vendredi 16 septembre 2011

Revue de Parcours: Ballybunion Golf Club - Cashen Course

Ballybunion, Comté de Kerry, Irlande
Architecte : Robert Trent Jones (1982).

Trou no. 7 à partir de l'arrière du vert.
Ce n’est qu’en 1982 que le Cashen Course du Ballybunion Golf Club voit le jour sur les terres ondulées au sud du Old Course. C’est avec une grande fierté que l’on a confié au célèbre architecte Robert Trent Jones la tâche de concevoir le parcours. Ce dernier était alors au sommet de sa renommée, et il était très populaire pour ses difficiles parcours aux États-Unis. Lorsque ce dernier vit le site pour la première fois, il fut impressionné par tant de beauté et déclara que c’était là le meilleur site de type links qu’il fut donné de voir dans sa vie, et probablement le meilleur site de type links au monde! Rien de moins! Une fois le parcours complété, il déclara également être confiant que quiconque viendra visiter le parcours sera autant excité que lui par la « majesté unique de ce parcours vraiment inoubliable ».

Le parcours

Inoubliable, le parcours l’est sans aucun doute. Par contre, il est utile de se demander s’il est inoubliable pour les bonnes raisons. En effet, peu de parcours suscitent autant de réactions mitigées que le Cashen Course du Ballybunion Golf Club. Spectaculaire, soit, mais trop difficile, voire même injouable aux yeux de certains, les réactions sont souvent très polarisées. C’est après avoir lu une série de commentaires variés sur le parcours que j’ai su que j’aurais l’occasion d’y jouer. Ce n’était pas le parcours qui m’attirait le plus parmi tous ceux prévus à mon voyage, mais je dois avouer que j’étais tout de même intrigué….
 
Et bien finalement, je me dois également d’avouer que je n’ai finalement pas eu la chance de jouer le parcours, puisqu’à la place, j’ai pu jouer le Old Course à deux occasions. Ce fut donc un mal pour un bien! Par contre, j’ai pu faire une tournée attentive du Cashen Course, et ce sont les impressions qui m’ont marquées dont je vous ferai part aujourd’hui.

Le parcours commence par une série de trous vastes occupant les parties les plus plates du site. Il semble y avoir amplement de place pour négocier le parcours sans trop de difficultés, mis à part les verts qui apparaissent rapidement comme étant minuscules, sans même avoir à les jouer…. Les premiers trous descendent donc tranquillement vers le sud du site pour atteindre une pointe où se trouvent trois trous parallèles croisant tous trois une vallée qui offre des coups de départ surélevés vers des allées en contrebas. De là, tous les coups d’approche sont en montées vers des vers petits, et parfois même capricieux. On atteint ensuite le bord de la mer pour la première fois au trou no. 7, et on n’y retournera plus jusqu’au vert du trou no. 10. Le premier neuf se termine avec deux longs trous encore une fois très vastes et dépourvus de caractère véritable malgré de larges ondulations.

Le neuf de retour offre un caractère très différent. Soudainement, on se retrouve parmi des dunes d’une amplitude surprenante. Les trous sont de plus en plus encadrés par des murs de fétuque oppressants et des ondulations qui donnent le vertige! On bénéficie de plus de contacts avec l’océan aux trous no. 10, 11, 16 et 17, mais ces contacts sont de courte durée. La majorité des trous se trouvant au cœur d’un complexe de dunes offrant parfois des trous qui sont soit dangereusement proches les uns des autres, soit très difficiles compte tenu des coups demandés et des verts qui demeurent minuscules pour toute la durée du parcours…. De retour au chalet, je me suis demandé comment j’aurais négocié un tel parcours, et si j’y aurais survécu!

Points forts

Ce n’est pas surprenant que le Club mette de l’avant le parcours Cashen dans la plupart des publicités du parcours, puisque ce dernier offre sans aucun doute les vues les plus spectaculaires des deux parcours. Les verts des trous no. 16 et 17 sont littéralement suspendus au bord de l’océan et donnent l’impression de bientôt vouloir s’y écrouler. Les dunes du parcours sont si immenses qu’on s’y croirait par moment sur une autre planète.

Évidemment, vous l’aurez probablement déjà deviné, mais le parcours est également tout un défi de golf. Certains considèreront ceci comme une des forces du parcours, tandis que d’autres le considèreront surement comme trop difficile. Impossible pour moi de me prononcer clairement puisque je ne l’ai finalement pas joué, mais j’aurais tendance à croire que les très bons golfeurs apprécieront le défi, tandis que les autres en ressortirons marqués et abattus par le choc brutal qu’ils viennent de vivre.

Il est également à noter que c’est le seul parcours de mon voyage où nous avons été encouragés à prendre une voiturette pour jouer. Ceci pourra plaire aux golfeurs habitués à jouer avec des voiturettes, ou à ceux qui n’ont plus la capacité physique de marcher dix-huit trous sans trop se fatiguer. Ce n’est que lorsque nous avons finalement vu le parcours que nous avons compris pourquoi on nous encourageait ainsi : c’est un parcours extrêmement ondulé.

Points faibles

Malgré l’aspect souvent grandiose du parcours et ses vues parfois impressionnantes de l’océan et des environs, plusieurs points faibles ont vite attiré mon attention. En effet, les verts sont pratiquement tous trop petits, offrant des cibles parfois impossibles à atteindre si le vent se lève, à moins de faire un coup tout simplement parfait. L’échelle immense du parcours est également en parfaite contradiction avec les fosses de sable qui apparaissent microscopiques et incongrues dans un tel environnement. Les tertres de départ sont, par ailleurs, souvent juchés au sommet de promontoires peu esthétiques, ou peu aménagés de manière appropriée.

L’agencement des trous du parcours est également curieux. Il donne l’impression que l’architecte du parcours est tombé amoureux de certains endroits du parcours, et qu’il a tout fait pour que certains trous s’y rendent, sans toutefois s’assurer que cela était dans le meilleur intérêt du reste des trous. En effet, certains trous sont dangereusement près les uns des autres, tandis que d’autres trous sont séparés par de longues marches qui laissent les golfeurs confus.

Un bon exemple de sentier horrible au trou no. 12.
La possibilité de prendre des voiturettes amène aussi son lot de problèmes. En effet, des sentiers sont souvent nécessaires pour faire évoluer les joueurs sur le parcours, mais la sévérité du site rend souvent ceux-ci horribles d’un point de vue esthétique, ou carrément nuisible par rapport au jeu. On sort donc du parcours avec une impression que le parcours a été un peu forcé sur son site, et qu’on l’a aménagé rapidement, avec des moyens restreints et peu de considérations esthétiques et pratiques.

Trous à souligner

Trou no. 5
Le trou no. 5 est une courte normale 4 d’à peine 314 verges du tertre de départ arrière, mais elle présente un vert unique qui compliquera la tâche des golfeurs. En effet, le vert est un simple petit plateau de huit verges de profondeur par trente deux verges de largeur, littéralement suspendu au bord d’un escarpement, et bordé à l’arrière par un autre escarpement tout aussi imposant. Je peux facilement imaginer des golfeurs trop téméraires faire tomber leurs coups roulés en bas de l’escarpement. Comment approcher ce type de vert? De front, en utilisant l’escarpement à l’arrière du vert pour arrêter les coups trop longs, ou par la côté, avec un coup de départ plus long mais permettant de négocier l’approche du vert en utilisant toute sa largeur. Seule l’expérience le dira!

Trou no. 15
Le trou no. 15 est une normale cinq qui s’engouffre au cœur d’une large dépression située au centre de dunes incroyablement grandes qui créent pratiquement un sentiment d’oppression chez les golfeurs. Le coup de départ s’effectue en montée graduelle vers une allée partiellement aveugle qui finit par littéralement descendre telle une cascade vers le fond de cette immense dépression. Une fois au fond du gouffre, le troisième coup doit remonter la pente vers un vert minuscule protégé sur trois côtés par des pentes abruptes drapées de gazon court. Tout coup imprécis sera durement pénalisé puisque les dépressions qui ceinturent le vert servent également de sentiers pour voiturettes pour atteindre l’arrière du vert.

Trou no. 16
Le trou no. 16 est l’un des trous « signature » du parcours. Bien que je n’aime pas cette expression, c’est bien le cas ici, puisque le vert de ce trou est bien illustré dans pratiquement toutes les publicités du parcours. Le tout est spectaculaire, il n’y a aucun doute, mais ce que les photographies ne montrent pas, c’est que toutes les voiturettes circulant sur ce trou doivent pratiquement circuler sur le côté droit du vert pour atteindre le sentier qui mène au trou suivant, et que l’allée est essentiellement un large sentier gazonné. Ceci laisse des abords de vert extrêmement compactés et souvent dépourvu de gazon….

Ce que je retiens du parcours

Même si un site peut paraître à première vue spectaculaire, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il produira un grand parcours. Dans le cas du Cashen Course, j’ai l’impression que l’on a voulu en faire trop sur un site qui ne permettait pas de répondre aux ambitions de l’architecte et/ou du Club. Trop de parties du parcours semblent disjointes, trop de marches semblent longues et trop de trous semblent forcés sur leur emplacement pour que le tout puisse s’absorber de manière cohérente et puissante tout au long du parcours. Des rumeurs font état que le Club cherche à redessiner le parcours, ou du moins, à le rénover pour le rendre plus attrayant pour les membres et les visiteurs. Chose certaine, j’aimerais bien mettre la main sur une carte topographique du parcours pour voir s’il n’y a pas d’autres possibilités inexploitées sur ce site pour rendre le parcours plus agréable à jouer, quitte à y perdre quelques verges au passage, ou à en réduire la normale s’il le faut.

Le verdict

Le Cashen Course du Ballybunion Golf Club est souvent perçu comme le petit frère du Old Course. À bien des égards, il est également reconnu comme un parcours inférieur à son illustre voisin. C’est définitivement un parcours à expérimenter si l’on dispose de quelques jours dans la région, et que l’on n’est pas trop disposé à faire beaucoup de route pour aller jouer d’autres parcours peut-être plus intéressants. Quelques trous uniques et les paysages spectaculaires resteront certainement gravés dans votre mémoire, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Mais dans le cadre d’une visite rapide de l’Irlande, je recommanderais définitivement d’arrêter à Ballybunion pour y jouer le Old Course, mais de continuer mon chemin par la suite vers Lahinch, plus au Nord, ou Waterville, plus au sud.

©Yannick Pilon Golf 2011

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