beauté parfaite et intemporelle auxquelles peu de gens peuvent réellement aspirer.
À partir du moment qu’on devient conscient de ce fait, ce parcours mythique peut être apprécié d’un nouvel angle. Ceci étant dit, malgré mes opinions partagées sur le Club et son parcours, je serai au rendez-vous au cours du weekend qui vient, car ce tournoi est unique à l’échelle planétaire et toujours riche en émotions et rebondissements.
Mais de grâce, je vous en prie, la prochaine fois que vous croiserez votre surintendant et son équipe, remerciez-les donc chaleureusement pour les miracles qu’ils réussissent à accomplir année après année avec des budgets souvent décroissants et des changements climatiques déstabilisants, au lieu de leur demander quand votre parcours aura l’air d’Augusta National.  Ils vous en seront sans doute très reconnaissants!

Pour un article intéressant sur la tentative du Club d’acheter un terrain voisin au parcours : Cliquez-ici.
Pour un article sur tous les changements sur le parcours depuis son ouverture : Cliquez-ici.
Yannick Pilon Golf © 2017

vendredi 17 février 2017

Un petit trou terrorisant!

Ce trou est-il l'un des meilleurs en Amérique? Plusieurs
croient qu'il fait assurément partie du top! (Y. Pilon)
Ce week-end, le PGA Tour s’arrête dans l’un des plus beau parcours qu’il fréquentera au cours de la saison, le Riviera Country Club. Situé au pied des Santa Monica Mountains quelques minutes à l’ouest de Hollywood et du centre-ville de Los Angeles, ce célèbre parcours a ouvert ses portes en 1926 grâce au design ingénieux de Georges C. Thomas. Bien que le site soit entouré d’escarpements aux sommets desquels se situent les propriétés de plusieurs vedettes d’Hollywood, celui-ci n’était pas nécessairement pourvu de grandes particularités qui auraient pu présager un parcours d’une si grande qualité.  Ceci donne encore plus de mérite au travail de Thomas qui a créé un parcours composé de plusieurs trous très stratégiques en plus de présenter des qualités esthétiques indéniables.

La ligne directe n'est pas forcément la plus avantageuse...
(Google Maps - Y. Pilon)
Plusieurs trous de ce parcours pourraient faire l’objet d’une description approfondie, mais pour aujourd’hui, nous nous attarderons au 10e trou, qui est possiblement l’un des meilleurs trous de golf d’Amérique. Rien de moins! D’une longueur d’à peine 315 verges, cette courte normale 4 terrorise pourtant les meilleurs golfeurs de la planète qui viennent y jouer chaque année dans le cadre du Northern Trust Open. Située sur la zone la plus plate du parcours, comment se fait-il que ce trou soit si captivant, et si terrorisant? C’est en fait une combinaison de plusieurs facteurs. Le coup de départ avec plusieurs options vient tout d’abord créer une confusion chez le golfeur.  Par la suite, le coup d’approche fait peur, peu importe d’où il est frappé à cause des obstacles qui entourent le vert. Finalement, le vert, lui-même fait en sorte qu’il est très peu réceptif aux coups d’approche qui ne sont pas parfaits….  Voyons voir de plus près.

Le coup de départ
Tout incite à frapper directement en direction du vert,
même si l'allée est très large vers la gauche. (Y. Pilon)
À 315 verges, inutile de dire que les professionnels peuvent atteindre le vert avec leurs coups de départ. Plusieurs s’y essaient, mais peu réussissent à cause de la configuration du vert entouré de fosses de sable.  Un large complexe de fosses de sable dans l’allée dirige les regards vers le vert, et encourage les golfeurs à prendre la ligne directe vers celui-ci avec leurs coups de départ, même si la stratégie n’est pas la plus payante.  L’allée, étrangement très large vers la gauche, contourne ce complexe de fosses de sable d’une manière peu intuitive, avant d’être amincie par une autre fosse sur son côté gauche. Cette fosse semble positionnée à un endroit à partir duquel il serait idéal d’atteindre le vert dont la forme longiligne est positionné dans une diagonale de l'avant gauche à l'arrière droite. Tout coup de départ frappé vers la droite sera pénalisé sur le coup d'approche par une cible très difficile à atteindre malgré la courte distance.  Tout coup de départ frappé à gauche ouvrira l'angle d'attaque idéal vers le vert, mais laissera un coup d'approche plus long avec une très faible marge d'erreur à gauche ou à droite....

Une fois dans l'allée
Tout incite à frapper directement en direction du vert,
même si l'allée est très large vers la gauche. (Y. Pilon)
Ce n'est qu'une fois rendu dans l'allée que l'on découvre que l'espace disponible à la gauche de celle-ci est plus spacieux qu'il ne parait à partir des tertres.  Plus on approche du vert et plus on découvre qu'un coup de départ positionné à la gauche est avantageux.  Par contre, la difficulté est de jauger à quel point on peut risquer de flirter avec la fosse de sable de gauche sur le coup de départ.  Un coup de départ frappé directement devant cette fosse de sable laissera le meilleur angle d'attaque pour atteindre le vert, mais cette ligne n'est pas nécessairement facile à obtenir car elle nécessite de frapper son coup de départ au-delà de la pointe formée par le complexe de fosse de sable qui traverse l'allée. Une balle qui finira sa trajectoire dans cette fosse sera pénalisée par un coup d'approche d'une longueur minimale de 90 à 100 verges en direction d'une cible très évasive!

Un vert cruel...
Les abords du vert sont maintenant coupés court jusqu’au
bord des fosses ce qui n’était pas le cas ici. (Y. Pilon)
Ce qui complique la situation davantage, des tertres jusqu'au vert, c'est la configuration même du vert et ses pentes environnantes. En effet, le vert étroit fait en sorte qu’il est préférable de l’attaquer du côté gauche de l’allée. Ce qui rend cette approche encore plus avantageuse, c’est le fait que le vert soit surélevé avec une pente latérale très forte de l’arrière droite vers l’avant-gauche, mais également de l’avant droite vers l’arrière-gauche.  Ceci fait en sorte qu’il est presque impossible de tenir un coup d’approche sur le vert si ce dernier est frappé à partir de la droite de l’allée, et au-dessus de la fosse de sable à l’avant droite du vert.  Ainsi, il n’est pas rare de voir des coups d’approche aboutir dans la fosse arrière, après avoir tombé doucement sur le vert. Depuis quelques années, on a même décidé de couper le gazon très court entre le vert et les fosses de sable, comme on peut le constater sur la photo en plan du trou. Ceci fait en sorte que tous les coups hors-ligne et imprécis roulent facilement dans les fosses, et ce même lorsqu’ils tombent en bordure du vert. Le tout est particulièrement diabolique!

Alors? L’un des meilleurs trous en Amérique ou non?
Vue du vert à partir de la ligne de centre du trou.
Tout coup de départ frappé à droite sera pénalisé!
(Y.Pilon)
Évidemment, tout le monde a son idée du trou idéal. Si ce trou n’est pas l’un des meilleurs pour tout le monde, il devrait néanmoins être cité en exemple. En effet, en cette ère où les longs cogneurs dominent outrageusement le jeu, il est particulièrement rafraichissant de voir un trou si court causer autant de problèmes aux joueurs. À 315 verges, cette normale 4 devrait en théorie être un jeu d’enfant. C’est pourtant un cauchemar pour plusieurs qui le craignent comme la peste.  Un golfeur agressif pourra toujours s’approcher du vert avec son coup de départ, voire même l’atteindre et obtenir une chance d’aigle ou un oiselet, mais la stratégie ne sera pas toujours gagnante comme le démontrent les statistiques : en 2014-2015, les joueurs ont obtenu une moyenne de 4.1 coups sur ce trou. Pas mal, non? Pour un trou de cette longueur….  En d’autres termes, pourquoi n’y a-t’il pas plus de trous de la sorte au lieu des normales 4 de plus de 500 verges qui sont maintenant monnaie courante dans tous les tournois. Qu’y a-t’il de si excitant à voir jouer les golfeurs sur ces monstres qui ne nécessitent pratiquement pas d’imagination et de savoir-faire, autre que de frapper loin et droit?  Personnellement, je préfère de loin un trou comme le 10e à Riviera, et c’est pourquoi je le considère possiblement comme l’un des meilleurs trous en Amérique. Et vous? Qu’en pensez-vous?

Pour une superbe description du parcours (en anglais) sur golfclubatlas.com, cliquez-ici.

Yannick Pilon Golf © 2017