jeudi 16 juin 2016

Oakmont Country Club

Hôte de l’Omnium des États-Unis 2016
« Un mauvais coup doit être un coup irrévocablement perdu »
Le vert du trou no. 9 avec le chalet imposant.
Depuis son ouverture en 1904, le parcours hôte de l’Omnium des États-Unis de ce mois-ci est considéré comme l’un des plus difficiles des États-Unis.  Ce n’est pas clair si ce fait était voulu de son concepteur, Henry Fownes, mais une chose est certaine : celui-ci était un visionnaire. Originaire de la ville de Pittsburgh où il s’est enrichi dans l’industrie de l’acier, Henry avait clairement senti, au moment de construire le parcours, que les nouvelles balles de golf de type « Haskell » allaient gagner en popularité. Ainsi, le parcours original avait une longueur totale de 6400 verges, et une normale de 80; l’un des plus longs parcours de l’époque. Son site ondulé et dépourvu de végétation rappelait les parcours de type links écossais et irlandais, exposés aux grands vents.
Bien que la vision initiale d’Henry ait servi à créer le parcours qui possède encore aujourd’hui la majorité de son agencement de trous original, ce n’est que lorsque son fils William s’est intéressé au parcours que celui-ci entra véritablement dans la légende.  En effet, à partir des années 20, William s’employa à ajouter des fosses de sable au parcours, à l’allonger, et à reconstruire des verts.  C’est également durant cette période que le parcours a gagné sa réputation de parcours cherchant à anéantir les golfeurs alors qu’on s’est même mis à racler les fosses de sable avec des râteaux créant de profonds sillons. (Une idée qui fut d’ailleurs reprise au tournoi Memorial de 2006, sous l’initiative du grand Jack Nicklaus.)
En 1935, alors que le Club fut l’hôte de son premier Omnium des États-Unis, le parcours comptait plus de 300 fosses de sable qui contribuaient à faire rager les golfeurs.  William Fownes s’amusait régulièrement à dire « qu’un mauvais coup doit être un coup irrévocablement perdu », scellant ainsi la place du parcours dans l’histoire comme étant le représentant officiel du style d’architecture « Pénale », ou chaque coup imprécis des golfeurs doit être pénalisé.
Cependant, résumer le parcours à sa difficulté serait bien réducteur. Bien que celui-ci soit effectivement très difficile, et ce, même pour les meilleurs golfeurs d’aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que c’est un parcours qui regorge d’éléments intéressants d’un point de vue architectural. L’écrivain de golf Charles Price écrivit d’ailleurs en 1976, dans le célèbre livre « The World Atlas of Golf », la citation suivante qui résume bien le parcours : « Tout ce qui a été dit sur le parcours d’Oakmont pourrait laisser croire que c’est un parcours truqué. L’inverse est vrai. Oakmont a du caractère, une qualité qui sépare les hommes des enfants, les joueurs des simples cogneurs. Un joueur peut y avoir le plus grand plaisir de sa vie, ou quatre heures de torture. »
Caractéristiques du parcours
À partir des tertres de départ
On peut voir l'ensemble du parcours à partir de plusieurs trous.
L’une des premières choses que les spectateurs du tournoi remarqueront, c’est l’absence quasi complète d’arbres sur le parcours. Bien que l’on puisse croire que cela laisse une grande marge de manœuvre sur les coups de départ, la réalité est toute autre.  Plusieurs des allées étroites présentent de fortes pentes latérales, faisant en sorte qu’une balle frappée au centre de l’allée peut très bien rouler jusqu’à l’herbe-longue, ou pire encore, dans l’une ou l’autre des multiples fosses d’allées du parcours.  De manière similaire aux links écossais et irlandais, ces fosses sont nombreuses et profondes, faisant en sorte que d’y aboutir signifie bien souvent une pénalité d’un coup.  Les golfeurs essaient simplement de s’en sortir pour tenter d’atteindre le vert sur leur prochain coup. La précision est donc extrêmement importante sur les coups de départ.
Les coups d’approche
Les golfeurs qui auront atteint les allées avec leurs coups de départ ne seront pas au bout de leur peine. Leur connaissance du parcours devra être irréprochable afin de bien choisir leur stratégie d’approche et ils devront démontrer une grande confiance en leurs moyens puisque plusieurs des coups auxquels ils feront face seront exécutés de manière aveugle, en direction de verts qu’ils ne verront pas. Les membres du parcours sont habitués à cette situation peu commune sur les parcours modernes nord-américains, mais ils bénéficient de mats qui leur donnent la bonne direction à prendre.  Pour l’Omnium, ces mats auront été enlevés. Les coups d’approche devront également prendre en compte les pentes fortes des verts qui pourront bien souvent faire rouler des balles hors de leurs surfaces.
Les verts
Les verts d’Oakmont sont considérés parmi les plus difficiles à attaquer à causes de leurs pentes souvent accentuées et leur vitesse incroyablement rapide. Plusieurs verts présentent des surfaces en pente latérales fortes, et d’autres sont même pentus vers l’arrière!  Ceci contribue à faire en sorte que des coups d’approche en apparence bien frappés au centre des verts seront repoussés vers les abords de verts où menacent l’herbe-longue diabolique, ou encore, des fosses profondes et innombrables.  Bien que cette caractéristique se retrouve sur plusieurs parcours de type links d’Écosse, d’Angleterre et d’Irlande, c’est quelque chose de peu courant en Amérique du Nord et qui peut être frustrant pour un golfeur habitué à jouer des distances précises sans bénéficier d’un roulement important.  Les golfeurs devront donc user d’un doigté et d’une finesse importante afin de maîtriser ces verts souvent capricieux!
Trous à souligner
Trou no. 1
Cette longue normale quatre illustre très bien ce qui attend les golfeurs sur ce parcours brutal.  Sur le coup de départ, l’allée est protégée par huit fosses de sable profondes qui sont peu visibles à partir des tertres. Une fois dans l’allée, le vert est lui aussi peu visible car il est situé au bas d’une pente qui en cache une partie.  Les golfeurs devront faire tomber les coups d’approche 10 à 15 verges à l’avant du vert s’ils veulent espérer faire tenir leur balles sur sa surface puisque ce dernier offre une pente forte vers l’arrière.
Trou no. 3
Le trou no. 3 met en scène l’une des fosses de sable les plus célèbre de golf américain, le « Church Pew » (Banc d’église), à l’origine du calvaire de bien des golfeurs grâce à ses profonds sillons séparés par des bandelettes de fétuque bien haute.  Encore une fois, le vert est en pente vers l’arrière.  Cette fois-ci, par contre, au lieu d’être au bas d’une pente, le vert est plutôt situé au sommet d’une pente forte faisant en sorte qu’il est impossible de faire tomber son coup d’approche devant le vert pour y faire rouler sa balle.  C’est pourquoi on retrouve une importante zone d’allée à l’arrière du vert….
Trou no. 8
Le trou no. 8 est la plus longue normale 3 de l’histoire de l’Omnium des États-Unis. À 288 verges, elle force les golfeurs à faire un choix sur le coup de départ : jouer de manière agressive vers le vert malgré la longueur du trou, ou jouer de manière conservatrice vers l’avant droite du vert où un petit coup d’approche précis sera obligatoire pour sauver la normale. Qui a dit que les professionnels ne devaient pas jouer de longues normales 3 eux aussi une fois de temps en temps?
Trou no. 12
L’allée en pente forte de gauche à droite de cette longue normale 5 de 665 verges fait en sorte que les coups de départ doivent être joués avec beaucoup de finesse pour éviter l’une des six fosses de sable qui la protègent. Les joueurs agressifs seront récompensés par des coups d’approches plus courts et d’un meilleur angle permettant d’éviter les fosses de sable et les deux fossés qui bordent la deuxième zone de réception du trou.  Ces fossés sont d’ailleurs très présents sur le parcours, puisqu’ils aident à en assurer un drainage adéquat.  Rarement, cependant, ces derniers sont-ils aussi en jeu qu’à Oakmont!  Le troisième coup sera lui aussi réalisé vers un vert en pente descendante vers l’arrière, faisant en sorte que les téméraires qui tenteront de l’atteindre en deux coups devront être très prudents.
Trou no. 17
Cette courte normale quatre tentera les golfeurs qui seront à la recherche d’un oiselet en fin de parcours pour rattraper les meneurs.  Ils devront toutefois être très prudents en tentant d’atteindre le vert avec leurs coups de départ, puisque de profondes fosses de sable bordent le vert situé au sommet d’une petite colline. Au contraire, les joueurs qui seront trop conservateurs pourraient perdre un coup important par rapport au reste des joueurs du peloton. Peu importe la stratégie adoptée, ce trous fera parler de lui dimanche prochain….
Trou no. 18
Le dernier trou du parcours est également le plus difficile et il demandera des nerfs d’acier au joueur qui sera en avance sur le dernier trou du parcours.  Cette longue normale quatre de 484 verges monte vers le chalet et son allée est bordée de plusieurs fosses et de fossés.  Un coup de départ le moindrement imprécis sera durement pénalisé et compromettra les chances d’obtenir une normale. Les deuxièmes coups provenant de l’herbe-longue ou de l’une des fosses d’allée devront également négocier avec une fosse d’allée à 90 verges du vert. Une fois sur le vert, le tout n’est pas terminé : c’est l’un des plus difficiles du parcours…. Bonne chance!
Conclusion
Le parcours d’Oakmont est un parcours de type d’architecture principalement pénale avec une touche d’influence stratégique sur lequel chaque coup imprécis sera durement puni. Les joueurs patients et conservateurs qui sauront utiliser les ondulations naturelles du terrain à leur avantage seront favorisés face aux joueurs agressifs dont le jeu n’est pas parfait.  Ce sont ces joueurs qui minimiseront les occasions de se mettre dans le pétrin et qui auront l’opportunité de jouer des rondes s’approchant de la normale. Nous ne verrons pas beaucoup d’oiselets, mais ce sera l’occasion de voir une série de coups des plus imaginatifs les uns des autres afin de sauver des normales.  Bien souvent, je n’apprécie pas trop le style de jeu prôné par la USGA pour son championnat, mais à Oakmont, c’est un plaisir à regarder!  Bon tournoi.

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Yannick Pilon Golf © 2016

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