jeudi 14 juillet 2016

Royal Troon Golf Club

Hôte de l’Omnium Britannique 2016

C’est en 1878 que le Troon Golf Club voit le jour à 35 miles au sud-ouest de Glasgow.  Situé au bord du Firth of Clyde, une large baie dans la mer séparant l’Écosse de l’Irlande du Nord, le parcours est voisin et dans l’ombre d’un autre parcours célèbre où ont eu lieu les six premières éditions de l’Omnium Britannique, le Prestwick Golf Club.  Les six trous originaux du club sont d’ailleurs planifiés par le surintendant de Prestwick, Charlie Hunter. Quelques-uns de ces verts sont, d’ailleurs, toujours en fonction aujourd’hui. Au fil des années, le parcours gagne en popularité, si bien que l’on y ajoute des trous peu à peu. George Strath, le premier professionnel du Club, fut nommé en 1882. C’est sous sa gouverne que le club prit de l’expansion pour passer à douze trous, et finalement dix-huit, en 1884.  Les dix-huit trous formés à cette époque constituent l’essentiel du parcours de ce qui est en jeu aujourd’hui au club. C’est cependant à Willie Fernie, professionnel du club à partir de 1887, que l’on doit le trou no. 8, le fameux « Postage Stamp ».

Depuis ce temps, le parcours a gagné en popularité et en respect. Si bien que dès 1923, le Club devient l’hôte de l’Omnium Britannique pour la première fois.  Depuis, on y a tenu l’omnium un autre sept fois. C’est donc dire que l’Omnium Britannique de 2016 sera jouée à Royal Troon pour la neuvième fois.  Un fait intéressant à noter, est le fait que les six dernières éditions de l’omnium jouées à Troon ont été remportées par des américains!
Parcours peu spectaculaire comparé à quelques autre parcours célèbres écossais, c’est néanmoins un excellent test de golf qui teste admirablement bien les meilleurs golfeurs de la planète.

Caractéristiques du parcours

Parcours de type Links
L’Omnium Britannique est généralement la seule chance que nous ayons dans l’année de voir à l’œuvre des professionnels de golf évoluer sur un parcours de type links. C’est bien dommage, car ce type de parcours donne lieu à du golf inspiré qui laisse place à la créativité des golfeurs qui doivent user de toutes leur connaissance du parcours pour en utiliser toutes ses subtilités. Les conditions plus fermes et rapides des parcours de type links et la présence quasi continuelle d’un vent du large favorisent bien souvent un jeu moins aérien qui utilise le sol pour faire rouler la balle sur de longues distances.  Ainsi, chaque monticule devient un obstacle ou un élément susceptible d’aider le golfeur si ce dernier l’utilise à son avantage. Ceci donne lieu à des coups de départ souvent très longs, et des coups d’approche pour lesquels la cible est bien souvent à court des verts pour permettre à la balle de rouler tranquillement vers sa destination finale.

Un neuf de retour très difficile
Le parcours est du type « Out and back » typique de plusieurs links écossais - c’est-à-dire un parcours dont les neuf premiers trous s’éloignent du chalet, alors que les neuf derniers trous y reviennent.  Ceci fait en sorte que plusieurs trous se succèdent généralement dans une même direction et sous l’action d’un vent dominant, avant de revenir vers le chalet avec des trous dans une direction et un vent inversé. Après les six premiers trous dans une même direction, ce n’est qu’entre les trous 7 à 12 que les trous varient de directions et exposent le joueurs à des vents variables un trou après l’autre.  À partir du 13e trou, c’est le long retour vers le chalet qui se fait généralement avec un vent de face, ce qui contribue à la difficulté du parcours et sa réputation d’avoir l’un des plus difficiles neuf de retour de tous les parcours de l’Omnium Britannique.  À cet effet, les statistiques de l’omnium de 2004 ne mentent pas : sept des neuf trous les plus difficiles du parcours se trouvent sur le neuf de retour.

Coups de départ vers des allées en diagonale
Le parcours nécessite des coups de départ précis de la part des golfeurs puisque plusieurs de ses trous présentent des allées disposées en position diagonale plus ou moins prononcée à partir des tertres de départ.  Dans une telle situation, le golfeur doit frapper son coup de départ avec une trajectoire courbée de manière à ce que sa balle tombe dans l’axe de l’allée pour bénéficier du maximum de roulement possible. L’autre option est d’être  extrêmement précis et droit tout en évitant de frapper trop loin dans les zones d’herbe-longue à partir desquelles les coups d’approche seront beaucoup plus compliqués…. Inutile de dire que les deux options ne sont pas faciles à accomplir, surtout lorsque la largeur des allées est minimisée pour le tournoi, et que le vent souffle sans relâche. Cette situation se retrouve à divers degrés sur les trous nos. 4, 9, 10, 11, 12, 13 et 15.

Trous à souligner

Trou no. 8 : Le Postage Stamp
Le trou no. 8 est certainement l’un des trous à normale 3 les plus connus dans le monde entier.  Cette courte normale 3 de 123 verges au vert minuscule est la cause de bien des maux de tête pour les golfeurs qui ne parviennent pas à atteindre le vert avec leurs coups de départ. Celui-ci étant légèrement surélevé et bombé, il tend à repousser les coups qui ne sont pas précis vers une quantité impressionnante de problèmes causés par de profondes fosses de sable, une haute dune de sable ou des pentes escarpées en bordure du vert. Il n’est pas rare ici, de voir de bons golfeurs frapper des coups de fosses d’un côté à l’autre du vert, dans une autre fosse.  Espérons que les caméras de télévision nous donnerons une bonne couverture de ce trou qui risque d’être intéressant à regarder.

Trou no. 10 : Sandhills
Après s’être rendu au point le plus éloigné du parcours dans la plus pure tradition des parcours de type links, c’est au trou no. 10 que le parcours commence son retour ardu vers le chalet avec, l’un après l’autre, les trois trous les plus difficiles du parcours.  Le coup de départ de ce trou sera frappé à l’aveugle au-dessus de hautes dunes de sable vers l’allée la plus ondulée du parcours. Ceci est une des particularités des parcours de type links qui sont souvent en symbiose avec le terrain sur lequel ils sont situés, même si cela signifie plusieurs coups aveugles. Les coups d’approche sur ce trou risquent d’être frappés à partir d’une position inconfortable vers un vert relativement peu protégé mais totalement naturel.

Trou no. 11 : The Railway
Le trou no. 11 est le trou le plus difficile du parcours. Autrefois joué comme une normale 5, c’est à l’Omnium Britannique de 1997 que l’on décida de le jouer comme normale 4. Ce trou déjà difficile devint alors terrifiant.  Le coup de départ doit être frappé avec un vent généralement de face, vers une allée disposée à la diagonale de gauche à droite par rapport au tertre de départ arrière, nécessitant ainsi une trajectoire parfaite pour trouver l’allée.  Le trou se complique davantage en se rapprochant du vert.  Celui-ci est protégé directement à sa droite par un muret de pierre qui lui-même longe une voie ferrée se trouvant hors-limite à la droite du trou.  Ainsi, tout coup frappé hors ligne sera invariablement hors-limite, ou dans l’impardonnable « gorse » à la gauche du vert (Pour ceux qui ne s’y connaissent pas, le « gorse » est une sorte d’arbuste épineux dans lequel il est pratiquement impossible de récupérer sa balle).

Fait à noter

Le Royal Troon Golf Club a récemment fait la une des journaux dans le monde entier puisque ses membres ont récemment renversé un règlement qui faisait en sorte que les femmes n’avaient pas le droit de devenir membre du club. Il est étonnant de constater qu’il y a encore des clubs aujourd’hui qui exercent cette forme de discrimination envers les femmes, et il est grand temps que ça change.  Seuls quelques clubs font encore partie de cette liste peu enviable, dont le fameux Muirfield Golf Club qui s’est récemment fait retirer le privilège d’être l’hôte de l’Omnium Britannique tant que cette règle serait en vigueur. Cette attitude rétrograde contribue à l’image négative que se fait souvent le publique vis-à-vis du sport.  Cependant, malgré toute cette controverse, il est intéressant de noter qu’un club exclusivement féminin - le Ladies Golf Club Troon - utilise également les parcours que l’on retrouve au Royal Troon Golf Club, et ce depuis 1882. Ceci est une caractéristique étrange pour nous, nord-américains, qui sommes habitués à ce qu’un « Club » et son « parcours » ne fasse qu’un.  En Écosse, il n’est pas rare que plusieurs « clubs » partagent le même « parcours ». C’est le cas, notamment, à St-Andrews, ainsi qu’à Carnoustie, deux autres parcours hôte de l’Omnium Britannique, où les différents clubs ont chacun leur propre chalet à proximité du parcours.

Conclusion
Ceci étant dit, il ne faudrait surtout pas se priver du plaisir que représente le visionnement d’un tournoi majeur sur un tel parcours.  Malgré le fait que le parcours puisse être jugé comme étant plus monotone que certains autres de ses illustres compagnons accueillant à tour de rôle l’Omnium Britannique, il n’en demeure pas moins que le Royal Troon Golf Club constitue un excellent test de golf.  Un grand champion y sera sans aucun doute couronné, une fois que ce dernier aura vaincu les éléments naturels et les particularités présentées par ce type de parcours au charme unique.  Encore une fois, je vous souhaite un bon visionnement!

Pour une description complète du parcours avec vues aériennes, cliquez ici.

Yannick Pilon Golf © 2016

                        

jeudi 16 juin 2016

Oakmont Country Club

Hôte de l’Omnium des États-Unis 2016
« Un mauvais coup doit être un coup irrévocablement perdu »
Le vert du trou no. 9 avec le chalet imposant.
Depuis son ouverture en 1904, le parcours hôte de l’Omnium des États-Unis de ce mois-ci est considéré comme l’un des plus difficiles des États-Unis.  Ce n’est pas clair si ce fait était voulu de son concepteur, Henry Fownes, mais une chose est certaine : celui-ci était un visionnaire. Originaire de la ville de Pittsburgh où il s’est enrichi dans l’industrie de l’acier, Henry avait clairement senti, au moment de construire le parcours, que les nouvelles balles de golf de type « Haskell » allaient gagner en popularité. Ainsi, le parcours original avait une longueur totale de 6400 verges, et une normale de 80; l’un des plus longs parcours de l’époque. Son site ondulé et dépourvu de végétation rappelait les parcours de type links écossais et irlandais, exposés aux grands vents.
Bien que la vision initiale d’Henry ait servi à créer le parcours qui possède encore aujourd’hui la majorité de son agencement de trous original, ce n’est que lorsque son fils William s’est intéressé au parcours que celui-ci entra véritablement dans la légende.  En effet, à partir des années 20, William s’employa à ajouter des fosses de sable au parcours, à l’allonger, et à reconstruire des verts.  C’est également durant cette période que le parcours a gagné sa réputation de parcours cherchant à anéantir les golfeurs alors qu’on s’est même mis à racler les fosses de sable avec des râteaux créant de profonds sillons. (Une idée qui fut d’ailleurs reprise au tournoi Memorial de 2006, sous l’initiative du grand Jack Nicklaus.)
En 1935, alors que le Club fut l’hôte de son premier Omnium des États-Unis, le parcours comptait plus de 300 fosses de sable qui contribuaient à faire rager les golfeurs.  William Fownes s’amusait régulièrement à dire « qu’un mauvais coup doit être un coup irrévocablement perdu », scellant ainsi la place du parcours dans l’histoire comme étant le représentant officiel du style d’architecture « Pénale », ou chaque coup imprécis des golfeurs doit être pénalisé.
Cependant, résumer le parcours à sa difficulté serait bien réducteur. Bien que celui-ci soit effectivement très difficile, et ce, même pour les meilleurs golfeurs d’aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que c’est un parcours qui regorge d’éléments intéressants d’un point de vue architectural. L’écrivain de golf Charles Price écrivit d’ailleurs en 1976, dans le célèbre livre « The World Atlas of Golf », la citation suivante qui résume bien le parcours : « Tout ce qui a été dit sur le parcours d’Oakmont pourrait laisser croire que c’est un parcours truqué. L’inverse est vrai. Oakmont a du caractère, une qualité qui sépare les hommes des enfants, les joueurs des simples cogneurs. Un joueur peut y avoir le plus grand plaisir de sa vie, ou quatre heures de torture. »
Caractéristiques du parcours
À partir des tertres de départ
On peut voir l'ensemble du parcours à partir de plusieurs trous.
L’une des premières choses que les spectateurs du tournoi remarqueront, c’est l’absence quasi complète d’arbres sur le parcours. Bien que l’on puisse croire que cela laisse une grande marge de manœuvre sur les coups de départ, la réalité est toute autre.  Plusieurs des allées étroites présentent de fortes pentes latérales, faisant en sorte qu’une balle frappée au centre de l’allée peut très bien rouler jusqu’à l’herbe-longue, ou pire encore, dans l’une ou l’autre des multiples fosses d’allées du parcours.  De manière similaire aux links écossais et irlandais, ces fosses sont nombreuses et profondes, faisant en sorte que d’y aboutir signifie bien souvent une pénalité d’un coup.  Les golfeurs essaient simplement de s’en sortir pour tenter d’atteindre le vert sur leur prochain coup. La précision est donc extrêmement importante sur les coups de départ.
Les coups d’approche
Les golfeurs qui auront atteint les allées avec leurs coups de départ ne seront pas au bout de leur peine. Leur connaissance du parcours devra être irréprochable afin de bien choisir leur stratégie d’approche et ils devront démontrer une grande confiance en leurs moyens puisque plusieurs des coups auxquels ils feront face seront exécutés de manière aveugle, en direction de verts qu’ils ne verront pas. Les membres du parcours sont habitués à cette situation peu commune sur les parcours modernes nord-américains, mais ils bénéficient de mats qui leur donnent la bonne direction à prendre.  Pour l’Omnium, ces mats auront été enlevés. Les coups d’approche devront également prendre en compte les pentes fortes des verts qui pourront bien souvent faire rouler des balles hors de leurs surfaces.
Les verts
Les verts d’Oakmont sont considérés parmi les plus difficiles à attaquer à causes de leurs pentes souvent accentuées et leur vitesse incroyablement rapide. Plusieurs verts présentent des surfaces en pente latérales fortes, et d’autres sont même pentus vers l’arrière!  Ceci contribue à faire en sorte que des coups d’approche en apparence bien frappés au centre des verts seront repoussés vers les abords de verts où menacent l’herbe-longue diabolique, ou encore, des fosses profondes et innombrables.  Bien que cette caractéristique se retrouve sur plusieurs parcours de type links d’Écosse, d’Angleterre et d’Irlande, c’est quelque chose de peu courant en Amérique du Nord et qui peut être frustrant pour un golfeur habitué à jouer des distances précises sans bénéficier d’un roulement important.  Les golfeurs devront donc user d’un doigté et d’une finesse importante afin de maîtriser ces verts souvent capricieux!
Trous à souligner
Trou no. 1
Cette longue normale quatre illustre très bien ce qui attend les golfeurs sur ce parcours brutal.  Sur le coup de départ, l’allée est protégée par huit fosses de sable profondes qui sont peu visibles à partir des tertres. Une fois dans l’allée, le vert est lui aussi peu visible car il est situé au bas d’une pente qui en cache une partie.  Les golfeurs devront faire tomber les coups d’approche 10 à 15 verges à l’avant du vert s’ils veulent espérer faire tenir leur balles sur sa surface puisque ce dernier offre une pente forte vers l’arrière.
Trou no. 3
Le trou no. 3 met en scène l’une des fosses de sable les plus célèbre de golf américain, le « Church Pew » (Banc d’église), à l’origine du calvaire de bien des golfeurs grâce à ses profonds sillons séparés par des bandelettes de fétuque bien haute.  Encore une fois, le vert est en pente vers l’arrière.  Cette fois-ci, par contre, au lieu d’être au bas d’une pente, le vert est plutôt situé au sommet d’une pente forte faisant en sorte qu’il est impossible de faire tomber son coup d’approche devant le vert pour y faire rouler sa balle.  C’est pourquoi on retrouve une importante zone d’allée à l’arrière du vert….
Trou no. 8
Le trou no. 8 est la plus longue normale 3 de l’histoire de l’Omnium des États-Unis. À 288 verges, elle force les golfeurs à faire un choix sur le coup de départ : jouer de manière agressive vers le vert malgré la longueur du trou, ou jouer de manière conservatrice vers l’avant droite du vert où un petit coup d’approche précis sera obligatoire pour sauver la normale. Qui a dit que les professionnels ne devaient pas jouer de longues normales 3 eux aussi une fois de temps en temps?
Trou no. 12
L’allée en pente forte de gauche à droite de cette longue normale 5 de 665 verges fait en sorte que les coups de départ doivent être joués avec beaucoup de finesse pour éviter l’une des six fosses de sable qui la protègent. Les joueurs agressifs seront récompensés par des coups d’approches plus courts et d’un meilleur angle permettant d’éviter les fosses de sable et les deux fossés qui bordent la deuxième zone de réception du trou.  Ces fossés sont d’ailleurs très présents sur le parcours, puisqu’ils aident à en assurer un drainage adéquat.  Rarement, cependant, ces derniers sont-ils aussi en jeu qu’à Oakmont!  Le troisième coup sera lui aussi réalisé vers un vert en pente descendante vers l’arrière, faisant en sorte que les téméraires qui tenteront de l’atteindre en deux coups devront être très prudents.
Trou no. 17
Cette courte normale quatre tentera les golfeurs qui seront à la recherche d’un oiselet en fin de parcours pour rattraper les meneurs.  Ils devront toutefois être très prudents en tentant d’atteindre le vert avec leurs coups de départ, puisque de profondes fosses de sable bordent le vert situé au sommet d’une petite colline. Au contraire, les joueurs qui seront trop conservateurs pourraient perdre un coup important par rapport au reste des joueurs du peloton. Peu importe la stratégie adoptée, ce trous fera parler de lui dimanche prochain….
Trou no. 18
Le dernier trou du parcours est également le plus difficile et il demandera des nerfs d’acier au joueur qui sera en avance sur le dernier trou du parcours.  Cette longue normale quatre de 484 verges monte vers le chalet et son allée est bordée de plusieurs fosses et de fossés.  Un coup de départ le moindrement imprécis sera durement pénalisé et compromettra les chances d’obtenir une normale. Les deuxièmes coups provenant de l’herbe-longue ou de l’une des fosses d’allée devront également négocier avec une fosse d’allée à 90 verges du vert. Une fois sur le vert, le tout n’est pas terminé : c’est l’un des plus difficiles du parcours…. Bonne chance!
Conclusion
Le parcours d’Oakmont est un parcours de type d’architecture principalement pénale avec une touche d’influence stratégique sur lequel chaque coup imprécis sera durement puni. Les joueurs patients et conservateurs qui sauront utiliser les ondulations naturelles du terrain à leur avantage seront favorisés face aux joueurs agressifs dont le jeu n’est pas parfait.  Ce sont ces joueurs qui minimiseront les occasions de se mettre dans le pétrin et qui auront l’opportunité de jouer des rondes s’approchant de la normale. Nous ne verrons pas beaucoup d’oiselets, mais ce sera l’occasion de voir une série de coups des plus imaginatifs les uns des autres afin de sauver des normales.  Bien souvent, je n’apprécie pas trop le style de jeu prôné par la USGA pour son championnat, mais à Oakmont, c’est un plaisir à regarder!  Bon tournoi.

Pour toute l’info dont vous pourriez rêver sur Oakmont, cliquez ici.
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Pour une savante description du parcours dont s’inspire grandement cet article, cliquez ici.
Yannick Pilon Golf © 2016

mercredi 6 avril 2016

Augusta National Golf Club

Hôte du premier tournoi majeur de l’année.
(Cliquer ici pour lire une version abrégée de cet article sur le site de Golf Martial Lapointe)
Bobby Jones: À l'origine du chef-d’œuvre
La journée où Bobby Jones a décidé de se faire construire un terrain de golf, tout le monde était derrière lui. Après sa miraculeuse carrière, il pouvait bien construire le terrain de golf au style qu'il désirait; après tout, il était le meilleur golfeur au monde. Le monde entier se serait déplacé pour venir y jouer, peu importe la qualité. Par contre, Bobby Jones eut la bonne idée de faire appel à un architecte pour l'aider dans ses plans.
En huit ans de carrière, Bobby Jones gagna plus de soixante pourcent des championnats nationaux auxquels il participa, c'est à dire treize. En 1930, à l'âge de vingt-huit ans, il se retira de la compétition après avoir gagné, la même année, les championnats professionnels et amateur des États-Unis et de l'Angleterre. C'était là un fait tellement au-delà de l'imagination qu'on ne lui donna un nom que quelques mois plus tard: le "Grand Slam" du golf, qui prend son origine dans le bridge, jeu populaire à l'époque.
La retraite de Bobby Jones laissa ses fans en suspens. En effet, son talent était maintenant reconnu mondialement et plusieurs espéraient le revoir jouer. Malgré cela, Jones refusa de participer aux plus grands tournois, préférant ainsi s'attaquer à son rêve. Ce rêve, ce fut le Augusta National Golf Club, le terrain de golf le plus fameux des États-Unis, possiblement le meilleur, et pour une certaine période à chaque année, le plus bel endroit de golf dans le monde entier.

L'architecte qu'il avait choisi pour l'aider à accomplir son rêve était nul autre que l'écossais Alister Mackenzie qui venait de concevoir un des chefs-d’œuvre de l'époque, le Cypress Point Club à Pebble Beach, en Californie. Mackenzie était un médecin de l'armée anglaise qui laissa peu à peu sa pratique pour travailler à temps plein en architecture de golf. En 1914, il remporta le concours du magazine Country life pour le meilleur design d'une normale 4 devant être construite au Lido Golf Club à Long Island, New York. Cette compétition lui amena beaucoup de publicité des deux côtés de l'Atlantique et contribua à le faire connaître dans le monde entier.
Lors de ses missions durant la guerre des Boers, Mackenzie observa que l'architecture de golf, comme le camouflage, dépendait de la manière que l'on utilisait les éléments naturels à leur avantage et de la manière qu'on les recréait, c'est à dire le plus fidèlement possible. Il utilisa par la suite ses propres principes d'architecture pour la planification du parcours de Cypress Point. C'est ce parcours qui attira l'attention de Bobby Jones qui cherchait alors un architecte pour l'aider à la conception de son parcours de rêve.
En Mackenzie, Jones n'aurait pas pu trouver meilleur partenaire pour son aventure, en particulier pour la parcelle de terre qu'il avait choisie pour établir son parcours. Celle-ci était située sur des collines plantées d'arbres fruitiers et de fleurs; le genre de scène qu'un autre architecte aurait ruiné pour construire un bon trou, ou à l'opposé, l'aurait préservée en y construisant un mauvais trou. Le talent d'Alister Mackenzie pour conserver les aspects naturels d'un terrain avait d'ailleurs été montré au spectaculaire Cypress Point Club. Il était donc très prometteur de voir un architecte capable de tailler un parcours dans les endroits les plus spectaculaires, joindre son talent à celui du meilleur joueur de l'époque, disposé à le renseigner sur les aspects plus stratégiques du jeu.
Historique du club
Comme la plupart des meilleurs terrains de golf aux États-Unis, le Augusta National n'est pas situé dans un grand centre métropolitain. En effet, la ville d'Augusta en Georgie est principalement une ville historique réputée pour le Cotton Exchange et ses attraits sur les rives de la rivière Savannah. Bobby Jones, originaire d'Atlanta, venait y passer ses vacances et c'est en cet endroit qu'il rencontra sa femme ainsi que Clifford Roberts, un homme d'affaires new-yorkais.
Peu après sa retraite, Jones exprima à Clifford Roberts son désir de fonder un club de golf où ses amis et lui pourraient se retrouver pour jouer ensemble. Roberts, qui avait la bonne habitude de savoir quand acheter et quand vendre les choses, avait entendu parler d'une pépinière reconnue à vendre dans la région d'Augusta. Celle-ci avait-été la propriété de la famille du baron belge, Louis Édouard Mathieu Berkmans, depuis plus de trois quarts de siècle. Le fils de ce dernier, Prosper, était d'ailleurs un horticulteur reconnu pour avoir, entre autres, popularisé la culture des azalées dans le sud des États-Unis. Cet endroit était presque parfait pour le projet de Jones. Il possédait les collines que le golfeur voulait pour capturer l'esprit, et non le copier, des fameux « Links » des îles britanniques. En plus de cet atout majeur, le terrain possédait une flore extrêmement diversifiée de même qu'une bonne quantité d'arbres majestueux entre lesquels on pourrait faire circuler les trous. Le tout, dominé par une colline sur laquelle se trouvait un hôtel datant d'avant la guerre civile américaine. Bobby Jones ne chercha plus, il avait trouvé ce qu'il recherchait.
Ainsi, le rêve de Jones commença à prendre forme en juin 1931 lorsque lui et ses amis achetèrent la propriété que l'on nommait alors "The Fruitlands". Par contre le financement se fit difficilement; depuis le crash de 1929 à la bourse de New-York, les terrains de golf fermaient en grand nombre et l'ouverture de nouveaux parcours semblait risquée pour les investisseurs. Mais Bobby Jones était tenace. Pour l'aider dans son projet, il rechercha l'aide d'un architecte. Même si durant cette période, Donald Ross était reconnu pour ses parcours de championnats tel Pinehurst #2 en Caroline du Nord, il était évident pour Jones que Mackenzie serait son architecte.
Après plusieurs discussions, on s'entendit pour créer un parcours qui plairait au plus grand nombre de joueurs, peu importe leur habileté au jeu. Ensuite, Mackenzie fit les plans de base pour l'agencement des trous sur le parcours. Durant le stage de la conception du parcours, Jones contribua au design en effectuant un nombre incalculable de coups de toutes sortes, prenant en note tous les résultats pour ensuite modifier les verts et les allées en conséquence. En 1932, Mackenzie vint faire une dernière inspection du site avant que celui-ci soit ensemencé et il déclara: "Augusta National represented my best opportunity and, I believe, my finest achievement." Malheureusement, il n'eut jamais la chance de voir le résultat final. Après un voyage en Écosse en 1933, il revint malade à sa demeure de Californie où il mourût en janvier 1934.
Peu après l'ouverture, Roberts proposa que le club invente un tournoi pour que les meilleurs joueurs se côtoient. Il proposa de l'appeler "The Masters Tournament".  Jones aima l'idée mais détesta le nom, le jugeant trop présomptueux. C'est donc ainsi que l'on tînt, en 1934, le premier "Augusta National Invitation Tournament". Ce nom ne dura pas les quatre jours que durèrent le tournoi; les journalistes ayant eu vent du nom "Masters", ils décidèrent de l'adopter.
Sous la présidence de Clifford Roberts, le Masters est vite devenu un des meilleurs tournois de golf au monde. À chaque année, des innovations ont fait qu'un passage à Augusta était un des moments les plus attendus de la part des spectateurs, des journalistes, et des compétiteurs. Des panneaux d'affichage des meneurs, des endroits privilégiés pour les spectateurs, des « marshalls » avec des uniformes, des espaces de stationnements gratuits et des rafraîchissements à prix abordables, tous ces éléments sont devenus des marques de commerce du Masters, tout comme la tradition du veston vert remis au gagnant de la classique à chaque année.
L'élément le plus important qui contribua à élever le Masters au sommet des tournois de golf professionnels est sans aucun doute le parcours. Durant les cinquante dernières années, le club de golf Augusta National a été modifié à plusieurs reprises; quelquefois de grosses modifications, d'autres fois minimes, mais fondamentalement, il est demeuré le test que Bobby Jones et Alister Mackenzie ont créé. Un test superbement stratégique qui est probablement encore aujourd'hui l’un des parcours qui fait le plus appel à l'intelligence d'un joueur de ce côté-ci de l'atlantique.
Les principes de design du parcours
Qu'est ce qui fait du parcours d’Augusta National un parcours si fameux? Le principal attrait est probablement le fait qu'il est extrêmement stratégique. Un des moins évidents à négocier parmi les parcours de championnats d'Amérique, égalé uniquement, peut-être, par le « Old Course » à St-Andrews.
Comme tous les bons terrains de golf, Augusta National doit être joué mentalement à partir du vert jusqu'au tertre de départ avant qu'un seul coup soit effectué. Comme les verts sont si rapides, trois coups roulés sont souvent réalisables, peu importe le placement du drapeau sur ceux-ci. La force d'un coup dirigé vers le vert doit être bien jugée et la direction parfaite, sinon, la balle fera des bons inattendus et s'éloignera peut-être du drapeau, faisant ainsi de trois coups roulés, une réalité bien présente. S'approcher le plus près possible du trou n'étant pas toujours ce qu'il y a de plus facile pour obtenir une normale mais souvent la meilleur manière, l'angle d'approche au vert prend alors une grande importance. Le joueur se doit alors de placer judicieusement sa balle dans l'allée; fait qui n'est pas nécessairement facile quand celles-ci sont parfois immensément larges et dépourvues d'obstacles. Ainsi, pour une des premières fois dans l'histoire du golf, les golfeurs font face à un grand challenge: pour bien jouer, chaque coup doit être parfait.
Cela se traduit de plusieurs manières au Augusta National. Un coup en plein centre de l'allée n'est peut-être pas parfait, aussi étrange que cela puisse paraître. En effet, à chaque trou, la stratégie est différente; la balle doit être placée en certains endroits stratégiques pour permettre les opportunités au golfeur.
Deux parties bien différentes
Un des plus grands clichés du golf est celui qui dicte que "Le Masters commence sur le deuxième neuf  le dimanche après-midi." Il est vrai que le tournoi se termine sur neuf  trous excitants, mais ce cliché a contribué à mettre dans l'ombre les neufs premiers trous du chef-d’œuvre de Jones et Mackenzie. Le Masters est le seul tournoi majeur à se dérouler, année après année, sur le même parcours. Pourtant, le premier neuf est inconnu de la plupart des spectateurs de la télévision. Toutefois, cela n'aurait pas été le cas si Bobby Jones n'avait pas inversé les deux neufs à l'aube du tournoi. En effet, lors du premier Masters, les participants commençaient leurs rondes sur le dixième trou et finissaient sur le vert du présent neuvième. Heureusement, l'expérience ne dura qu'un an; Bobby Jones réalisant que les trous onze, douze et treize, prénommés "Amen Corner", présentaient un attrait qui méritait d'être retrouvé dans le deuxième neuf, et non au début du parcours. Son intuition lui disait que la décision de tenter d'atteindre les normales cinq (au treizième et quinzième trou) en deux longs coups au-dessus de l'eau devrait être confrontée à la fin d'une ronde, où la tension est à son comble. Enfin, il désirait de plus un dix-huitième trou nécessitant un long deuxième coup plutôt que le petit coup d'approche que nécessitait le neuvième trou. Pourtant, dans les faits, le premier neuf d'aujourd'hui est plus difficile que son successeur.
Sur la carte de pointage, les deux neufs semblent pourtant être en parfait équilibre: tous les deux avec une normale de 36, deux normales trois, deux normales cinq et cinq normales quatre. Le premier neuf mesure 3725 verges, le deuxième, 3710 verges. Mais la carte peut être trompeuse. Il n'y a pas d'obstacles d'eau en jeu sur les neuf premiers trous tandis que sur les neuf derniers, rivières et étangs menacent le golfeur sur cinq trous. Pourtant, le premier neuf, quoi que moins spectaculaire, n'en est pas moins difficile.
Un nombre de principes fondamentaux de design ont été appliqués dans l'élaboration du premier neuf. Les trous changent constamment de direction, exposant le joueur à des vents venant de tous les côtés. Chaque trou est suivi d'un trou de normale différente (4-5-4-3-4-3-4-5-4) et le mélange est bien balancé: deux normales trois (une longue et une courte), deux normales cinq (les deux atteignables avec deux bons coups), et cinq normales quatre (une courtes, deux raisonnablement longues et une très longue).
Le deuxième neuf propose un tout autre caractère. À chaque année, c'est à cet endroit que tout se joue. Plus facile que le premier, le deuxième neuf peut néanmoins causer un tort certain à quiconque le prend à la légère. Avec ses deux normales trois diaboliques, deux normales cinq à couper le souffle et une série de normales quatre stratégiques, cette partie du parcours est la plus célèbre des États-Unis. C'est pourquoi la plupart de ses trous seront étudiés plus en détail dans la prochaine partie.
Les éléments du design
"The Augusta National is a golf club that looks as if it dropped out of heaven" Un journaliste, Grand Slam Golf, 1991
Les verts: un cauchemar bien réel
Il n'y a pas un endroit au monde où la précision est plus importante qu'à Augusta. À cause que ses larges verts sont extrêmement rapides et offrent énormément de changements de niveaux, les cibles sont beaucoup plus petites que ce que l'on pourrait croire. En plusieurs cas, et spécialement pour les placements de drapeaux les plus difficiles, les cibles à atteindre pour avoir une chance raisonnable de birdies sont  d'environ trente pieds carrés. Même pour les meilleurs joueurs au monde, cela est petit. Tellement petit qu'en 1994, plusieurs joueurs se sont plaint que certaines positions de drapeaux étaient injouables. Voyons voir comment cela se traduit sur le quatorzième trou.
Le vert du quatorzième est certainement le plus craint de tout le parcours. Sa grande difficulté réside dans le fait qu'il soit construit dans une pente abrupte de gauche à droite créant ainsi une série de trois plateaux situés au fond du vert. Ces plateaux sont de plus protégés par une pente descendante vers l'allée où les balles peuvent prendre tellement de vitesse qu'elles y redescendent. La position du drapeau la plus difficile est celle au fond, en haut à gauche sur le plateau supérieur qui se trouve à être une butte au sommet aplati. Ainsi toute balle frappée avec la moindre erreur est confrontée à se retrouver très loin du drapeau, quand ce n'est pas hors du vert, à proprement parler. À chaque année, plusieurs espoirs sont brisés par ce vert qui fait peur aux meilleurs joueurs au monde. Pourtant, ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, tous les verts à Augusta étant reconnus comme étant parmi les plus difficiles à négocier au monde.
Les ondulations: les hauts et les bas du Augusta National
La plus grande surprise des joueurs lorsqu'ils se présentent pour la première fois à Augusta se situe au niveau de la topographie. En effet, sur le parcours, tout est en pente. Il est d'ailleurs tellement en pente que jouer sa balle sur la mauvaise partie de l'allée peut parfois résulter en une différence de quatre bâtons pour le coup suivant. Entre le chalet et le vert du douzième trou, il y a une différence de niveau de 165 pieds, soit l'équivalent de seize étages. De telles ondulations ne feraient pas sourciller un skieur, mais pour un golfeur, par contre, c'est du sérieux. Sur chaque trou, le joueur est confronté à toutes sortes de coups différents à cause des pentes qui jalonnent le parcours d'un bout à l'autre. Le meilleur exemple est sans aucun doute le dixième trou. D'une longueur de 495 verges, cette normale 4 offre une descente de 100 pieds entre le tertre de départ et le devant du vert. L'allée est en pente continuelle vers le vert mais elle se divise en deux parties à 235 verges du départ: à gauche, la pente devient plus abrupte jusqu'à un endroit plus plat tandis qu'à droite, elle reste constante jusqu'au vert. Ainsi, le joueur qui parvient à placer sa balle du côté gauche peut faire tomber sa balle dans la pente abrupte pour la faire rouler plus longtemps et ainsi se retrouver avec un deuxième coup beaucoup plus court vers le vert.
L'eau: la différence entre le héros et le perdant
L'eau n'est pas présente en grande quantité mais elle influence certainement la stratégie du parcours sur le deuxième neuf. Présente sur cinq trous, elle est à l'origine de plusieurs malheurs chez les golfeurs. Elle sera traitée en détail pour les trous 11, 12 et 13 mais elle est aussi bien présente au seizième trou.
Le seizième a été complétement transformé en 1947 lorsqu'on demanda à Robert Trent Jones de le redessiner. D'une normale 3 de 120 verges au-dessus d'un ruisseau, on le transforma en normale 3 de 170 verges au-dessus d'un étang. Aujourd'hui avec le vert en pente descendante vers l'étang, le joueur doit non seulement éviter l'eau sur son coup de départ, il doit aussi en tenir compte si sa balle a le malheur de se retrouver  au sommet de cette pente. Celle-ci est si forte qu'un coup mal exécuté risque de rouler jusqu'à l'eau.
Les fosses de sable: la qualité et non la quantité
Le parcours du Augusta National ne possède que 45 fosses de sable, ce qui est relativement peu pour un parcours de championnat. (Par opposition, le parcours anglais Royal Lytham & St Annes, hôte de huit prestigieux British Open, possède plus de 220 fosses de sables....) Toutefois, Alister Mackenzie savait bien les utiliser pour intimider les joueurs et les forcer à bien négocier le parcours.
Cette intimidation commence d'ailleurs dès le premier trou, une normale 4 de 400 verges protégée de deux immenses fosses de sable. La première, située du côté droit de l'allée, force tous les joueurs, sauf les plus gros cogneurs, à jouer leur coup de départ du côté gauche de l'allée. Mais cette prévoyance est pénalisée: le joueur doit ensuite frapper sa balle par-dessus l'autre trappe située du côté gauche du petit vert, perché sur le point le plus haut de la propriété. Le septième trou est aussi bien protégé avec ses cinq fosses qui protègent le petit vert surélevé.
De plus, on n'hésite pas à ajouter des éléments sur le parcours lorsque la situation l'exige. En 1966, on ajouta deux fosses à gauche de l'allée au dix-huitième, un monstre de 405 verges dans une pente ascendante d'un bout à l'autre. Cette idée vint de Clifford Roberts qui avait pour but de stopper le jeune Jack Nicklaus avec ses coups de départs très longs pour l'époque. L'addition des fosses permit de réduire la largeur de l'allée à 30 verges et contribua à réduire les ardeurs des joueurs qui choisissent maintenant d'opter pour la précision par rapport à la puissance. Plusieurs changements de ce type ont d’ailleurs été mis en place depuis la première victoire de Tiger Woods sur le parcours en 1998, alors qu’il avait pulvérisé la compétition avec douze coups d’avance sur son plus proche poursuivant!
La végétation: le charme de l'endroit
Le fait que le parcours du Augusta National ait été construit sur une ancienne pépinière contribue à l'immense variété horticole de l'endroit. Depuis son ouverture officielle, les arbres majestueux n'ont cessé de se développer pour produire un des plus beaux endroits en Amérique. Cette variété se retrouve d'ailleurs sur la carte de pointage des joueurs. En effet, chaque trou possède un nom caractéristique qui l'identifie à l'espèce végétale qui l'entoure. Le meilleur exemple est représenté par le treizième trou, surnommé « Azalea », qui en avril, lors de la présentation du Masters, est entièrement fleuri.
Le parcours du Augusta National a longtemps été reconnu pour ses allées extrêmement larges et dépourvues d'obstacles; bien que ce ne soit plus le cas depuis quelques années, le septième trou a toujours fait exception à la règle. Autrefois court mais aujourd’hui d'une longueur de 450 verges, l’allée de ce trou est bordée d'arbres immenses pénalisant tous les coups sauf les meilleurs pour ensuite monter jusqu'au vert, d'à peine quinze verges de profondeur et entouré de caverneuses fosses de sable. La végétation possède donc deux fonctions à Augusta: la décoration et l'intimidation.

Stratégie: Le “Amen Corner”
Le point tournant à Augusta, où tout semble se jouer à chaque année lors du Masters, est situé au début du deuxième neuf, plus particulièrement les trous onze, douze et treize, communément appelés "The Amen Corner". Ces trois trous sont parmi les plus beaux et les plus stratégiques au monde. Ils peuvent aisément faire la différence entre la gloire d'un golfeur, ou sa déchéance, son effondrement.
Le tout commence au onzième trou, une longue normale 4 de 505 verges. Le coup de départ se fait en montant sur un plateau surélevé et encadré d'immenses arbres. L'allée plonge alors vers un grand vert protégé à l'avant gauche par un petit étang. Le vert est en pente vers l'étang et il est protégé par deux petites fosses de sable situées à l'arrière. De plus, à la droite du vert, on retrouve deux bosses qui empêchent les joueurs de faire des coups d'approches du type "bump-and-run". La stratégie à adopter pour le trou dépend en tout point de la position du drapeau sur le vert. Si le drapeau est au fond à gauche, derrière l'étang, le coup de départ doit être placé à droite de l'allée pour favoriser l'entrée au vert sans avoir à affronter l'eau. Si au contraire, il est à l'avant droite du vert, le coup de départ doit être placé à gauche de l'allée pour éliminer les bosses du jeu. Un coup de départ raté ne signifie pas la fin du monde, mais il sera sans doute la source de nombreux problèmes au coup suivant.
Le douzième trou, est selon Jack Nicklaus, le plus grand golfeur de tous les temps, le trou le plus difficile qu'il ait eu à affronter dans un tournoi. Cette petite normale trois de 155 verges cause à chaque année le désespoir de plusieurs golfeurs, ainsi que des scores s'élevant jusqu'à treize coups dans le cas de Tom Weiskopf, en 1982. Inutile de dire que c'est une menace. Premièrement, le Rae's Creek entre en jeu, protégeant le devant entier du minuscule vert profond d'à peine vingt-sept pieds. Trois trappes de sable viennent aussi protéger le vert, en pente abrupte vers la rivière. Et enfin, le dernier obstacle mais non le moindre, le vent. Celui-ci change constamment de direction et produit des effets bizarres sur la balle lorsqu'elle s'envole à travers la plaine ouverte de gazon la séparant du vert. Le choix du bâton devient donc crucial, requérant une combinaison d'expérience, de talent, de patience et de courage.
Après avoir terminé ces deux trous, le golfeur se retrouve face à une des normales cinq les plus connues au monde: le treizième trou. Bobby Jones s'intéressait peu aux normales cinq, comme il le disait lui-même: "You don't start playing golf until the third shot". Mais là où sa pensée est la plus évidente, c'est sans aucun doute au treizième trou, mesurant à peine 510 verges. (Incidemment, il s'agit pratiquement de la même longueur que le onzième trou, une normale 4.) Ce trou, représente à lui seul toute la philosophie d'Alister Mackenzie en matière d'architecture.  Facilement atteint en deux coups, le treizième représente une tentation intense pour tout joueur de golf. La perspective d'un aigle ou d'un oiselet est présente pour quiconque, toutefois, cela ne se fait pas sans risques. Pour atteindre le vert en deux coups, ceux-ci doivent être bien joués. Le coup de départ  idéal est frappé avec un léger effet de rotation vers la gauche, pour que la balle puisse se rapprocher le plus possible du vert en empruntant la pente naturelle du terrain descendant graduellement vers un petit ruisseau longeant la totalité du trou à sa gauche. Une balle frappée en ligne droite se retrouvera quant à elle au sommet de cette pente, possiblement entre quelques pins rendant le deuxième coup plus difficile. Peu importe où la balle est placée sur le coup de départ, le joueur se retrouve généralement avec la possibilité d'atteindre le vert avec son deuxième coup. C’est là où se pose le dilemme: le coup est risqué. D'une longueur moyenne de plus ou moins 200 verges, ce coup doit passer par-dessus le ruisseau qui coupe directement devant le vert entouré de quatre trappes de sable.  Les statistiques du parcours sont révélatrices à ce sujet. Les joueurs ayant tenté le coup et atteint le vert des pointages moyens de 4.20 coups tandis que ceux ayant raté leur coup obtiennent un pointage moyen de 5.20 coups. De l'autre côté, ceux ayant privilégié la prudence ont maintenu une moyenne de 4.85 coups. On voit tout de suite l'avantage que peut procurer le fait d'atteindre le vert en deux coups pour celui en quête de la victoire. Pourtant, un nombre relativement restreint de joueurs tentent leur chance. Ce fait est dû en grande partie au génie de Mackenzie qui, à l'aide d'obstacles, a contribué à rendre ce trou effrayant pour les golfeurs. Ceux-ci sont attirés par la possibilité d'un bon pointage, mais sont à la fois apeurés par la perspective d'un mauvais score qui est très présente sur ce trou. La stratégie du club de golf Augusta National ne se joue donc pas seulement au niveau du parcours, elle fait aussi référence à la psychologie du golfeur.
Conclusion
À chaque année, tous les meilleurs golfeurs sont  invités  à venir s'affronter sur les allées d'un des clubs de golf les plus prestigieux au monde. La beauté du parcours et la perfection de l'organisation du tournoi ont contribués à créer un mythe autour du tournoi du Masters. Au fil des ans, de grands champions s'y sont succédé. Jack Nicklaus y a remporté six tournois, dont son dernier en 1986, à l'âge de 46 ans. Il est encore aujourd'hui le "Roi" du Masters. Tiger Woods et Nick Faldo ont également stimulé l’imaginaire des golfeurs sur ce parcours en y remportant quatre et trois victoires, respectivement.  Mais de tous les joueurs y ayant laissés leurs traces en tant que grands joueurs, le premier de ceux-ci est sans aucun doute Bobby Jones, qui, à l'aide d'un des meilleurs architectes de son époque, Alister Mackenzie, a créé ce magnifique parcours.
Depuis, ce parcours a évolué; retouché à plusieurs reprises par d'autres architectes tels que Robert Trent Jones, Jack Nicklaus, aujourd'hui dans le domaine, et plus récemment Tom Fazio. Toutefois, une caractéristique demeure toujours, après tant d'années, il s'agit de la stratégie et du mystère entourant l'évolution du joueur à travers le parcours.  À chaque avril, lors du tournoi du Masters, le célèbre Augusta National fait de nouvelles victimes. Inexpérimentées ou tout simplement trop confiantes, ces victimes sont broyées par le parcours magnifique qui pourtant, réussit à les envouter au point de les faire revenir l'année suivante. C'est là, la marque d'un grand parcours de championnat, un parcours crée selon les règles de l'architecture de golf pour favoriser l'émergence des meilleurs joueurs au monde.


Note de l’architecte:
Malgré toute l’admiration et l’intérêt que suscite le parcours du Augusta National, je me dois cependant d’émettre certaines réserves quant à l’image qu’il projette à travers le monde depuis des décennies. En offrant année après année, un spectacle immaculé sur nos écrans télévisuels, les dirigeants du Club ont créé un « standard visuel » que trop de clubs nord-américains s’emploient à atteindre pour le bénéfice de leur membres, et bien souvent, à leur demande.  Le niveau de perfection visiblement atteint dans l’entretien de ce parcours hors du commun n’est possible qu’avec un budget d’entretien astronomique et une main d’œuvre imposante totalement dédiée à faire de l’endroit le plus beau parcours de golf de la planète. Il ne faut pas oublier de mentionner également, que malgré le fait qu’il soit situé dans le sud des États-Unis, le parcours est fermé aux membres une bonne partie de l’année en prévision du tournoi et pour y pratiquer un entretien soutenu et des modifications constantes.  Ceci contribue grandement à l’image de perfection véhiculée à l’écran lors du tournoi.
Bien que ce parcours soit visuellement splendide, il constitue, à mon humble avis, un exemple à ne pas suivre en vue de rendre le sport du golf plus accessible et plus en harmonie avec la nature qui l’entoure.  Il est à l’antithèse de ce que devrait viser l’industrie, soit d’offrir des parcours à l’empreinte environnementale restreinte, plus simples, accessibles à tous et à un coût raisonnable.  En pourchassant sans cesse cet idéal de perfection, les dirigeants de parcours de golf se mettent une pression intolérable sur les épaules.  De la même manière, en exigeant de tels niveaux de conditions de jeu, les golfeurs en général rendent leur sport de plus en plus dispendieux et élitiste, au détriment même du sport. Le parcours du Augusta National doit donc être apprécié pour ce qu’il est, soit une vitrine vers un rêve inaccessible, un peu à la manière de l’industrie de la mode qui nous présente sans cesse ses icônes d’une beauté parfaite et intemporelle auxquelles peu de gens peuvent réellement aspirer.  À partir du moment qu’on devient conscient de ce fait, ce parcours mythique peut être apprécié d’un nouvel angle.

Yannick Pilon Golf © 2016

mercredi 23 juillet 2014

A new green will soon be in play at Club de Golf Lac St-Joseph

The new green under construction, from the left
side of the fairway.
The Club de Golf Lac St-Joseph, near Quebec City, will soon offer a new green to its members and visitors. The green of the first hole was recently rebuilt in June by the NMP Golf Construction team and the grow-in is now under way under the supervision of the Club’s superintendant, Claude Frenette.  The Club hopes to open the new green before the end of August, if the conditions allow it.

Before the renovation, the green of the first hole was a very small target sitting on top of a severe slope that stopped all the approach shots that came short. The punchbowl type surface also caused a lot of problems during the winter, when ice often took over the entire surface of the green, causing nightmares to the maintenance team in the spring.

Another view from the left side of the green.
The new green was seeded in bentgrass and the surface area was doubled and reshaped to be visible from the fairway.  The slope at the front of the green was also softened to allow players to easily climb on the surface.  The green was also enlarged towards the back right, where a large, existing depression is now more in play.  Any approach shot that is too aggressive and slightly off-target to the right will most likely end up at the bottom of this slope, a good twelve feet below the green surface.

Golfers who will play the course until the opening of the new green won’t be let down.  The club still offers 18 holes to play since it has a 19th hole that can be inserted into the routing when works are under way on any of the other holes on the course.  Golfers now even have the opportunity to play the existing first hole as a practice hole before their rounds officially begin of the second hole.  That’s a little bonus only a few clubs can offer!


©Yannick Pilon Golf 2014

Un nouveau vert bientôt en jeu au Club de Golf Lac St-Joseph

Le nouveau vert en construction, à partir du centre
gauche de l'allée.
Le Club de Golf Lac St-Joseph offrira bientôt à ses membres et visiteurs un nouveau vert entièrement reconstruit au trou no. 1. Les travaux réalisés au cours du mois de juin par l’équipe de NMP Golf Construction se sont très bien déroulés, et les travaux de maturation de la pelouse sont maintenant en cours sous la gouverne de Claude Frenette, le surintendant du parcours.  Le Club espère mettre le nouveau vert en jeu d’ici la fin du mois d’août.

Le vert du trou no. 1 était auparavant une très petite cible en forme de cuvette.  Cette cuvette n’était pas visible à partir de l’allée très ondulée du trou no. 1, et elle causait d’énormes maux de tête à l’équipe d’entretien puisqu’elle accumulait à chaque hiver de grandes quantités de glace qui nuisaient aux conditions de jeu à chaque printemps.

Cette fois, à partir de la gauche de la cavité du vert.
Le nouveau vert a été entièrement ensemencé à l’agrostide et sa surface est maintenant deux fois plus grande qu’auparavant.  Le vert sera maintenant visible de l’allée et la pente forte qui menait à sa surface a été adoucie pour faciliter la réception des coups d’approche et pour permettre aux golfeurs de monter plus facilement jusqu’au vert.  Le vert a également été agrandi vers l’arrière droite de l’ancien vert afin de rendre en jeu une profonde dépression qui se trouvait à cet endroit.  Tout coup d’approche trop agressif et légèrement hors ligne vers la droite du vert se retrouvera fort probablement au bas de cette dépression, une bonne douzaine de pieds sous la surface du vert.

Les golfeurs qui se rendront au club d’ici à l’ouverture du nouveau vert ne seront pas en laisse.  En effet, le club offre toujours dix-huit trous à ses membres grâce à la présence d’un 19e trou qui est inséré dans le parcours lors de travaux sur l’un ou l’autre des trous.  Les golfeurs ont même l’occasion de jouer le premier trou actuel en tant que trou de pratique jusqu’à l’ouverture du nouveau vert.  Un petit bonus que peu de clubs peuvent offrir à leur clientèle!


©Yannick Pilon Golf 2014

mercredi 16 juillet 2014

Dernier épisode de la série GOLF, ce soir à Historia

C'est ce soir à 20h00 que sera diffusé le troisième et dernier épisode de la série G.O.L.F. sur la chaine Historia.

Ce dernier épisode - La passion du vert - nous informe de ce à quoi ressemblaient les premiers parcours de golf, et de quelle façon les terrains que l'ont connait aujourd'hui ont pris forme.  On suit leur évolution à travers l'histoire de leurs propriétaires et leurs créateurs, les architectes de golf, en plus de découvrir les gens qui les entretiennent depuis hier jusqu'à aujourd'hui.

Vous vous en doutez bien, c'est également l'épisode dans lequel j'ai eu le plaisir de participer. (Pour tous ceux qui m'ont demandé quand ils pourraient m'y voir!)

Pour ceux qui ne pourraient visionner l'épisode ce soir, il sera également rediffusé à trois autres reprises au cours des prochains jours, soit:

Jeudi, le 17 juillet à 6h00am;
Vendredi, le 18 juillet à 4h00am;
et Dimanche, le 20 juillet à 01h00am.

Pas exactement des heures de grande écoute, mais des possibilité d'enregistrer le tout!

Sur ce, je vous souhaite un bon visionnement!!  N’hésitez pas à me contacter pour plus d’informations suite à votre écoute.

©Yannick Pilon Golf 2014